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13.02.2015 - Territoire

Projet Henri-Fabre : Alignement de planètes

Le cinquième comité de pilotage du projet, qui s'est tenu ce jeudi 12 février au sein de l’espace Guy Obino à Vitrolles, a réuni sous la présidence du préfet de région Michel Cadot toutes les parties prenantes du projet.

Concordance entre le temps de l’aménageur et le temps de l’économie et alignement des planètes institutionnelles ? C’est LE message qui a été relayé ce jeudi 12 février auprès de l’ensemble des parties prenantes du projet privé-public Henri-Fabre à l’occasion du 5e comité de pilotage depuis le lancement du programme : l’offre territoriale (aménagement du foncier, offre de transports et besoins de formation) avance concomitamment à l’offre industrielle (concrétisation des plates-formes technologiques, outils mise à disposition, premières implantations…).

Et c’est bien là, dans cette convergence des temps et des décisions, que se loge toute la difficulté de l’un des projets les plus ambitieux du territoire. Ambitieux car il vise à faire éclore à horizon 2020-2025 un nouveau modèle industriel interfilières en exploitant les concepts de l’innovation collaborative et ramassé sous la vision générique « Construire l’entreprise étendue du futur en Provence ». Un chantier à 7 000 emplois envisagés à l’horizon 2020 au sein de quatre zones d’activités pensées pour s’inscrire dans Henri Fabre : Empallières à Saint-Victoret et Les Florides à Marignane (Marseille Provence Métropole), Couperigne-Estroublans à Vitrolles (Communauté du Pays d’Aix), le pôle aéronautique à Istres (SAN Ouest Provence), peut-être bientôt rejointes par un nouveau pôle d’expertise porté par Agglopole Provence, qui a décidé récemment de s’intégrer au projet.

Projet à tiroirs

Le projet est aussi complexe car il implique une multitude d’acteurs (donneurs d’ordre, PME, collectivités locales, État, Département, Région, Rectorat…) opérant dans des cadres et échéances différents sur un territoire à vaste échelle (150 ha au nord de Marseille et au sud d’Aix-en-Provence, à cheval sur trois communes et plusieurs intercommunalités), pour des projets industriels à tiroir, dont il est encore difficile d’avoir une visibilité sur les marchés.

« Il faut faire avancer simultanément les collectivités publiques qui préparent le cadre, l’accès et les conditions de vie et le milieu industriel qui installe l’outil », résume Joseph Perez, vice-président de la CCIMP, visiblement satisfait des avancées à l’issue du premier Copil de l’année 2015. On constate que les deux composantes, territoriale et industrielle, sont menées de front et c’est une vraie satisfaction sur un projet dont on parle depuis des années.»

La prospection a payé

Tandis que le dernier COPIL en juillet était axé sur la présentation des projets industriels, celui du 12 février a fait un tour de piste plus complet :

« L’offre d’accueil des entreprises se structure dans les zones d’activité portées par les intercommunalités. Le travail d’attractivité territoriale menée par Provence Promotion a permis de cibler 200 entreprises susceptibles d’être intéressées par une implantation et dont les approches sont en cours. L’offre industrielle entre dans sa phase opérationnelle. Les travaux pour améliorer l'offre de transport et l’accessibilité de la zone avancent. Une cartographie des besoins de formation a été établie par le rectorat de l’académie d’Aix Marseille sur la base des besoins des industriels. Enfin, sur la gouvernance, trois scénarii ont été présentés », liste Stéphane Magana, le directeur opérationnel du projet Henri Fabre, qui se félicite des premiers fruits de la prospection. « Notre présence sur les salons français et internationaux a payé ».

Les sociétés françaises Altyce technologies (ingénierie mécanique) et MGP Asquini (mécanique de précision) se sont en effet installées en 2014 tandis que les sociétés allemandes Physical Instrument (systèmes de conversion d'énergie) et Matrium (solutions de test de systèmes d’information) sont prévues en 2015. La société, basée dans le Doubs, Dephis (revêtements du futur) s’implantera sur 4188 m2 en 2016 « faute de disponibilité sur l’Ilot Carmin de la ZAC des Florides. »

Offre industrielle en phase opérationnelle

C’est précisément sur la ZAC des Florides (87 ha dont 60 ha commercialisables et sous maitrise d’ouvrage de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole), où une première tranche de 23 ha est déjà commercialisée avec 25 entreprises représentant 1 600 emplois, que vont sourdre de terre cette année 2 100 m2, qui logeront notamment un « mini technocentre »

« La signature des baux avec le promoteur Nexity interviendra dans quelques jours. Nous pourrons alors lancer les travaux. Les locaux seront opérationnels d’ici à début 2016. Ils accueilleront les premières plates-formes technologique dans le domaines des revêtements intelligents et des procédés d’assemblage du futur grâce aux équipements mis à disposition par Airbus Helicopters ainsi qu’un laboratoire de caractérisation physico-chimique avec les outils de la PME Expiris (société d’ingénierie dans le domaine de la peinture pour les secteurs naval, industriel et aéronautique). Une offre sera ensuite proposée dans la réalité virtuelle. Le bâtiment sera occupé par le Centre technique des industries mécaniques (CETIM), Airbus Helicopters, un consortium de PME (dont Gaches Chimie, Expiris…) et Inovsys, opérateur de la plate-forme mutualisée d'innovation (PFMI) dans les matériaux et procédés, qui a déjà à son actif la signature d’une vingtaine de partenariats innovants avec des PME ou grands comptes comme EDF et Radiatole », poursuit Stéphane Magana.

Le Copil était aussi l’occasion de faire le point d’étape sur l’ensemble des zones d’activité portées par les intercommunalités. « Abondance de biens ne saurait nuire », dixit Loïc Gachon, le maire de Vitrolles, en référence au nombre de projets mais « c’est une course contre la montre qui se joue au vu du calendrier institutionnel avec l’installation de la Métropole en 2016. Ces projets doivent démarrer en 2015 pour traverser plus sereinement les orages constitutifs », poursuit celui qui est aussi président de Provence Promotion.

Quelle gouvernance ?

L’usine étendue du futur aura quelques réglages à faire avant de pouvoir servir pleinement le développement économique : assurer l’accessibilité et la mobilité, deux thématiques dont on sait qu’elles sont les talons d’Achille du département. (voir : Projet Henri Fabre : le défi de la mobilité)

Reste aussi l’épineuse question de la gouvernance. Une étude juridique et financière a été confiée au cabinet de conseil en stratégie Kurt Salmon, qui a rendu ses conclusions en janvier. Elle a fait ressortir 3 scénarii : une gouvernance répartie sur différentes structures (donc objet et pouvoir de décision segmenté) ; un pilotage en deux axes : offre industrielle et offre territoriale (nécessitant donc une coordination, scénario particulièrement adapté dans l’attente de la métropole), et enfin, une direction dont le pouvoir est concentré sur un objet économique.

Dans l’attente d’une offre plus intégrée (nous sommes aujourd’hui sur une somme d’offres !), certains préconisent une solution de gouvernance provisoire portée par une structure de type associatif. Le préfet de région Michel Cadot presse le pas : « S’il s’agit d’une association, inutile d’attendre, elle doit être créée dans les semaines qui viennent et que l’on se décide sur sa composition en s’appuyant sur le milieu économique et en veillant à faciliter les relations avec les institutions ». Quant à l’ordre du jour du second Copil, « il faudra choisir un scénario et un véhicule juridique », prévient-il. Il sera aussi question de la présentation d’une offre de formation du futur structurée et du plan de financement du futur Technocentre.

A.D

Henri Fabre, c’est quoi ?

Pensé à l’origine pour répondre à « l’absolue nécessité » de faire monter en compétences et en méthodologie industrielle la filière aéronautique régionale autour d’Airbus Helicopters – d’où son nom d’emprunt à l’inventeur de l’hydravion en 1910, le projet issu des travaux des États généraux de l’Industrie en 2009 et lancé en juillet 2012, a pris depuis des contours bien plus structurants. Il vise à développer un écosystème de référence mondiale autour de deux expertises clefs : mécanique, matériaux et procédés du futur et les services innovants aux industries et à la supply chain. Ces compétences seront mises au service de deux grandes filières phares de la région - l’aéronautique (autour d’Airbus Helicopters) et l’énergie (EDF est un des acteurs actifs) - qui, par effet d’entraînement, doivent enrôler dans leur dynamique les PME de secteurs dans le naval, le biomédical ou la photonique