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22.12.2015 - Territoire

Région : La main tendue à l’économie ?

Quelques jours à peine après son installation à la tête de la Région PACA, Christian Estrosi a convié ce 21 décembre à Marseille les acteurs économiques. Le candidat du « ça va changer » a besoin d’eux. Cela tombe bien. Ils veulent être associés aux décisions impactant le développement économique.

L’ancien ministre de l’Industrie du gouvernement Fillon est manifestement à l’aise avec la rhétorique de l’entreprise et le champ lexical du dirigeant à qui il a pu donner l’impression de les avoir entendus durant ses mois de campagne endurants. 

Quelques jours à peine après son intronisation à la tête de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, c’est encadré de Renaud Muselier, député européen et tête de liste pour les Bouches-du-Rhône, Bernard Kleynhoff, président de la CCI des Alpes-Maritimes (qui devrait démissionner), Pierre Grand Dufay, ex vice-président de l’UPE 13 et président du fonds d’investissement régional Tertium et de Julien Aubert, député de Vaucluse et tête de liste dans ce département, que Christian Estrosi a accueilli ce 21 décembre à l’Hôtel de région les principaux acteurs économiques. 

Bien qu’ayant été dépêchés, ils ont plutôt répondu en présence. Dans la salle, on pouvait y reconnaître les présidents et représentants de toutes les chambres consulaires, le président de l’Union patronale régionale, des représentants de l’UPE13, des fédérations professionnelles, des pôles de compétitivité... mais aussi les patrons de grandes entreprises et de start-ups emblématiques.

« Je connais vos attentes et je voulais que se tienne très rapidement cette première réunion. Lors de mon installation, j’ai tracé ma feuille de route. L’emploi et l’économie sont au cœur de mes priorités. C’est votre premier souci, cela tombe bien, c’est aussi le mien », a introduit le nouveau patron de la Région. 

Soins apportés aux entreprises 

Au-delà de la tonicité de l’instant, le candidat du « zéro emploi non pourvu » tenait aussi visiblement à délivrer des gages sur son ardeur à réformer, notamment incarnée par son slogan de campagne « ça va changer », et rappeler les solutions qu’il entend administrer à une économie régionale saturée par le chômage mais où « 25 000 emplois ne seraient pas pourvus ».

Occasion était aussi offerte de rappeler quelques-unes des propositions que le député-maire de Nice (mandats qu’il abandonnera) avait émises à l’attention des entreprises : guichet unique « capable de dégager des fonds en un mois », fonds d’investissement régional « qui accordera des prêts à celles prêtes à s'y implanter ou à innover et qui permettra l'entrée au capital d'entreprises en difficulté. »

Lobbying et influence

Et un bref rappel de sa méthode : libérer l’investissement tout en traquant le gras du fonctionnement, qu’il estime pouvoir réduire de 25 % par le levier de l’optimisation des dépenses, et ainsi retrouver du souffle en autofinancement. 

Le nouveau président de Région avait déjà, semble-t-il, mis à l’épreuve son nouveau statut pour décrocher une rencontre l’après midi à Paris avec le président de la SNCF Guillaume Pépy (discuter de l’efficacité des TER) et avec le premier Ministre Manuel Valls en fin de journée (renégocier le CPER), espérant ainsi « récupérer 400 à 450 M€ d'aide au désenclavement ». 

Les milieux économiques veulent être un partenaire de rang 1

« On doit aborder ensemble le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) et je veux que vous soyez associés ». Cela tombe bien : c’était une demande formulée par le réseau des CCI de la région dans un livre blanc remis aux candidats alors en campagne.

Au-delà du seul SRDEII, les CCI de la région sollicitent surtout une nouvelle gouvernance économique (sans oublier l’articulation avec la métropole) dans laquelle elles souhaitent non seulement être un partenaire de rang 1 dans l’élaboration et le suivi de l’ensemble des grands schémas régionaux (SRADDET, SRDEII, Contrats de plan État-Région et projets financés par la Région (programmes européens...), mais aussi être chargées, par voie de contractualisation, de la mise en œuvre opérationnelle des schémas (cf. Régionales 2015 : Grand oral des candidats devant les patrons).

Efficacité immédiate ?

Les entreprises qui rencontrent notamment des problèmes de recrutement mais aussi les CCI qui collectent les taxes d’apprentissage ont certainement aussi tendu l’oreille quand le nouvel homme fort de la Région a évoqué la création d’une banque régionale d’apprentissage, « structure en lien avec les entreprises et les partenaires sociaux pour faire coïncider les besoins et les formations dispensées » et son objectif d’atteindre les 50 000 apprentis (contre 29 000 aujourd’hui cf.Alternance, antitode au chômage). 

« On est prêt à jouer le jeu collectif que vous voulez ouvrir mais quelle sera votre méthode pour être efficace tout de suite ? », n’a pas tardé à demander Jacques Pfister, qui s’exprimait au nom du président des CCI de PACA. 

« Je voudrais que l’on sorte tous de cette réunion en ayant fixé deux ou trois réunions de travail pour mettre en œuvre rapidement le programme de façon à avoir une visibilité en vue des orientations budgétaires à finaliser d’ici fin janvier. Deux premières commissions de travail et d’études ont été créées. Bernard Kleynhoff sera en charge de l’industrie, innovation, nouvelles technologies et numérique et Pierre Grand-Dufay de l’économie et de l’emploi », répond Christian Estrosi.

Small business act provençal

« Que comptez-vous faire pour soutenir la filière du BTP qui pèse 14 Md€ et 100 000 emplois dans cette région ? », soulève le représentant de la Fédération régionale du bâtiment.

« En ouvrant des chantiers en dépit de la baisse des dotations qui est de l’ordre de 317 M€, soutient le président de la Métropole NCA (mandat qu’il n’abandonnera pas). Je suis parvenu au sein de ma Métropole à maintenir un niveau de commande publique grâce à la mise en œuvre d’un Small Business Act métropolitain » (qui permet aux PME d’accéder plus facilement aux marchés publics par la simplification des démarches et la mise en relation avec les donneurs d’ordre). « On est ainsi passé d’un taux de 40 à 65 % de marchés publics obtenus par des entreprises locales ».

Place pour le digital 

« Oui, il y aura un élu dédié au digital et je me suis engagé à une couverture totale des territoires en fibre optique », promet Christian Estrosi à Stéphane Soto, le directeur de la French Tech, qui était aux côtés de Kevin Polizzi, fondateur de Jaguar Network et très impliqué dans l’écosystème numérique local. 

Celui qui a installé, en qualité de ministre de l’Aménagement du Territoire en 2005, les 10 pôles de compétitivité en PACA et qui ne s’est pas privé de sous-entendre pendant sa campagne le peu de considération qu’il portait aux Pôles régionaux d’innovation et de développement de l’économie solidaire (Prides), était déjà parti quand la représentante d'Eurobiomed s’est enquis du soutien régional aux entreprises pour accrocher des fonds européens.

C’est Renaud Muselier, le député européen qui lui répond : « on peut attendre beaucoup de l’Europe à condition de savoir s’en servir. Oui, les dossiers sont difficiles à monter. Oui, la région PACA en touche quatre fois moins que d’autres. Il faut juste faire comme d’autres pays : être dans une logique de chasseurs de primes ». 

Comprendre : proposer des projets qui s’inscrivent dans les priorités stratégiques de l’Europe et … tant pis s'ils ne correspondent pas à celles des territoires ?  

A.D