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16.10.2015 - Territoire

Conjoncture métropolitaine : Sortie de crise en vue

La présentation de la conjoncture métropolitaine des trois derniers mois lors du Salon des Entrepreneurs a été l'occasion d'insister sur un des nombreux défis d'Aix-Marseille-Provence. En attendant, l’économie métropolitaine peine encore mais ...

L’économie métropolitaine peine, mais sort petit à petit, de sa torpeur sans que l’on puisse de franc redémarrage. Fin mars 2015, les 543 entreprises interrogées pour les besoins du baromètre métropolitain, initiative conjointe de la CCI Marseille Provence et de l’UPE13 lancée il y a deux ans pour agréger à l’échelle métropolitaine un ensemble de données sur la conjoncture et « l'humeur » des entreprises, étaient 39 % à indiquer un recul de leur activité et 17 %, une hausse.

Fin juin 2015, parmi les 504 sociétés interrogées, elles sont certes plus nombreuses (23 %) à signaler une progression de leur activité mais elles sont encore 41 % à faire état d’un recul.

Indicateur clef de la compétitivité et de la santé des entreprises, 42 % des dirigeants interrogés continuent de déclarer des marges en baisse et seulement 8 % en hausse.

Défaillances en baisse

Néanmoins, insiste Éric Ammar, vice-président de la CCI Marseille Provence délégué au développement des TPE/PME en pointant un schéma en forme de poisson dessinant deux courbes (une pour ceux qui prévoient une hausse et une autre pour ceux qui pressentent une baisse) : « On arrive à un point d’équilibre. Mais nous ne pourrons parler d’un véritable retournement que lorsque les courbes se seront croisées. »

« L’inversion de tendance, confirme Maurice Wolff, vice-président de l’UPE 13, s’observe notamment dans le niveau de collecte de la TVA, en hausse de 1,5 %, dans le taux de défaillance d’entreprises et des dossiers de médiations en baisse de 5 points. »

Parmi les secteurs les plus optimistes (à fin juin 2015), l’industrie et les services (les entreprises sont plus nombreuses – solde de respectivement 8 et 12 points –, à avoir observé un premier semestre plus positif), à l’inverse du commerce de détail (46 % des répondants indiquent une baisse de leur activité), de l'hôtellerie-restauration (52 %) et du BTP.

« Ce sont des filières en prise directe avec le pouvoir d’achat et par ailleurs plus concernées par des facteurs structurels, analyse le représentant des patrons, en faisant référence à la digitalisation : le numérique a particulièrement impacté leur organisation, les services proposés à leurs clients et leur stratégie marketing. Ce sont des secteurs qui sont en train de se réinventer ».

Meilleure humeur depuis un an et demi

Pour le second semestre, un noyau dur d’entreprises reste bloqué sur « stable » ou en « baisse ». Seuls 26 %, 13 %, 10 % et 17 % pronostiquent une hausse, respectivement de leur chiffre d’affaires, de leur trésorerie, de leurs investissements (indicateur roi du retour à la croissance) et de leur carnet de commandes.

« 26 % des entreprises prévoient une hausse de leur CA, et 29 %, une baisse. C’est quand même le meilleur solde d’opinion depuis un an et demi, même s’il reste encore négatif (- 3 points) », commente Éric Ammar.

En revanche, le taux de chomage reste préoccupant (deux points de plus). Pour autant, l’emploi est en hausse dans l’industrie au 2e trimestre mais qui peut être le fait d’un « euro faible, de la baisse du cout des matières premières et du CICE », tempère Maurice Wolff. Il faut signaler également le « petit rebond » de l’intérim, en particulier dans le commerce, le transport logistique et les activités financières et d'assurance.

Il faudrait enfin mettre ces indicateurs en perspective aux métiers en forte tension, comme l’illustre l’analyse des besoins de main d’œuvre, réalisée par la CCI Marseille Provence, sur la base de l’enquête Pole Emploi (cf. Quels sont les métiers à pourvoir en 2015 ?).

Métropole vue par les chefs d’entreprise

Le « tableau de bord de la compétitivité métropolitaine » a pris le parti de mesurer également tous les trois mois l’évolution de la perception de la Métropole. Si les chefs d’entreprises sont 63 % à considérer que l’organisation en métropole est importante pour le développement économique du territoire, son impact sur l’entreprise reste encore à démontrer pour 57 % des chefs d’entreprises (contre 55 % il y a un an). La nouvelle architecture institutionnelle recrute davantage de « fans » dans les services et le commerce de détail (contrairement à l’industrie).

L’image économique du territoire métropolitain reste quant à elle médiocre et continue d’engranger des adeptes : seules 39 % des entreprises déclarent que le territoire (+ 5 points comparé à il y a 1 an) est attractif ou très attractif.

« Notre territoire n’est qu’au 12e rang pour son pourcentage de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) alors que nous sommes parmi les premiers territoires les plus dynamiques pour la création d’entreprises. C’est d’autant plus regrettable que, si nous étions à notre niveau, 2e ou 3e, cela représenterait 70 000 emplois supplémentaires », insiste Éric Ammar.

Pression fiscale plus forte sur les PME

« Mais on n’a pas toujours les leviers. Certes, la fiscalité relève de l’État mais les élus peuvent aussi être les jardiniers de leur territoire : il faut que tous comprennent que fiscalité pèse tout particulièrement sur les TPE/PME et a fortiori quand le chiffre d’affaires n’est pas au rendez-vous », explique pour sa part le vice-président de l’UPE 13.

« La pression fiscale est proportionnellement plus forte pour une PME, témoigne Olivier Bizot, dirigeant d’Isoferm Méditerranée, une entreprise innovante dans la fabrication de volets. « Elle a explosé de 28 % en 2015 tout simplement parce que leur chiffre d'affaires est à la baisse et parce que beaucoup d'impôts auxquels elles sont soumises sont fixes ». Le dirigeant fait référence à un rapport récemment publié par le cabinet en conseil de management de coûts Lowendalmasaï selon lequel les grandes entreprises, elles, ont vu leur fiscalité baisser de 5 %, et les ETI de 2 %. En moyenne, les PME ont versé autour de 9 % de leur chiffre d'affaires en taxes en 2013 et 2014, ce chiffre est passé à presque 12 %.

Quant à la métropole, Olivier Bizot attend surtout « des économies de coûts et de moyens » et une amélioration de la mobilité qui pénalise le recrutement de cette entreprise basée à La Fare-Les-Oliviers.

Autre témoin, Éric Gilli, fondateur de Secuderm, basée à Aubagne et à l’origine du pansement étanche, estime que « la métropole va permettre d’identifier concrétement un territoire à l’international. Car quand on est à l’étranger, MPM ne signifie rien ».

A.D

Photo : Olivier Bizot, dirigeant d'Isoferm Méditerranée, Éric Gilli, président-fondateur de Secuderm, Maurice Wolff, vice-président de l'UPE 13 et Éric Ammar, vice-président de la CCI Marseille Provence, en charge du développement des TPE/PME.

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Pour jouer dans la cour des grandes métropoles ?

Avec 3,9 % de PME dans son tissu économique (contre 5,7 % pour le Grand Lyon) et 0,12 % d’ETI (contre 0,23 % pour le Grand Lyon), Aix Marseille Provence figure au 12e rang des grandes métropoles françaises en pourcentage du stock d’entreprises, illustrant notamment sa difficulté à faire grandir son tissu économique. La métropole Aix-Marseille-Provence abrite un peu plus de 150 entreprises de taille intermédiaire (ETI).

Pour jouer dans la même cour que le Grand Lyon, qui se situe dans la moyenne européenne, AMP devrait compter 2 300 PME et 160 ETI de plus (et 2 500 TPE de moins). On passerait alors de 5 300 PME (de 10 à 249 salariés) à 7 600, soit une augmentation de 43 %, et de 153 ETI (de 250 à 4 999 salariés) à 313, soit un doublement.

L’enjeu de la croissance du nombre de PME/ETI est aussi celui de l’emploi. En 2014, la croissance de l’emploi privé a été de 1 % sur Aix-Marseille-Provence (- 0,1 % au national), soit 5 400 emplois de plus (551 428 salariés hébergés dans 56 095 établissements à fin 2014). Sur la période 2009 – 2014, la métropole a affiché une croissance de l’emploi dans le secteur privé de 3 %, contre une moyenne nationale de 0,6 % et de 2,1 % pour les grandes métropoles françaises. Cela place la métropole au 6e rang des grandes métropoles nationales pour la création d’emplois privés.