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04.09.2016 - Tourisme

Hôtellerie : L’effet Euro 2016 ?

Contexte sécuritaire, mouvements sociaux, Brexit, folie terroriste à Nice … comment l’hôtellerie a-t-elle résisté à cette lame de fond ? À quel point l’accueil du championnat d’Europe de football a-t-il permis de compenser ?

La saison estivale, et très probablement l’année 2016, resteront très difficiles à lire dans l’entrelacs d’un ensemble d’événements qui contrastent les réalités vécues par les opérateurs touristiques et les territoires.

Le contexte sécuritaire qui va de pair avec le sentiment d’insécurité, le Brexit qui a asséché le vivier notre principal clientèle européenne, la fin du Ramadan tardif (6 juillet) qui a retenu chez eux les voyageurs moyen-orientaux, les mouvements sociaux liés à la loi El Khomry et les violences au démarrage lors de l’Euro 2016 qui crispent les touristes asiatiques et américains, les grèves dans les transports aériens en plein été, le démarrage tardif de la saison en raison de l’organisation du championnat de football (après la finale, soit le 10 juillet selon la principale organisation patronale l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie UMIH), puis de nouveau la rupture terroriste avec les attentats de Nice... la lame de fond a cisaillé l’hébergement français.

La Province, salut national

L’activité hôtelière hexagonale a fini le premier semestre avec un Revenu par chambre disponible (RevPAR, le ratio entre le taux d’occupation et le prix moyen payé), indicateur de référence de l’activité de l’industrie hôtelière synthétisant l’évolution de la fréquentation et celle des prix, en retrait de 3,6 % par rapport au premier semestre de 2015 (selon les données de l'observatoire de MKG Consulting, un des principaux analystes du secteur).

Pour la première fois, c’est la Province qui a porté, sur les six premiers mois de l’année, les performances hôtelières du pays, rôle traditionnellement assuré par Paris. Les hôtels installés en Province ont, selon le cabinet d’études, affiché une croissance de leur RevPAR de près de 6 %, notamment tiré par le segment haut de gamme (+ 7,6 %), alors que Paris est en repli de 13,9 %. Marseille est l’une des rares villes à s’afficher dans le ventre mou de la stabilité (- 0,2 %).

Dans les Bouches-du-Rhône, l’année avait bien démarré

À mi-parcours de l’année, au niveau national, le taux d’occupation des hôtels était en repli de 1,2 point par rapport à l’exercice précédent, avec un prix moyen contracté (-1,8 point).

Chose certaine, les destinations « stars » hexagonales - Paris et Provence-Alpes-Côte d’Azur – qui contribuent à plus de la moitié du chiffre d’affaires de l’hôtellerie tricolore (50,4 % selon MKG Consulting, cf tableau plus haut : contribution des régions au chiffre d'affaires) et qui d’ordinaire tirent leur épingle du jeu des aléas, n’ont pas trouvé de valeur refuge sur les mois de juillet et août : le chiffre d’affaires a été respectivement en repli de 21,2 % et de 15,2 % (pour la Côte d’Azur, où le taux d’occupation a par ailleurs baissé de 5,7 points). Un résultat à toutefois nuancer car la façade azuréenne avait enregistré l’année précédente une année exceptionnelle (+ 22,3 % de son RevPAR), survitaminée par un calendrier du Ramadan favorable et le séjour du Roi d’Arabie Saoudite.

Là aussi, le reste du littoral français et l’intérieur des terres ont assuré le salut national avec une activité restée dans le vert* et notamment soutenue par la clientèle domestique et les proches pays voisins. Néanmoins, juillet et août se le soldent par un RevPAR pour l’ensemble du territoire en chute de 9,4 % (entre le 1er juillet et le 20 août 2016 d’après la société Hospitality ON, société spécialisée dans l’analyse de l’industrie hôtelière).

Impact de l’hébergement alternatif ?

Les professionnels se donnent le droit, au-delà des éléments conjoncturels, de s’interroger sur les effets de l'hébergement alternatif, incarné par les Airbnb, Home Away ou Abritel. Airbnb avait d’ailleurs annoncé que ses hôtes français avaient accueilli deux fois plus de voyageurs en juillet 2016 qu'en juillet 2015.

Les offres des principaux opérateurs (Airbnb et Home Away) sont estimées à 40 000 hébergements sur le marché en PACA. Les impacts de la taxe de séjours désormais collectée par Airbnb (dans 20 villes françaises dont Marseille, Aix en Provence, Avignon, Antibes, Cannes, Nice depuis le 1er août 2016) devront être analysés.

Euro 2016, combien de divisions ?

Dans ce contexte économique, l’Euro 2016 a agi comme un coussin compassionnel irriguant l’ensemble du territoire, hors Paris, avec un impact globalement positif, soit en termes de fréquentation soit en prix moyen, voire les deux pour certaines.

Marseille, qui a accueilli 6 matchs (dont 1⁄4 de finale et 1⁄2 finale) semble (avec Nice et Paris) ne pas en avoir profité autant que les autres métropoles, selon l’observatoire de MKG Consulting, en termes de fréquentation (- 3,4 %) mais le taux d’occupation a dépassé les 75 %.

Alain Paulin, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih 13) indique pour sa part « que le taux d’occupation des hôtels a été inférieur à celui d’un mois de juin normal mais que cela a été compensé par une hausse du chiffre d’affaires grâce à des prix de vente plus élevés ». En effet, le chiffre d’affaire a évolué de 42,3 % et de prix moyen de 47,3 % (cf. tableau plus haut).

365 750 spectateurs au Vélodrome

Selon le bilan établi par la Ville de Marseille, 365 750 spectateurs ont été totalisés au Vélodrome pour les six rencontres et 750 000 personnes au sein de la « fan zone » des plages du Prado. 360 000 personnes ont été transportées par la RTM à l'occasion des six matchs du Tournoi à Marseille.

36 335 personnes ont franchi les portes de l'Office du tourisme et des Congrès du 7 juin au 10 juillet, soit une hausse de 55 % par rapport à juin 2015, dont 65 % d'étrangers.

Dans un communiqué de presse, l’aéroport de Marignane fait valoir que plus de 787 000 passagers ont été comptés durant la période, soit un trafic en progression de 3,3 % par rapport à l’année précédente. Le trafic national (plus de 328 000 passagers) a augmenté de 3,7 % et l’international (plus de 450 000 passagers) de 3,3 % grâce à « la croissance à deux chiffres (+12,2 %) du trafic intra-européen stimulé par l’accueil des six matchs de l’Euro. »

Loterie des rencontres déterminante

« On n’a pas eu de chance dans la loterie des matchs attribués. Marseille n’a pas eu de rencontres extraordinaires en terme d’enjeux comme à Lille, Lens et Saint-Etienne où certains matchs ont eu un impact plus important sur l’activité hôtelière le jour J » (des envolées à plus de 600 %, NDLR, cf. tableau plus haut), justifie Nicolas Guyot, propriétaire de l'hôtel Carré Vieux-Port de marseille et membre de la CCIMP. Aussi, « il faut préciser que notre parc hôtelier est plus important (7 500 chambres) à Marseille que dans la plupart des autres villes-hôtes de l'Euro. Et peut-être que les violences en marge du match Angleterre-Russie, qui ont fait 35 blessés, ont exercé un effet dissuasif »..

D’ici la fin de l’année, le Centre de droit et d'économie du sport (CDES), qui avait évalué en amont l'impact économique du championnat d’Europe de football 2016 sur le territoire provençal à 181 M€, doit rendre une nouvelle étude basée cette fois sur la réalité économique de l’événement. Par ailleurs, une étude, réalisée par la CCIMP et Bouches-du-Rhône Tourisme est actuellement en cours, dont les résultats devraient être publiés d'ici novembre.

Septembre, retour de la clientèle affaires

En attendant, les hôteliers se projettent sur septembre et le retour de la clientèle affaire. « Compte tenu du contexte inédit, la France a fait preuve d’une grande résilience. Dans des situations comparables, l’instabilité en Turquie et les événements en Tunisie se sont soldés par des baisses d’activité de 30 à 40 % pendant de longs mois, rappelle MKG Consulting. Pour autant, l’activité hôtelière française devrait terminer dans le rouge et elle devrait être la seule dans ce cas en Europe ».

Quoi qu’il en soit, reprend Nicolas Guyot, cela rend encore plus urgent, au-delà des mesures à prendre pour préserver les entreprises du secteur, « la nécessité de développer le contrat de destination avec l'ensemble des acteurs en ayant une approche « expériences » pour donner du sens à notre destination en la marketant de façon à apporter la bonne réponse au bon moment au bon client et à garder le touriste plus longtemps sur nos terres. Le développement des lignes aériennes sera un élément déterminant pour asseoir la destination ».

Bien entendu, l’accessibilité « terre, mer, air », la signalétique (sécurité et propreté), la convivialité (sens de l’accueil, amplitude d’ouverture des espaces d’accueil, compétitivité des prix) et le développement des infrastructures touristiques… ne sont pas des conditions dispensables ...  

A.D

* RevPAR de + 4,8 % pour la côte atlantique, de + 2,2 % sur le littoral breton de +2 % en Languedoc et de 3 %, hors des secteurs littoraux.

©Hospitality On

Et l'année 2015 avait-elle été plus sereine ?

C’est d’époque. Les bilans de la saison touristique fleurissent ici et là. Il faudra naturellement attendre un peu pour avoir un bilan consolidé de la fréquentation sur l’ensemble de l’année 2016

En amont de la saison estivale, le cabinet Protourisme faisait valoir que plus de 4 millions de Français devaient réaliser au moins un séjour en Provence-Alpes-Côte d’Azur entre juin et août. Mais que, globalement, les compatriotes seraient moins nombreux à partir cette année : 27,6 millions soit 1,3 millions de moins qu’en 2015. Selon le classement Trivago des 10 villes françaises préférées des Européens, six d’entre elles étaient en PACA : Nice, Cannes, Antibes, Marseille, Saint-Tropez et Sainte-Maxime.

Un bilan de l’année 2015 a été publié par le Comité régional du tourisme en juillet de cette année : il faisait état d’une hausse de 1,6 % du nombre de nuitées en PACA ( + 3,4 millions de nuitées), soit 215 millions de nuitées, dont quasiment la moitié enregistrée en juillet et août. Le seul département des Bouches-du-Rhône enregistraient plus de 41 millions de nuitées (+ 1,8 %).

L’année 2015 n’était pas plus sereine avec sur un plan intérieur, une conjoncture économique toujours difficile, les attentats de Paris et la concurrence des hébergements alternatifs. Mais le pays pouvait compter sur une conjoncture monétaire plus favorable avec une fluctuation importante des taux de change notamment de l’euro vis-à-vis du dollar et des principales devises et des cours du pétrole ayant une incidence favorable sur les coûts du transport. Toutefois, la concurrence était tout aussi vive à l’étranger (Espagne, Grèce, Croatie, ...), des destinations captives pour la clientèle française.

Avec 22,2 millions de nuitées sur l’ensemble de l’année 2015, la fréquentation hôtelière en région avait augmenté de 2,1 % après 2 années de recul (- 1,7 % en 2013 et - 1,8 % en 2014). Le taux d’occupation s’est ainsi établi à 58,4 %.

La clientèle internationale, qui totalisait plus de 9 millions de nuitées, était en croissance de 3,5 %. Les touristes français, avec plus de 13 millions de nuitées, ont été également plus nombreux à fréquenter la région (+ 1 %, après - 2,3 % en 2014). Les touristes en provenance des États-Unis, qui représentent 10 % du total international, étaient en progression de 10,1 % (après - 3,3 % en 2014) et ceux en provenance de l’Asie, de 47,5 % (après + 14,6 % en 2014).

Le revenu par chambre disponible a progressé de 7 % en 2015 sur l’ensemble de la région (- 1,5 % en 2014 vs + 0,1 % en France). Le prix moyen était, lui aussi en hausse de 4,6 %, à 112 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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