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14.05.2015 - Territoire

Ryanair/Aéroport Marseille Provence : Lequel a contribué au succès de l'autre ?

Cinquième aéroport de France, Marseille Provence doit en partie son attractivité à l’ouverture d’un terminal low cost en 2007 cofinancé par la CCIMP et le CG 13. Doublement millionnaire en passagers, celui-ci doit beaucoup à une compagnie : Ryanair, qui vient de fêter le dix millionième passager.

En navigation aérienne, le vent (effectif ou traversier) joue le rôle le plus important et impacte le cap et la route. En dépit des calculs des juridictions françaises, le trublion irlandais du secteur aérien, pris en défaut de respect du droit social pour travail dissimulé sur sa base de Marseille entre 2007 et 2010, vient de sacrer le dix millionième passager ayant transité par la plate-forme provençale*. Un succès célébré en présence de la direction ventes et marketing de Ryanair, Yann Delomez et Audrey Legaigneur. Au-delà de la symbolique et en miroir, la célébration d'une autre succès : le pari du terminal low cost mp2 de l’aéroport Marseille Provence.

43,5 millions de passagers « bas coûts » en France

En 2014, les aéroports français ont vu transiter 175 millions de passagers, dont 92 millions pour le groupe ADP, exploitant Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly, selon les données de l’Union des aéroports français (UAF). Les plates-formes aéroportuaires qui ont enregistré les meilleurs résultats étaient, encore et encore, celles qui hébergent des compagnies aériennes à bas coûts, dont le trafic a bondi de 12,6 % pour un total de 43,5 millions de passagers. En province, ces compagnies représentent désormais 38,7 % de l'activité contre 36,5 % l'an passé.

Les vertus du low cost 

Avec 2 003 074 passagers enregistrés sur son aérogare dédié aux compagnies low cost mp2, l’aéroport phocéen figure en province parmi ceux qui limitent la part du low cost dans le trafic total (autour de 25 %) quand d’autres atteignent des sommets. Pour autant, c’est le trafic qui progresse le plus et sur une période plus longue, depuis l’ouverture du terminal fin 2006, c’est aussi lui qui justifie pour une grande part les envolées de la plate-forme phocéenne. Pour aller plus loin, on lui prêterait presque d’autres vertus : limiter le reflux d’Air France car là, où la compagnie tricolore a implanté des bases pour contrer l’offensive (comme à Marseille et à Toulouse), c’est aussi là où le trafic global est en quasi stagnation (- 0,9 % à 8 182 237 de passagers) grâce à une progression du trafic low cost (+ 3,7 % quand le trafic régulier est en recul de 2,4 %).

TGV Méditerranée en 2000 et faillite d'Air Littoral en 2003

Pour Marseille, l’effet low cost fut immédiat après la mise en service de l’aérogare, le premier du genre en France entièrement conçu pour les compagnies à bas coûts. Un équipement de 16,4 M€ cofinancé à parts égales par la CCIMP et le Département des Bouches-du-Rhône. À quelques jours de la première pierre du nouveau terminal, Jacques Pfister, le président de la CCIMP (à l’époque gestionnaire de la plate-forme, aujourd’hui actionnaire à 25 % du capital de la société aéroportuaire créée l’an dernier) fixait alors l’ambition : « nous sommes en discussion avec quasiment toutes les compagnies low cost, y compris les majors du secteur, comme easyJet et Ryanair. L’objectif de la CCI est de développer des lignes directes vers des destinations européennes avec l’ambition de capter 1,8 million de touristes supplémentaires ». Le terminal était alors vécu comme un relais de croissance pour un outil mis à mal les années précédentes par l'arrivée du TGV Méditerranée en 2000 et la faillite d'Air Littoral en 2003.

Mp2 a boosté les départs, vers l'étranger notamment

En 2007, le trafic s’envolait de 14 %, manquant de peu les 7 millions de passagers, mais offrant à Marseille la 5e place nationale et la plus belle progression des grands aéroports de l'Hexagone. Surtout, le trafic international apparaissait pour la première fois majoritaire sur la plate-forme (la moitié du trafic lié aux lignes internationales dont 2,12 millions sur l'Europe), essentiellement grâce aux compagnies low cost. « Notre business plan initial pour mp2 tablait sur une recette de 1,63 € par passager, après un an d'exercice, elle s'élève en fait à 2,68 € », commentait début 2008 Pierre Régis, le directeur général de l'aéroport. Ryanair, qui a choisi cette nouvelle aérogare pour y installer sa première base en France avec quatre avions stationnés et 127 employés, s’est très vite imposée comme le deuxième opérateur marseillais.

6 M€ investis dans la rénovation

Près de 10 ans plus tard, après un an de travaux de rénovation pour gagner 1 100 m2 supplémentaires et ainsi, porter la surface totale 2 500 m2 via 6 M€ auto-financés, le terminal à services simplifiés dessert 40 destinations et accueille cinq compagnies à bas coûts, dont Easyjet et Ryanair. À l’occasion de la conférence de presse ce 13 mai, Yann Delomez a confirmé que « Marseille demeurait une place centrale », estimant à 1,7 million le nombre de clients qui embarqueront ou débarqueront à Marignane en 2015, vers ou en provenance de 34 destinations. Une activité que la compagnie estime à 200 M€ de retombées économiques directes et indirectes et à 1 700 emplois induits.

Infraction au droit social français à Marignane

La condamnation, en première instance puis en appel, de Ryanair pour travail dissimulé entre 2007 et 2011 sur sa base de Marignane, n’y aura pas changé grand chose. L'affaire avait fait grand bruit (même The Guardian y avait consacré un long article) en octobre 2010 lorsque le transporteur avait annoncé la fermeture de sa base en représailles (!), avant de relancer en 2011 un grand nombre de lignes au départ de Marseille mais de manière saisonnière pour contourner les règles de droit. Concrètement, le litige porte sur une différence d’appréciation sur la notion de base d’exploitation : en France, un décret publié fin 2006 impose aux compagnies étrangères disposant d'une base dans l'Hexagone d'appliquer le droit de travail français à leurs salariés attachés à cette base, notamment les navigants. L'irlandaise, qui estime que les règles d'emploi et de sécurité sociale européenne prévalent, s'est pourvue en cassation. Les suites devraient donc encore donner lieu à quelques coups d'éclat du très emblématique patron, Michael O'Leary, qui débarque régulièrement à Marseille pour dénoncer l'acharnement dont il estime faire l'objet de la part de l'administration française.

* À cette occasion, la compagnie met en vente des billets à partir de 24,99€ pour voyager vers Londres-Stansted en juin au départ de Marseille et à réserver avant le lundi 18 mai minuit.

 

Quelques chiffres clefs

L’aéroport estime à plus de 500 M€ les dépenses générées par les touristes arrivés en avion sur le triangle Avignon - Montpellier - Nice, dont 326 M€ à Marseille et 128 M€ à Aix-en Provence.

La part des passagers low cost à Marseille Provence dépasse légèrement les 2 millions de passagers, soit le quart du trafic global.

La part des passagers low cost à Nice Côte d’Azur, au 2e rang national pour son trafic global, atteint les 4,5 millions, soit le tiers du trafic global.

Le transport aérien représente 1,141 million d'emploi et 4 % du PIB et contribue à l'économie pour 81,6 Md€.

Les compagnies low cost en Europe représentent aujourd'hui une flotte de plus de 900 appareils et opèrent plus de 1 million de vols par an. Elles affichent une part de marché de 40 %

Avec 320 appareils, Ryanair a transporté 86,4 millions de passagers en 2014 et dispose de 73 bases réparties sur 190 aéroports dans une trentaine de pays en Europe. En France, son trafic sur les 31 aéroports desservis s’établit à 7,85 millions de passagers.