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03.03.2015 - Territoire

MIPIM : Front commun pour convaincre les investisseurs

Chaque année, à Cannes, la grand-messe internationale des professionnels de l'immobilier d'entreprise offre aux métropoles un « shoot » de visibilité. Sous une bannière commune, les acteurs du territoire espèrent capter de l'intérêt. 1 126 promoteurs et 4 500 investisseurs inscrits cette année.

Depuis que le territoire s’est essayé à l’intelligence collective, notamment expérimentée avec la candidature pour le titre de Capitale européenne de la Culture MP 2013, le registre sémantique de l’union est largement emprunté. De l’entente cordiale au jeu collectif, il fut question ce lundi 2 mars à l’occasion d’une conférence de presse à l’InterContinental de Marseille d’« union sacrée » (propos de Didier Parakian, adjoint au maire Jean-Claude Gaudin, en charge du développement économique). L’an dernier déjà, l’ensemble des acteurs concernés par le développement et l'aménagement du territoire (Marseille Provence Métropole, Région, Ville de Marseille, Provence Promotion, GPMM, Euroméditerranée et CCIMP), avait initié le stand commun. Ils récidivent pour la 27e édition de l'un des plus grands rendez-vous de l'immobilier d'entreprise, qui se tiendra du 10 au 13 mars à Cannes. Une « atmosphère inédite » d’aggiornamento sur laquelle Jacques Pfister, le président de la CCIMP, entend capitaliser, et ce, toujours dans la perspective de la naissance au 1er janvier 2016 de la métropole, forte de 146 094 établissements dans le champ marchand et de 546 069 salariés dans le champ concurrentiel.

« Après ce sera trop cher »

« Il se passe sur ce territoire quelque chose que nous n’avons encore jamais vécu par le passé : une vision concertée du développement économique. Vous avez devant vous le noyau dur qui va construire une politique d’attractivité territoriale, avance Jacques Pfister. Nous avons six filières d’excellence, qui font actuellement l'objet d’une vaste opération de communication (impulsée par les milieux économiques, NDLR) pour les valoriser auprès des médias nationaux et internationaux.»
Reste à convaincre ceux qui ont les capitaux « que c’est le moment d’investir sur Marseille-Provence. Après, il sera trop tard car … ce sera plus cher », exhorte-t-il en soulignant (déplorant ?) l’absence de la Ville d’Aix-en-Provence, et sans occulter les orages institutionnels qui s’amoncellent : « on sait que le projet métropolitain ne sera pas facile à construire mais on sait aussi que cela sera payant pour l'économie. »
En attendant de pouvoir convaincre, il faut décliner l’offre, qui n’attend visiblement que la demande, laquelle aura le choix : la plupart des grandes métropoles européennes sont de la partie, avec de surcroît quelques représentantes du Proche et Moyen-Orient, du Canada et du Japon (Abu Dhabi, Istanbul, Ontario, Torino, Québec, Tokyo, Osaka).


Disponibilité foncière : atout face à la concurrence

« Alors que la compétitivité des territoires s'exacerbe, nous disposons d’un atout de taille : notre disponibilité foncière », pose Guy Teissier, président de la Communauté urbaine Marseille Provence, qui revendique « faire du développement économique l’alpha et l’oméga » de sa présidence. Il en veut pour preuve l’arrivée symbolique aux commandes du développement économique de MPM de Jean-Philippe Hanff, l’ex délégué général au développement économique et international du Grand Lyon. « Nous disposons de 180 ha de terrains commercialisables avec une perspective de 900 000 m² d’immobilier d’entreprise et un potentiel de plus de 10 000 emplois. Nous allons y investir, dans les prochaines années, 130 M€, ce qui entraînera 900 M€ d’investissements privés. »

100 000 m2 décelés par la Ville de Marseille

« La Ville s'est dotée d'une véritable stratégie foncière pour impulser de nouveaux projets d’immobilier, surenchérit le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. Nous avons conduit un travail de d’analyse de marché et de faisabilité immobilière qui a permis d’identifier, parmi les sites maitrisés par la Ville, 100 000 de surface de plancher possibles ».  
Selon le sénateur-maire, dont le fameux amendement qui porte son nom a finalement été voté ce lundi 2 mars par le Sénat dans le cadre de l'examen du projet de loi NOTRe*, une première opération immobilière est enclenchée sur la ZAC de château Saint-Antoine (8 000 m² confiés au promoteur Redman Newtown pour la commercialisation). Deux entreprises auraient déjà signé leur contrat de location longue durée, dont la société ciotadenne Panier des Sens.


Euroméditerranée sur tous les écrans radars des investisseurs

Invariablement depuis quelques années, Euroméditerranée, toujours répertoriée comme « la plus grande opération de rénovation urbaine de centre-ville en Europe », reste le marqueur de référence des investisseurs. « Cette zone est le coeur de la future métropole et c’est une google city qui est en train de s’y construire, une préfiguration de ce que sera la ville de demain », rebondit pour sa part Bernard Morel, le président d’Euroméditerranée, qui a annoncé le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt pour l’îlot XXL (c.f La Google city phocéenne).
Sur les 126 000 m² de bureaux placés en 2014 sur Aix-Marseille (+ 19 %) selon BNP Paribas Real Estate, c’est en effet le (futur) quartier d’affaires qui concentre la plupart des transactions. Toutefois, et ce, depuis des années, le marché reste animé par le public et parapublic : ainsi, au sein de la future tour La Marseillaise de Jean Nouvel et de Constructa, dont les travaux ont été lancés en fin d'année dernière, 18 000 m² ont été loués par la communauté urbaine MPM, la CCI 13 et le WTC. Et dans l’îlot A du futur « 112e village » (îlot Allar d’Eiffage), 11 000 m² ont été achetés par la Ville.

Un nouveau modèle pour le port de Marseille

De la réserve foncière, il y en a aussi dans l’enceinte même du port de Marseille, et c’est même une des ses forces, rappelle Christine Cabau-Woehrel, président du directoire du GPMM. Arrivée à la tête du port il y a maintenant un an, elle veut balayer bien au-delà de l'hinterland naturel du port pour capter des trafics en exploitant le positionnement géostratégique sud-européen du port et s'affirmer en alternative à ceux du range nord-européen.
Et tandis que le projet stratégique à horizon 2018 (cf. Le nouveau modèle de développement du port) est en cours de finalisation, on sait désormais que le port monoénergie d’aujourd’hui (toujours classé parmi les premiers ports pétroliers mondiaux) devra demain réussir sa diversification énergétique à laquelle doivent notamment contribuer les projets Piicto (plate-forme d’innovations technologiques et d’économie circulaire, cf. Projet Piicto ou l’écologie industrielle), EOOS (développement d’une filière industrielle d’éoliennes offshoreq) et Vasco (valorisation et le stockage du CO2). Le GPMM devra aussi assurer sa diversification sectorielle en développant un « cluster logistique et industriel ». Sa connexion directe avec le Sud de l’Europe a permis d’attirer ces deux dernières années Ikea, Mattel, Maisons du Monde sur les plates-formes de Distriport et de la Feuillane pour en faire leur centre de distribution sud-européen.

548 M€ investis en 2014 dans le département

L'objectif est donc clair : convaincre promoteurs et investisseurs en capitalisant sur la nouvelle physionomie de la Métropole, remodelée ces dernières années par quelques grandes signatures architecturales. De nature à franchir les 548 M€ (selon BNP Paribas Real Estate) placés en immobilier d’entreprise en 2014 (+104 % par rapport à 2013) dans les Bouches-du-Rhône, positionnant Aix/Marseille en 2e position, après Lyon ? En France, près de 24 Md€ ont été investis l'an dernier selon les estimations du conseil immobilier Cushman & Wakefield, dont 17 milliards en Île-de-France (+ 53 %).

*permettant ainsi à une commune de s'opposer aux dispositions du PLU intercommunal la concernant sauf si une majorité des deux-tiers du conseil de la métropole le vote.

 

Les entreprises témoignent : pourquoi ont-elles investi sur le territoire ?


« Nous sommes un territoire offreur. En 2014 et pour la 3e année consécutive, Marseille-Provence a connu une nouvelle augmentation de ses investissements étrangers avec 68 projets aboutis dont 53 % proviennent de l’international générant 1 279 emplois », explique Philippe Stefanini, le directeur général de Provence Promotion, l’agence de promotion économique du territoire Marseille Provence, cofinancé par la CCIMP et le CG13. Interrogés sur leurs motivations à investir sur le territoire, les chefs d’entreprise citent trois types de croissance : physique (aménagements), démographique et des flux (marchandises, touristes).

La diversification des filières, la forte concentration de pôles de compétitivité, l’émergence de projets du type Henri Fabre ou PIICTO « répondent aux besoins de diversification des entreprises et à la demande d’open innovation. » Ainsi, explique-t-il, Amec, opérateur britannique de l’ingénierie pétrolière et nucléaire (70 000 personnes), a choisi Aix-en-Provence pour sa première implantation en France en raison d’ITER. L'opérateur de data center Interxion a investi 45 M€ sur le territoire pour son accès direct aux marchés méditerranéens. Aussi, une dizaine de PME de mécanique issues de différentes régions ont fait le choix d’implanter leur filiale commune à Marignane plutôt qu’à Toulouse afin de se diversifier vers l’énergie et le naval. « Très longtemps contesté par son manque de spécificité, le multisectoriel est aujourd’hui un réel atout. »

En savoir plus et programme : http://www.marseille-metropole-mipim2015.com/