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23.10.2015 - Territoire

Martine Vassal face aux chefs d'entreprise

La présidente du Département était l'invitée ce 23 octobre de l’Assemblée générale de la CCI Marseille Provence. Sera-t-elle soucieuse de la réussite d'une Métropole économique ? Le Département intègrera-t-il la Métropole ? Le tourisme fera-t-il l'objet d'une gestion concertée ? ...

Dans les affaires, comme en politique, a fortiori dans le cadre de négociations, les femmes parviennent souvent à leurs fins par la tangente, là où les hommes seraient plus frontaux.

Après un portrait, que de l’aveu même du président de la CCI Marseille Provence Jacques Pfister, « certains jugeront trop flatteur », les chefs d’entreprise composant l’assemblée du « Parlement de l’Écomonie » avaient ce jour-là des interpellations bien précises et des interrogations très concrètes à l’égard de celle qui fêtait, la veille, ses six mois à la tête du deuxième département de France par sa richesse (budget de 2,6 Md€ pour 7 000 employés) et l’un des rares à être piloté par une femme. Laquelle a, du reste, réussi en mars dernier plusieurs coups de force majeurs, en mettant fin à 70 ans de règne de la gauche dans les Bouches-du-Rhône, en réussissant à déboulonner Jean-Noël Guérini, figure politique que l’on disait « statut de pierre », et en raflant 16 cantons sur 29, lui assurant une zone de confort pour gouverner.

« Je viens de l’entreprise »

Proche collaboratrice du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin tout en revendiquant un brevet d’extériorité au système, l’élue, qui s’était déjà illustrée par « une collectivité doit se gérer comme une entreprise » ne s’est pas fait prier pour amorcer son intervention sur le mode : « Je viens de l’entreprise, du secteur privé. J’étais conseillère consulaire, assise à votre place et je ne pensais pas un jour me retrouver en face, sur la tribune ».

Après des études de commerce à Marseille (du temps où l’école de commerce ne s’appelait pas Kedge Business School mais probablement Groupe ESC Marseille Provence) et avant d’opter pour la politique en 2001, Martine Vassal a en effet piloté la Bonneterie Gilles, une entreprise de plus de 200 salariés créée par son père Elie Gilles, qui équipait sous les marques Petit écureuil et Massilia les conscrits de l'armée de terre, avant d’être emportée par la crise du textile.

« La Métropole est allée trop vite et trop loin »

Serez-vous un leader politique soucieuce de la réussite de la future Métropole Aix-Marseille-Provence et au service du développement économique ? interroge d'emblée Jacques Pfister, en se faisant le porte-parole de ses pairs. En retour, elle répète ce qu'elle a déjà dit : « la Métropole est allée trop vite, trop loin » et qu’elle devra du coup « procéder par thématiques progressives ».

« Le temps économique n’est pas celui du politique »

Comprendre, chassant le phrasé à claire-voie : si la loi donne toutes les cartes de la gouvernance, personne ne sera maître du temps, signifie celle qui a emprunté, dans l’ombre de son père en politique, la posture de rassembleuse et la rhétorique de la préservation de de l’unité territoriale et du respect des communes (auxquelles le Département consacre, pour rappel, une enveloppe de 155 M€). Message bien senti alors qu'elle s'apprête à participer au premier salon des maires des Bouches-du-Rhône à Salon de Provence (où ne manqueront pas de s'exprimer inquiétudes et agacements), avant de rejoindre la version en grand, le Salon des maires et des collectivités locales, qui se tiendra Porte de Versailles à Paris, du 17 au 19 novembre. 

« On a déjà changé d’échelle en passant de 18 à 92 communes »

À la question d’un élu consulaire, qui estime, lui, que « cela ne va pas ni assez vite ni assez loin », sur la possibilité que le Département intègre un jour la Métropole, elle esquive, repoussant toujours plus loin sa réponse au gré des digressions : elle rappelle que le législateur a amené de la confusion (« en annonçant sa suppression puis la suppression de la suppression »), sous-entendant que la Métropole apporte « hélas » une strate supplémentaire pour conclure sur la lente maturation d’une telle construction : « concentrons nos efforts sur ce qui est indispensable. Mettons-en place l’executif dans le respect de chaque institution avec une gouvernance apaisée et concertée. Après, on travaillera sur d’éventuelles fusions. On a déjà changé d’échelle en passant de 18 communes à 92 avec six intercommunalités ».

« Une marque Provence »

Elle était par ailleurs très attendue (plusieurs questions sur le sujet) sur l’attractivité du territoire, elle qui a hérité de la présidence de l’agence de développement économique Provence Promotion (cogérée par le Conseil départemental et la CCI Marseille Provence).

Tout en rappelant la baisse des dotations de l’État et le poids de l’aide sociale qui accapare 70 % de son budget, elle plaide pour une marque « Provence » avec comme fil conducteur « l’emploi avec un grand E » dans un département où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale.

« On ne sait pas suffisamment tout ce qui se passe ici »

Vision métropolitaine du tourisme d’affaires ? Gestion concertée des marques de destinations et des stratégies de promotion ? Politiques de marketing, de commercialisation et de communication plus ciblées et plus lisibles, notamment à l’international ?

« Politique plus large de communication au-delà du tourisme, concède-t-elle, car on ne connaît pas assez tout ce qui se passe sur le territoire ». Allusion habile à la campagne de promotion ‘Si vous saviez tout ce qui se passe ici’, initiée par la CCI Marseille Provence pour déminer le « Marseille Bashing » ?

Préférence territoriale dans les marchés publics

Enfin, à une question sur sa politique en matière de marchés publics, elle répondra que dans les limites des règles et des lois, elle « favorisera au maximum les entreprises du territoire » et réfléchit à intégrer dans le cahier des charges des clauses environnementales « comme l’empreinte carbone ».

Pour rappel, la commande publique (marchés publics, concessions et partenariats public-privé compris) s’élèverait à plus de 390 Md€. En 2011, seuls 25 % ont été attribués aux PME alors qu’elles représentaient 35,7 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises.

A.D 

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