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22.01.2016 - Territoire

Le préfet de région face aux chefs d’entreprise : La Métropole, c'est bientôt !

Invité à l’occasion de l’assemblée générale de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence, Stéphane Bouillon, préfet de région et des Bouches-du-Rhône, a assuré les élus consulaires de la volonté de l’État de faire vivre ce territoire.

Sera-t-il le Haussmann d’une ville (Marseille) décrite comme « une catastrophe urbanistique » ? Sera-t-il le préfet de la criminalité mise à bas ? Sera-t-il le partenaire privilégié des milieux économiques ? Sera-t-il l’accélérateur des procédures accélérées à l’égard des entreprises ? Sera-t-il l’homme des temps perdus rattrapés ? … Interrogé « avec taquinerie bienveillante », selon les termes du président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence Jacques Pfister, par les élus réunis en l’assemblée générale ce 22 janvier, le préfet des « territoires à identités particulières » (Alsace, Corse), nommé en juillet dernier dans une région (PACA), qui ne semble pas provoquer chez lui « d’inquiétudes existentielles », sans que l’on sache s’il le vit « comme une punition ou une promotion », suscitait manifestement beaucoup d’attentes.

Et sans tarder, avant même qu’il n’y soit convié, celui qui a travaillé dans le cabinet de Lionel Jospin à Matignon comme chargé de la décentralisation (1998-2001), a répété ce qu’il distille inlassablement partout où il se rend pour rassurer en ce début d’année, qui devait consacrer l’entrée en « fonction » de la Métropole, instituée par l’article 42 de la loi Maptam du 27 janvier. Sauf que... en lien et place, une structure qui a une existence juridique mais dont la mise en place a été suspendue par une décision du Conseil d'État, en attendant que le Conseil constitutionnel statue sur une série de recours portant sur la représentativité des communes au sein de l'assemblée métropolitaine d’ici au 23 février.

Moins de Marseillais mais aussi... moins d'Aixois

« L’imbroglio finira par être tranché. La décision du Conseil d’État n’a pas déclaré illégale la métropole telle que définie dans la loi », explique didactique Stéphane Bouillon, esquissant les scénarii possibles : « soit le Conseil constitutionnel valide l’amendement Gaudin intégré dans la loi NOTRe (un conseil métropolitain composé de 240 élus dont 108 représentants de la ville de Marseille, NDLR) et la métropole peut se mettre en place. Soit il est annulé, et dans ce cas, c’est le droit commun qui s’applique, en l’occurrence les dispositions de la loi Maptam qui prévoit un conseil métropolitain de 200 membres, donc avec moins de Marseillais certes, mais aussi moins d’Aixois », se plait-il à rappeler. Il faudra, dans ce cas, relancer la désignation des représentants au sein des collectivités et procéder à une nouvelle élection du président.

Et de rappeler que d’ici là, soit un entre-deux qui bloque le mécanisme jusqu’à avril, le président de la Métropole (Jean-Claude Gaudin) peut assurer la gestion des affaires courantes (payer les salaires des agents, les factures des prestataires et les dépenses déjà engagées dans le cadre d’actions inscrites dans le Contrat de Plan État-Région par exemple).

VRP de la Métropole

Associant, sans craindre les railleries, Marseille à une ville-monde qui « a quelque chose de New York » et qui pourrait être la « New York de l’Europe méditerranéenne », le préfet de région a assuré les élus consulaires, dont il salue « l’engagement pour changer l’image de ce territoire avec sa campagne emblématique Si vous saviez », de « la volonté de l’État de faire vivre ce territoire ».

Des propos qui font écho à ce qu’il avait déclaré à l’occasion des vœux à la presse en haussant le ton : « Je le redis fortement : si ce territoire n’est pas compétitif, les emplois et la richesse iront ailleurs. Veut-on jouer en D2 ou à l’international ? Les citoyens attendent des projets. Les entreprises ont besoin d’une vision globale, cohérence et coordonnée. Aux élus de s’en saisir ».

Soutien à l’idée d’un comité des projets

Stéphane Bouillon a aussi profité de cette tribune offerte devant les chefs d’entreprises pour confirmer (à bon entendeur et bon escient) son soutien à l’idée d’un « comité des projets » (défendu notamment par les milieux économiques). Il sera le lieu où se définiront les projets structurants et ouvert « à tous les acteurs qui ont une capacité décisionnelle et financière ».

En matière de projets structurants, il décline : la ligne nouvelle PACA, la gare souterraine Saint-Charles, la L2 (livrée courant été 2016 pour partie et achevée d’ici à fin 2017, début 2018), la priorisation des voies de bus, la desserte aéroportuaire, les investissements du GPMM.

« Vous êtes essentiels pour ramener du monde au travail »

Si les chefs d’entreprise ont des attentes précises à l’égard des services de l’État en termes d’actions, efficacité et efficience, ils escomptent bien aussi être associés étroitement aux décisions qui impacteront le développement économique du territoire, tant dans le cadre de la Métropole que de la Région, devenue la nouvelle superpuissance publique en termes d’économie.

Dans un pays en « état d’urgence économique et sociale », le représentant de l’État en région attend, lui aussi, beaucoup des milieux économiques et des CCI, « partenaires privilégiés » sur le plan de l’emploi et du chômage. « Vous avez un rôle essentiel sur l’ensemble des dispositifs initiés par le gouvernement, notamment pour ramener du monde au travail, augmenter l’offre et le nombre de formations et faciliter l’embauche des moins qualifiés en 2016 », a –t-il rappelé.

Urgence = circuits de décision courts

« L’urgence (référence au plan d’urgence contre le chômage, présenté le 18 janvier dernier, par le président de la République à l’occasion des vœux aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi) nécessite de l’action et des circuits de décision courts. Comment comptez-vous donner cette impulsion ? », lance le mouvement un chef d’entreprise.

Vice-président délégué au rayonnement et à l'attractivité du territoire, Joseph Perez s’attache pour sa part à la rhétorique du préfet, qui souligne « le rôle déterminant » des CCI mais qui parallèlement « ponctionne leurs fonds de roulement (500 M€ en 2015, 326 millions de plus qu’en 2014, NDLR) » et réduit les taxes qui leur sont affectées d'un tiers.

Le familier des cabinets ministériels répondra que ses services contribuent tout autant à l’effort de désendettement public, seule solution pour redonner du souffle et donc « du pouvoir d’achat aux contribuables ».

A.D

Photo : G.Majolet

Une bioraffinerie en Provence qui serait la première en France 

À l’occasion de l’Assemblée générale, les élus consulaires ont reçu François Souchet, directeur régional du développement régional et Jean-Michel Diaz, délégué régional de Total Développement Régional (TDR) pour une présentation des outils du dispositif de soutien et du projet de bioraffinerie (raffinage d’huiles végétales de première et de deuxième génération) que le groupe pétrolier porte au sein de sa plate-forme de La Mède. Un « projet d’avenir » (l’Europe oblige déjà l'incorporation de 7 % de biomolécules dans le diesel et la France projette de porter ce ratio à 15 % à horizon 2030) pour un secteur particulièrement chahuté ces dernières années : une demande en produits pétroliers en repli de 15 % depuis 2008 réduisant les débouchés du raffinage européen et la révolution américaine du gaz de schiste favorisant le raffinage américain.

À ce jour, la plus importante bioraffinerie au monde assure une production de 800 000 tonnes tandis que deux autres, basées en Europe (Italie et Pays-Bas), avoisinent les 500 000 tonnes. Et la France importe actuellement 600 000 tonnes de huiles. Les nouvelles obligations devraient se traduire par une demande de 900 000 tonnes supplémentaires d’ici à 2030.

 Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence, et François Souchet ont signé, à l’occasion de cette assemblée générale, une convention qui permettra de soutenir l’émergence d’un nouvel écosystème autour de ce projet de bioraffinage. Cet accord se traduira notamment par le déploiement des dipositifs d’aides aux PME (création, reprise, innovation, internationalisation via notamment des prêts financiers), proposés par Total Développement Régional. La CCI Marseille Provence assurera parallèlement, à la demande de Total, une démarche d'accompagnement individualisé des PMI sous-traitantes impactées par la transformation du site de La Mède en bioraffinerie.

La CCI voit dans ce nouveau projet « l’opportunité de renforcer les synergies avec les filières d'excellence d'Aix-Marseille-Provence et avec les autres projets stratégiques métropolitains » (comme PIICTO…).