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14.06.2016 - Territoire

A quoi ressemblera l'aéroport Marseille-Provence demain ?

Dans le cadre de sa grande transformation – un demi-milliard d’euros d'investissement dans ses infrastructures d'ici à 2026 – l'aéroport provençal aux 85 000 « followers » a ouvert une plate-forme collaborative invitant ses clients et usagers à coconstruire l'aéroport de demain. Premières esquisses.

Nous sommes en 2022. L’avion vient de se poser sur le tarmac de l’aéroport Marseille-Provence qui fête ses 100 ans. Vous descendez de l’avion. Votre smartphone danse la gigue. À l’écran, une symphonie d’alertes. Les notifications se bousculent : « Bienvenue à l’aéroport Marseille-Provence, porte d’entrée vers la Provence ». Des images convoquant calanques, lavande, calissons surgissent comme des pop-up éphémères. Une boutique de luxe vous signale qu’une petite surprise vous attend à portée de pas.

Le bar installé sur le rooftop vous convie à un cocktail d’accueil dans une ambiance de « jardin à la française ». Des senteurs émanant de murs végétaux envahissent l’aérogare, qui, observez-vous, est équipé de panneaux solaires. Des brumisateurs rafraichissent l’air. Un voyageur joue des gammes au piano bar. Votre regard est attiré par les écrans télé géants qui enchâssent les news mais vous hésitez car des concepts stores promeuvent des œuvres d’artistes. Votre smartphone entre en interaction avec un écran connecté vous adressant une somme d’informations. Une autre alerte décline les horaires des prochaines navettes qui rallieront « express » le centre-ville de Marseille et d’Aix et l'écran vous affiche le parcours, tout tracé, sur le sol de l’aéroport pour vous mener au point retrait des bagages.

Un demi-milliard d’investissements d’ici à 2026

Ce scénario a été écrit sur la base de quelques-unes des 754 idées émises (au 14 juin) dans le cadre de l’opération lancée par l’aéroport de Marseille-Provence « #Et si vous transformiez l’aéroport AMP avec nous ! ». Une initiative qui s’inscrit dans une dynamique de reconfiguration plus globale de la plate-forme aéroportuaire phocéenne, embarquée dans un programme d’investissement de quelque 500 M€ d’ici 2026 dont 200 M€ de travaux d’extensions de l’aérogare.

Et tout en autofinancement. La société aéroportuaire n’a pas le choix : au-delà de 5 millions de passagers, les aides par les collectivités sont proscrites. Il faut dire que l’aéroport Marseille-Provence, qui a thésaurisé comme un écureuil ces dernières années (son dernier investissement important – de 17 M€ - date de la construction du terminal low cost mp2 en 2006), en a les moyens (cf. Les clefs de la situation financière « tout à fait » acceptable de l’aéroport Marseille-Provence).

En début d’année, à l'occasion du rendez-vous annuel avec la presse, la direction, qui avait alors clôturé un premier exercice complet en tant que société aéroportuaire*, avait fait part, non sans fierté, d'un endettement « ridicule » de 9,1 M€ (l’un des plus faibles des aéroports métropolitains en France) et des recettes extra-aéronautiques (les plus profitables) en hausse, à 45 % du chiffre d’affaires (132 M€ HT., 8,4 M€ de résultat net en 2015).

« Dans deux ans, notre endettement sera résorbé », confirme aujourd’hui Pierre Régis, président du directoire, dont la trésorerie s’est arrondie autour de 50 M€. « En dix ans, le trafic est passé de 6,1 à près de 8,3 millions de passagers, tiré par le low cost (2,19 millions de passagers, + 9,9 %) et la part du trafic international de 45 à 59 % du trafic total. L’enjeu majeur de notre développement est l’anticipation mais avisée afin d’éviter d’être en sous-capacité ou en surcapacité », explique Pierre Régis, les yeux rivés sur la performance financière.  

Un aéroport revu par un grand architecte ?

Après avoir achevé l'extension de l'aérogare low cost mp2 en octobre 2014 (une autre de 1 200 m2 est anticipée à échéance 2018 - 2020), la société aéroportuaire a entamé en 2015 la reconfiguration des voieries et accès à mp1, avec notamment la piétonisation du parvis de l’aérogare. Les travaux se dérouleront jusqu’en avril 2017.

Entre 2019 et 2021, seront lancés les travaux « Cœur d’aérogare » (90 M€) consistant à créer un bâtiment en zone publique reliant les halls 1 et 3 actuels. Les fonctions aéronautiques (enregistrement, contrôles …) seront centralisées. L’ensemble du parcours du passager sera repensé (réaménagement des espaces commerciaux et services ; organisation dédiée aux différentes typologies de passagers …).

« Le choix des architectes lauréats sera fait d’ici la fin de l’année. Un appel d’offres international a été lancé en mars. 8 groupements se sont positionnés dont de grandes signatures », précise le dirigeant.

À horizon 2022-2023, « si le trafic international long-courrier gros-porteurs est au rendez-vous », nuance Pierre Régis, sera envisagée la construction d'une jetée d'embarquement international de 20 000 m² (80 M€). À cette échéance, les dirigeants de l’aéroport espèrent avoir accroché les 10 millions de passager pour sacrer son centenaire.

Près de 55 000 votes

« C’est un programme très ambitieux. On aurait pu en rester là mais un aéroport vit avant tout grâce à ses clients, compagnies aériennes et passagers. Impensable de donner un supplément d’âme à cette infrastructure sans eux. On a décidé de les solliciter sur leurs idées et de soumettre leurs idées aux votes. C’est une première dans un aéroport et dans un espace public. Nous réaliserons au moins cinq d’entre elles, celles qui ont recueilli le plus de ‘top’ », indique Loïc Chovelon, directeur de la promotion, surpris par la réceptivité instantanée des usagers.

Dès les premiers jours du lancement de l’opération : 38 000 votes avaient été exprimés, 543 idées émises par 307 utilisateurs. À ce jour, au compteur, 754 idées publiées et 54 119 votes exprimés. Il faut dire aussi que l’aéroport phocéen a l'une des communautés la plus interactive parmi les aéroports français : 85 000 fans sur Facebook avec un taux d’engagement important.

5 500 salariés associés

« En octobre 2016, l'aéroport Marseille Provence publiera la liste des idées qu'il aura choisi de mettre en pratique ». A cette échéance, il présentera sa nouvelle identité visuelle et digitale. C’est l’agence Saguez & Partners qui a été choisie en mai dernier pour les trois lots (la marque, le design et aménagement intérieur et la signalétique intérieure et extérieure du parcours client). Y ont été associées en amont les 5 500 personnes travaillant sur le site au sein de groupes de travail transversaux « pour mixer plusieurs besoins ».


Défis de l'aéroport de demain ?

Selon une étude Arthur D. Little (Les évolutions prévisibles du transport aérien et les transformations de l’industrie aéroportuaire à horizon 2025), l’un des grands défis de l’aéroport de demain consistera à proposer une expérience client à un voyageur qui adopte un comportement de « faire tout, tout en même temps, tout de suite » et qui offre le bon équilibre entre l’aéroport « lieu de transit » (fluidité des flux) et « lieu de vie » (services, commerces, culture, centre d’affaire etc.). Il ne se réduira plus à un « objet périphérique » mais deviendra une destination touristique ou d’affaires en soi, « prescripteur des stratégies de mobilité à l’échelle locale, régionale et continentale », passant d’un statut de « gestionnaire des aspects environnementaux » à un rôle de « codéveloppeur socio-économique » avec les collectivités publiques. Et si Marseille-Provence devenait un de ceux-là ?

« Et si Marseille-Provence devenait un vrai aéroport international » ?

En attendant, provoque un internaute : « Et si Marseille-Provence devenait un vrai aéroport international avec des vraies destinations (Amérique du Nord et du Sud, Asie) »

Que l'usager se rassure, la tour de contrôle assure la vigie : « Le long-courrier est un enjeu fort notamment sur les destinations asiatiques et d’Amérique du Nord, semble l’avoir entendu Julien Boullay, directeur du développement. Mais ce n'est pas l'aéroport qui ouvre des lignes. Aéroport Marseille Provence est actuellement le seul en France (hors Paris) à proposer un vol direct entre la France et la Corée du Sud. Pour les États-Unis, une opportunité nous est offerte avec le développement de la croisière, et notamment l’escale de Norwegian Epic (la compagnie américaine NCL a décidé de relancer son escale dans la cité phocéenne à partir de cette saison, NDLR). Ce sont des volumes encore faibles mais cela peut avoir une puissance de feu commerciale ».

A.D

*Depuis le 1er juillet 2014, l’aéroport, dont la CCI Marseille Provence a la concession jusqu’en 2017, est une SA dont le capital est réparti entre la CCIMP (25 %), l’État (60 %), et les collectivités territoriales (15 %). Marseille ne sera pas encore concernée par la privatisation en 2016.

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Frénésie d'investissements

En dépit d’une moindre connectivité par rapport à leurs homologues européens (notion définissant les voyages sans escale au départ ou à destination d’un aéroport donné ; les voyages à destination ou au départ de l'aéroport, avec une escale avant d’y arriver ou après l’avoir quitté ; enfin les voyages avec escale sur le hub considéré dans le but de repartir vers la destination finale), et d’une compétitivité plombée par les charges sociales et des coûts de transport aérien plus élevés (taux d’imposition de plus de 62 % contre 40,6 % en moyenne en Europe), l’ensemble des aéroports français ont totalisé 181 millions de passagers en 2015, un trafic en hausse de 3,1 %, par rapport en 2014. Le trafic à bas coût confirme sa place importante : dans les dix principaux aéroports français, ce trafic a augmenté de 9,4 % par rapport à 2014. La part du trafic low cost sur les aéroports régionaux est passée de 28,1 % à 41,1% entre 2009 et 2015.

Ici et ailleurs, de nombreuses plates-formes sont aujourd’hui impliquées dans des programmes d’investissement. Rapide survol non exhaustif.

Bordeaux-Mérignac, qui a franchi le cap des 5 millions de passagers en 2015 soit une augmentation de 61 % depuis 2009, prévoit la construction d’un nouveau terminal, assurant la jonction entre deux principaux terminaux existants.

Aéroports de Paris a prévu un budget 1,5 milliard d’euros entre 2016 et 2020 pour agrandir des terminaux et développer un quartier d’affaires voisin d'Orly (30 millions de passagers).

Ailleurs, l'aéroport international de Dubaï vient de connaître son ultime phase d'expansion, qui porte sa capacité à 90 millions de passagers annuels.

À Mexico, la plateforme (capacité de 50 millions de passagers annuels) doit entrer en service en octobre 2020 et remplacer l'actuel aéroport Benito Juarez, situé en ville et complètement saturé.

Changi à Singapour (55,5 millions de passagers en 2015) s'apprête à ouvrir un nouveau terminal en 2017 puis un autre en 2018.

Istanbul a décidé de se doter d'un nouvel aéroport, appelé à remplacer complètement celui d'Atatürk. Un projet pharaonique dont la première phase doit être inaugurée au premier semestre 2018.

La mise en service des nouvelles installations qui porteront les capacités de l’aéroport d'Oslo à 28 millions de passagers est prévue pour avril 2017.

L'aéroport de Munich vient de mettre en service son nouveau satellite qui augmente de 11 millions de passagers la capacité annuelle de l'aéroport (40 millions de voyageurs en 2015).

 

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