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08.03.2016 - Territoire

Conjoncture métropolitaine: Et si le territoire était un « laboratoire pour l’économie française » ?

Mathilde Lemoine, chief economist du groupe Edmond de Rothschild, était l’invitée de la CCI Marseille Provence et de l’UPE 13 à l’occasion de la présentation du baromètre de conjoncture trimestriel. La macro économiste a salué le projet du territoire qui mise sur la compétitivité par le haut.

« Les initiatives de votre territoire sont intéressantes car vous avez fait le choix de générer de la croissance par le haut, l’innovation. Compétences et innovation sont les clefs d’une croissance pérenne. Votre projet devrait être un laboratoire pour l’économie française sur la problématique : comment relancer la croissance ! ». Mathilde Lemoine, chief economist du groupe Edmond de Rothschild depuis décembre dernier après avoir dirigé pendant dix ans les études économiques et la stratégie marchés d’HSBC France, était l’invitée ce 8 mars du Tableau de bord de conjoncture métropolitaine (TBCM) au Palais de la Bourse à Marseille.

Le rendez-vous de conjoncture trimestriel, initié par la CCI Marseille et l’UPE 13, prend ordinairement la forme d’une présentation des estimations et ressentis des chefs d’entreprise de la métropole Aix Marseille Provence sur leur business (cf. note de conjoncture en pj sur cette page).

Cette fois, il fut question des leviers de la croissance, du baril de brent, de politiques budgétaires, de l’interventionnisme des banques centrales, de décélération (voire de déception) des marchés émergents, dont les politiques économiques ont tendance à en faire l’alpha et l’oméga de la relance de la croissance. Erreur de diagnostic collective, soutient celle qui fut conseiller de Dominique de Villepin à Matignon, en charge de la macro-économie et de la fiscalité.

Martingale : Innovation

La validation d’une stratégie de développement économique par l'auteure de Crise et croissance : une stratégie pour la France a dû réconforter les acteurs de l’économie locale. Car à lire le dernier bulletin de santé du TBCM (données arrêtées à fin décembre 2015), la stabilisation, que ce soit au niveau du chiffre d’affaires, de la trésorerie, de l’investissement, des carnets de commande, se porte à merveille sur le territoire. Les entreprises, qui prédisent une hausse de leurs indicateurs, sont ultra minoritaires, à moins de 15 %.

La vision de la « compétitivité par le haut » devrait aussi les conforter car toujours selon le même baromètre, 58 % des entreprises jugent l’innovation importante ou très importante et 62 % revendiquent des actions spécifiques dans ce sens en 2015. La moitié déclare même avoir développé de nouveaux produits ou services et autant, avoir avoir amélioré de manière significative leur gamme. L’innovation n’a pas concerné que l’offre, elle a également touché les modes d’organisation et de production/distribution.

Meilleure architecture institutionnelle

« On est dans une logique où les mutations en cours nous obligent à repenser nos modes de fonctionnement et nos organisations. La Métropole n’est pas un mot magique mais on soutient qu’une meilleure organisation institutionnelle permettra d’optimiser nos atouts », pose Éric Ammar, vice-président de la CCI Marseille Provence.

« Nous avons une économie diversifiée, des projets structurants, des atouts réels mais que tout cela ne masque pas les vrais défis. La France a déjà loupé trop de révolutions », complète Sébastien Didier, membre du directoire de la Caisse d'Épargne Provence-Alpes-Corse (CEPAC) qui a la délégation du développement économique au sein de la nouvelle équipe de Johan Bencivenga, élu président de l’UPE 13 en septembre dernier.

Oubliez la relance de la croissance par la demande

« On attribue la crise au problème de la demande sans réaliser que celle-ci, sous l’impulsion des mutations, a évolué vers des produits différenciants et technologiques », explique la spécialiste de conjoncture nationale et internationale. Si la croissance repart, elle sera fléchée vers ce type de produits. La problématique n’est pas la demande mais la baisse de la productivité. La durée de la crise entraîne un vieillissement des systèmes de production qui ralentissent la productivité. Et les politiques budgétaires sur ce point atteignent vite leurs limites ». Pas de fatalisme toutefois : « Les recettes sont connues pour relancer la productivité : innovation et compétences. Ce qui est important c’est que les salariés diffusent cette innovation. »

Point de salut de la Chine

Ne pas tout attendre de la croissance et ne pas indexer non plus celle-ci à la Chine, où la demande mute aussi vers une demande de services et de loisirs.

« La tertiarisation de l’économie chinoise (le 13e plan quinquennal chinois vise un objectif de 56 % de l’activité, NDLR) est en cours. Les dirigeants politiques ont deux objectifs : libéralisation des marchés financiers et le doublement du PIB par habitant. Cela suppose un changement de modèle pour passer de l’accumulation des capacités de production (usine du monde pour faire court) à une montée en gamme par l’innovation. »

Sébastien Didier y voit une opportunité : « on commence à voir certaines de nos PME, qui commerçaient avec la Chine, relocaliser certaines activités en Europe. On ne construit pas une économie sans un tissu d’entreprises enraciné dans son territoire ».

Jeunes sans qualification + manque de salariés qualifiés = bombe à retardement

Mathilde Lemoine, qui a produit beaucoup de rapports sur le coût du travail et la mobilité des salariés, regrette que l’on n’interroge pas davantage la question des compétences.

« La France laisse un nombre de jeunes sortir du système scolaire sans qualification et délaisse la formation des salariés après 45 ans ». Le cocktail est explosif : « La productivité diminue car les compétences ne sont pas mobilisées. Difficile dans ces conditions de s’adapter aux mutations. »

Brent ou pas Brent

La baisse du cours du pétrole est un autre sujet qui affole les économies matures et inquiète les entreprises.

« La solution pour les entreprises sensibles au cours de pétrole est de se couvrir pour sécuriser les marges futures », défend Sébastien Didier. Que le baril monte ou pas, signifie pour sa part Éric Ammar, « les mutations énergétiques sont là. Mettons-en place les offres dont on aura besoin demain pour ne pas avoir à se préoccuper du cours du pétrole ».

De ce cours d’économie en accéléré, l’on retiendra ne pas tout attendre de la croissance, et surtout ne pas l’indexer à la demande de la Chine, ne pas faire de l‘interventionnisme des banques centrales l’alpha et l’oméga des politiques budgétaires, ne pas s’affoler devant le manque d’anticipation du cours du Brent et tout miser sur le capital humain : compétences et innovation.

La macro économiste aura précisément l’occasion de redescendre (un peu) au cœur de la micro économie avec la présentation par trois sociétés (Enogia, Scala et Aroma Therapeutics) de leur hardiesse.

A.D

La conférence en images

 

 

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