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06.11.2015 - Territoire

Assises de l’économie de la mer : Marseille, port Sud de l'Europe ou port du Sud de l’Europe ?

Après les Assises de l’économie de la mer, les professionnels de la croisière se retrouveront le 18 novembre à Marseille pour la 15e édition du salon Top Cruise. Mêmes enjeux : la place du port de Marseille sur l’échiquier européen et sa capacité à profiter de la dynamique méditerranéenne.

La précédente édition des Assises de l’Économie de la Mer, les 2 et 3 décembre 2014 à Nantes et Saint-Nazaire, avait été clôturée par un Manuel Valls enflammé, convoquant André Gide et Victor Hugo et citant Sénèque (« Quand on ne sait pas vers quel port on navigue, aucun vent n’est bon ») et concluant par : « le XXIe siècle sera le siècle le plus maritime de l’histoire, avec le couple mondialisation-marinisation. La marinisation est aussi implacable qu’exponentielle. La mer est l’avenir de la terre. »

Ces 3 et 4 novembre, à Marseille cette fois, le principal rendez-vous annuel de la communauté maritimo-portuaire, organisé par Le Marin et le groupe Ouest France, en partenariat avec le Cluster maritime français (CMF), n’a pas bénéficié de la présence du Premier ministre, pas davantage de celle de la Ministre de l’Écologie Ségolène Royal, pourtant annoncée mais retenue pour accompagner le président Hollande en Chine dans le cadre de la préparation de la COP21.

C’est Alain Vidalies, le secrétaire d’État aux Transports, à la Mer et à la Pêche, qui a marqué le temps politique de l’événement. Mais sans annonces majeures (les orientations de la politique maritime du gouvernement avaient déjà été rendues publiques le 22 octobre lors du Comité interministériel de la mer) pour le secteur maritime qui compte, selon la dernière enquête de l’Insee publiée en novembre, 450 000 emplois (dont 126 000 en Région PACA), soit 1,7 % de l’emploi total en France et plus de 8 % des emplois maritimes de l’UE.

Événement qui coïncide avec un trafic portuaire en hausse à Marseille

L’événement tombe néanmoins plutôt bien.

« La croissance retrouvée du trafic de conteneurs des ports français, et en particulier de Marseille, à un rythme supérieur à la moyenne européenne depuis 2011, doit être saluée », a notamment relevé, lors de son discours, le secrétaire d’État à la mer.

Les trafics du port de Marseille ont en effet augmenté de 4 points à fin septembre pour s’établir à 60,9 Mt fin septembre, de même que le trafic conteneurisé affichait également une croissance de 4 %, avec 900 000 boîtes traitées fin septembre, « bien supérieure à celle des autres ports européens », a confirmé Christine Cabau-Woehrel, la présidente du directoire du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), qui espère bien franchir la barre du 1,2 million de conteneurs (ce que réalise toutefois le port espagnol d'Algésiras en un trimestre).

« Tous les voyants sont au vert et cela nous conforte dans notre ambition d'être le port Sud de l'Europe, ce qui ne signifie pas la même chose que port du Sud de l’Europe », nuance la DG du port.

Nombre de parties prenantes 

La place du port de Marseille sur l’échiquier européen et sa capacité à mettre à profit la dynamique de développement méditerranéenne, c’est bien de cela dont il s’agissait dans le débat « Marseille et la Méditerranée ».

La présence du nombre d’élus autour de la table -  Mireille Peirano, vice-présidente de la Région, Claude Piccirillo, vice-président de Marseille Provence Métropole, Didier Réault, adjoint au maire de Marseille et Danielle Milon, vice-présidente du Conseil départemental 13 –, suffisait à elle seule pour témoigner du nombre de parties prenantes concernées par cet « outil métropolitain par excellence », rappelle Marc Reverchon, vice-président de la CCI Marseille Provence, seul représentant du monde économique autour de la table.

Feuille de route

 

« La mer est un levier d’attractivité économique efficace qui agrège de nombreuses filières d’excellence (le transport, la logistique, l’industrie, l’énergie, le tourisme, ou encore le nautisme) dont la mise en système apparaît de plus en plus primordiale. Nous devons passer d’une industrie, les pieds dans l’eau, à un modèle qui consacre la 3e révolution industrielle, celle du numérique, à l’interface terre-mer », pose-t-il.

L’écosystème portuaire et logistique marseillais, qui génère 43 500 emplois directs et indirects répartis au sein de 2 900 entreprises, « peut être un outil de transition économique pour la Métropole et la Région », insiste le vice-président de la CCI Marseille Provence, qui appelle de ses vœux la création d’un cluster logistico-portuaire métropolitain « comme le propose le document d’interpellation stratégique sur le système logistique et portuaire de la Métropole. Il serait le réceptacle d’une dynamique collective et de développement de marchés dans un cadre plus coordonné et fédérateur ».

Port de liaison entre l’Asie et l’Europe ?

Pour l’ancien président du Conseil de développement du GPMM :

« Le territoire, a de par sa position géostratégique, un rôle à jouer dans la réorganisation des flux logistiques mondiaux consécutive à la saturation des ports du Nord de l’Europe, le doublement du Canal de Suez, le développement attendu de l’Afrique et la généralisation du slow steaming (usage de vitesse lente par les grands porte-conteneurs exploités sur des dessertes longues, NDLR) pour les navires ».

« Des estimations ambitieuses mais réalistes » portent à 3,3 MEVP le volume que Marseille pourrait traiter, « ce qui lui permettrait de porter sa part de marché de 1,5 à 3,3 % et ainsi de générer 12 000 emplois supplémentaires », avance Marc Reverchon, relevant au passage que Marseille-Fos attire « de grands prestataires logistiques à l’instar de Katoen Natie qui s’est implanté ici plutôt que dans les ports du Nord. »

Le logisticien d’Anvers, présent près des terminaux portuaires de Fos-sur-Mer depuis 1998, a acquis un terrain de 30 ha en 2014 pour agrandir son site logistique multi-clients de Saint-Martin-de-Crau (13), où il possède déjà 72 000 m2. Un investissement estimé à 90 M€ qui pourrait créer 350 emplois.

Principale porte gazière de l’UE ?

Enfin, il insiste sur les capacités du GPMM à être l’une des principales portes gazières de l’UE avec les terminaux méthaniers Tonkin et Cavou :

« Avec la crise du raffinage qui frappe l’Europe et la diminution de la consommation des hydrocarbures, cet atout devrait être renforcé par d’autres aménagements comme le projet Eridan le long de la Vallée du Rhône. »

Eridan est un projet de canalisation de transport de gaz naturel de 220 km de long entre les Bouches-du-Rhône à la Drôme, qui a obtenu son autorisation ministérielle le 5 janvier 2015 et qui sera sans doute le plus gros gazoduc de France.

Premier pôle de plaisance ?

« Avec la Métropole, explique pour sa part le représentant de la Communauté urbaine de Marseille Provence, nous allons passer à 34 ports (MPM en gère 24 à elle seule, NDLR), ce qui nous rendra encore plus puissant pour devenir le premier pôle de plaisance en Europe (8 600 anneaux recensés aujourd’hui sur le territoire, NDLR) ».

Outre l’aménagement de l’Anse du Pharo à Marseille, lancé il y a quelques mois pour créer un village d’activités liées au nautisme, rappelle le représentant de MPM, la collectivité veut mettre en place un « partenariat MPM-GPMM-État-Pole Mer PACA pour une base portuaire destinée aux industries et technologies offshore et sous-marine sur le site de Saumaty. »

Métropole de la mer ?

« Nous devons devenir la Métropole de la mer. Si le port de Marseille doit être un grand port européen, il doit être aussi plus intériorisé et investi dans la ville », lance Didier Réault, qui est aussi le président du conseil d'administration du Parc national des Calanques.

L’élu de la Ville de Marseille préfère insister sur le travail entrepris « depuis 15 ans » pour « se réapproprier le littoral et la mer avec la charte ville/port. C’est ainsi que le Parc des Calanques a vu le jour et que nous venons de signer un contrat de rivière, à propos de l’Huveaune et un Contrat de baie (soit 130 km de linéaire côtier de Martigues à Saint Cyr sur Mer, 39 communes concernées, NDLR), avec à la clé une enveloppe de 250 M€ sur 6 ans pour prévenir les inondations et garantir la qualité des eaux de baignade. »

La représentante de la Région, qui aura désormais la compétence exclusive du développement économique, joue le rôle qui lui est désormais assigné par la loi NOTR(e) :

« La Région doit permettre un développement équilibré des 900 kilomètres de côtes en évitant des concurrences néfastes ».

Le sort de la SNCM, sous-jacent au débat

La SNCM s'est invité au débat, la Région venant de se déclarer favorable à une participation au capital. « Un acteur privé du secteur concurrentiel ne doit pas avoir un acteur public au capital. C’est à l’État de jouer pleinement son rôle d’actionnaire », tranche l’adjoint au maire de Marseille.

Si Marc Reverchon, PDG de la Compagnie Méridionale de Navigation (La Méridionale), invoque la réserve en raison de sa position (la Méridionale est partenaire commercial de la SNCM pour assurer la desserte maritime de la Corse), il insiste, en tant que représentant de la CCI, sur les enjeux :

« Il faut exiger la libre circulation des navires pour éviter qu’un éventuel conflit ne dégénère en blocage et fasse fuir toute repreneur et éviter qu’une liquidation ne conduise à une vente par appartement qui engendrerait une perte de trafic conséquente pour le GPMM avec des répercussions en cascade pour les professions portuaires et l’avenir des bassins Est ».

A.D

Photos : ©GPMM

 

Top Cruise : Permettre à tous les acteurs de la filière du tourisme de bénéficier au mieux de l’essor de l’activité croisière

Après les Assises de l’économie de la mer, qui a consacré une table ronde à la croisière le 4 novembre, les professionnels de la croisière se retrouveront le 18 novembre à Marseille pour la 15e édition du salon Top Cruise. Organisé par le Club de la croisière Marseille-Provence, la convention d’affaires devrait réunir cette année 180 agents de voyages, 300 participants professionnels, dont 27 marques de croisière, et les ports du Var et de Marseille. 

Permettre à tous les acteurs de la filière du tourisme de bénéficier au mieux de l’essor de l’activité croisière, c’est l’objet d’une table ronde initiée à l’occasion du rendez-vous business : Quelles sont les spécificités des compagnies ? Comment capter la clientèle des paquebots ? Comment se prépare une escale ? Comme s’opère le choix des prestataires ? Comment se faire référencer ? … Les différentes facettes du marché de la croisière (point de vue de compagnies, des gestionnaires d’escale…) seront abordées, avec à l’appui, des données sur les croisières, le marché de l’avitaillement, les besoins en prestataires …

Le rendez-vous annuel va se tenir dans un port qui profite déjà de l’essor de la croisière en Méditerranée. Le désormais 5e port méditerranéen de croisière devrait engranger cette année un nouveau record de trafic avec 1,5 million de passagers, soit 200 000 de plus qu’en 2014. Le port phocéen a même enregistré en octobre un record mensuel historique avec 199 550 croisiéristes (+12 % p/r à 2014), dont 80 000 en tête de ligne et près de 120 000 en transit au cours de 64 escales.

En moins de deux décennies, Marseille est entré dans le cénacle des ports de croisière au million de passagers. Et en deux ans, il est passé de la 9e à la 5e place, derrière Barcelone, Civitavecchia, Venise et les îles Baléares dans le Top 10 du classement 2014 de MedCruise, l'association des ports méditerranéens de croisière. Une prouesse à mettre en regard des contre-performances de ses voisins méditerranéens (Barcelone : - 9 % ; Civitavecchia : - 15,7 % ; Venise : - 4,5 %, Naples : - 5,2 % et Le Pirée : - 19 %). Le port catalan reste néanmoins loin devant avec ses 2,36 millions de passagers.

 

 

Des mesures pour une économie maritime mise à mal ? 

25 interventions, conférences, débats, ateliers thématiques ont rythmé les deux journées de ce qui constitue le principal rendez-vous de la filière maritime. Et en présence de 1 700 personnes dont les personnalités qui composent l’écosystème : Christine Cabau-Woehrel, présidente du directoire du Grand port maritime de Marseille, Jean-François Suhas, président du Club de la croisière Marseille Provence,  Georges Azouze, président de Clia France, Jacques de Chateauvieux, président de Bourbon, Philippe Louis-Dreyfus, président du conseil de surveillance du groupe éponyme, Jean-Emmanuel Sauvée, président-fondateur de la Compagnie du Ponant, Olivier Buzzi, le patron Défense & Naval de Rolls-Royce, Hervé Guillou, PDG de DCNS …

« 310 000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 69 milliards d’euros, c’est le poids de l’économie maritime en France », a amorcé Alain Vidalies, le secrétaire d'État chargé de la mer et de la pêche, dans une intervention d’une vingtaine de minutes le 3 novembre.

Déploiement des énergies maritimes renouvelables

« L’État va accélérer les travaux d’élaboration des plans de façades maritimes. Il nous faudra prévenir les conflits d’usage et concilier la densité des activités existantes avec les opportunités ouvertes par le déploiement des énergies marines renouvelables.  Dans les prochaines semaines, les conseils maritimes de façade seront donc consultés pour donner un cadre au développement des activités maritimes. »

Le Grenelle de la mer avait établi un objectif : que les énergies renouvelables représentent au moins 23 % de sa consommation d’énergie finale d’ici à 2020, grâce notamment à la production de 6 000 mégawatts d’énergies marines. L'État a lancé plusieurs appels d’offres pour planifier la construction de parcs éoliens en mer (6parcs d’une puissance totale de 3 000 mégawatts sont ainsi prévus). Par ailleurs, deux parcs pilotes d’hydroliennes sont envisagés ou en cours d’installation dans les zones de fort courant. Enfin, une feuille de route a été lancée pour soutenir le développement de l’éolien flottant, non fixé au sol. Ce projet sera développé sur quatre périmètres dont trois en Méditerranée.

Essor des grands ports maritimes

Le ministre a notamment évoqué l’allègement des coûts pour les opérateurs fluviaux, l’interopérabilité de systèmes informatisés de traitement des marchandises, l’extension de l’autoliquidation de la TVA. Et une enveloppe financière de 1,15 Md€ dans le cadre des contrats de plan État-Régions (CPER) pour la période 2015-2020, dont 230 M€ apportés par l’État.

Secteur mis à mal

Selon les dernières données de l’Insee, l’économie maritime nationale a souffert ces dernières années. Entre 2006 et 2012, la pêche a perdu plus de 3 000 postes, soit 20 % de ses effectifs. Pour autant, dans le même temps, les entreprises de transformation et de conservation de poissons ou crustacés ont créé 700 postes. La construction navale a également été amputée de 6 700 emplois. Toutefois, la réparation navale en a générés 2 300. Aussi, dans un contexte de forte compétition entre les grands ports européens, le transport maritime et fluvial fait état de 4 000 suppressions d'emplois. En revanche, le tourisme littoral a gagné 16 000 emplois entre 2006 et 2012, principalement dans la restauration.

 

 

 

 

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