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06.05.2016 - Si vous saviez...

Ingénieurs, si vous saviez tout ce qu’elles ont à vous offrir

Ingénieurs, PME et start-up, le grand malentendu ? Centrale Marseille a accueilli le 28 avril dernier la 4e édition des Rencontes PME qui visent à rapprocher deux univers qui entretiennent de la défiance par méconnaissance. Sur scène, un condensé des fleurons technologiques du territoire.

Sans doute ne le savaient-ils pas mais les élèves-ingénieurs de Centrale de Marseille, des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence (ENSAM) et des Mines de Saint-Etienne à Gardanne (ISMIN) avaient face à eux un florilège des pépites du territoire, celles dont l’innovation est régulièrement saluée dans les médias ou par les institutions « sachant déceler » le supplément technologique qui fait leur différence sur les marchés : Neotys (tests de performances des applications Web et mobiles), Arcane (chimie des solvants), Terradona (bornes de tri connectées), Vinci Énergies, Altareo (intelligence environnementale), Optimum Tracker (trackers solaires), Totem Mobi (Autopartage de véhicules électriques), Think&Go (écrans connectés), GoJob (plateforme de recrutement d’un nouveau genre) etc. avaient pris place sur scène …

Mais, pour cette 4e édition*, le 28 avril dernier, les rangées de l’amphithéâtre de Centrale Marseille peinaient encore à se remplir. L’an dernier, la rencontre, qui se déroulait dans les locaux de l’aixoise du trio, s’était heurtée à la même difficulté. Pourtant, parmi la quarantaine d’entreprises présentes, il s’agissait aussi des plus innovantes et internationalisées (Foselev, SNEF, Altersis, Intel Mobile, WIT, Cybernetix, Drone X, Inters, Nénuphar, Enogia, Anyware Video, AJV etc.).

La 3e édition (Ingénieurs / PME : A quand la rencontre ?) avait surtout mis en exergue la difficulté qu’ont les petites entreprises à trouver des profils en adéquation tandis que l’univers des PME semblait encore assez étranger aux jeunes diplômés, accrochés au mythe de la grande entreprise et rivés à leurs premières appréhensions liées aux évolutions de carrière ou aux conditions de travail (peur d’être bridés dans les projets faute de ressources et de moyens, crainte d’intégrer une entreprise, structurellement fragile, qui les exposerait davantage au chômage et manque de garantie sur le cloisonnement entre vie professionnelle et personnelle en premier lieu).

Réflexes tenaces

La dernière enquête sur l'attractivité des employeurs auprès de 43 214 futurs diplômés sortant de 127 établissements réalisée par le cabinet d'études internationales Universum, révèle à nouveau que les ingénieurs cochent dans leurs préférences la plupart des sociétés du CAC 40 : EADS / AIRBUS Group, Thales, Dassault Aviation, Safran, EDF, Apple, VINCI, Microsoft, Dassault Systèmes, Total, Air France, L'Oréal Group etc. Valeurs sures pour se « construire un CV ». Se diriger vers une PME ou une start-up n’est donc toujours pas un réflexe, et quand ils pensent au Web, c’est Google !

Mathématiquement, 7 chances sur 10 de travailler dans une PME

Pourtant, arithmétiquement parlant : sachant que les PME en France représentant 95 % des entreprises – soit plus de 2,5 millions de sociétés contre 2 500 grandes entreprises - et 70 % des emplois, un futur diplômé aura donc 7 chances sur 10 de se retrouver salarié de l’une d’entre elles.

Une étude Ipsos menée fin 2015 auprès de 503 responsables du recrutement, montre par ailleurs qu’elles restent les premières contributrices à l’emploi : 69 % des PME avaient signé des contrats à durée indéterminée (CDI) au cours des six derniers mois.

Interrogées à l’aube de la nouvelle année, la grande majorité d’entre elles s'attendaient à des difficultés pour trouver la perle rare en 2016, citant comme obstacles la pénurie de compétences (54 %), le manque de profils dans leur bassin d'emploi (48 %) et le manque de motivation des candidats (43 %).

Un diplômé sur trois travaille dans une entreprise de 5 000 salariés ou plus

De l’autre côté, selon les résultats de l’enquête 2015 sur l’insertion des diplômés des grandes écoles (137 écoles ont participé, soit 52 151 ingénieurs concernés), la proportion de diplômés sortant des écoles sans emploi est passé de 16 % en 2014 à 16,6 % en 2015. Une plus grande proportion d’ingénieurs poursuit des études et retarde de ce fait son entrée sur le marché du travail : 6,9 % des ingénieurs s’inscrivent en thèse, 8,6 % poursuivent d’autres études.

Un diplômé sur trois travaille dans une entreprise de 5 000 salariés ou plus, 29 % dans une ETI alors que 18 % des diplômés 2014 exerçaient dans une PME (moins de 250 salariés).

Faire se rencontrer les deux mondes pour lisser les malentendus et corriger les défauts de perception, c’est la raison d’être du lancement par les écoles d’ingénieurs de ce programme baptisé « Ingénieurs, pensez PME ». Et elles parviendraient somme toute à faire bouger les lignes : sur la promotion 2012/2013, seuls 5 % des élèves ingénieurs avaient effectué leur stage en PME. Ils seraient plutôt 20 % aujourd’hui.

A.D

*en partenariat avec notamment la CCI Marseille Provence, des pôles de compétitivité ...

 


Neotys, Terradona, Think&Go, GoJob, Optimum Tracker, Totem Mobi... Pourquoi travailler chez eux ?

Benoît Derouet, vice-president R&D de Neotys

Ingénieur en informatique diplômé de l’ESIL (École supérieure d’Ingénieurs de Luminy), responsable aujourd’hui d’une équipe de 20 personnes, principalement des ingénieurs, il a quitté la société dans laquelle il était pour rejoindre Thibaud Bussière et Christophe Marton dans l’aventure de l’entrepreneuriat, « et un projet qui m’aurait donné le cadre de travail dont je rêvais ». L’entreprise de Gémenos avec une filiale à Boston, qui optimise la performance des applications, a un « programme de recrutement en cours mais des difficultés à attirer : peut-être les jeunes diplômés ont-ils une vision d’une petite structure biaisée ou idéalisée de la grande entreprise ? » interroge-t-il faussement. « On cherche des profils qui sachent gérer un projet de A à Z. Notre management est très horizontalisée. La contrepartie est qu’il faut être en mesure de travailler en open space sur un plateau technologique. » Bref, l’esprit d’équipe avant tout.

Mathieu Oliveri, directeur du développement technologique et industriel de Terradona

La start-up aixoise, qui a inventé le conteneur intelligent, recrute des ingénieurs en électronique et logiciels embarqués mais conseille de « bourlinguer ailleurs avant de trouver sa route ».

Francis-Jean Espoeys, président de la société Vinci Energies France Sud-Est 

Sorti des Arts et Métiers, il est le seul qui ne soit pas entrepreneur : « je n’ai pas créé mon entreprise car j’ai trouvé les sources d’épanouissement au sein du groupe », indique Francis-Jean Espoeys, qui fut propulsé à 28 ans à la tête d'une des entreprises du groupe, qu'il décrit comme un consortium de PME. Pour le dirigeant, le plus efficace process de recrutement reste le stage et le job d'été. « Cela sert toujours de tirer du câble, d’être sur les chantiers, c’est ce qui vous sera proposé à l’issue de votre première année. Pour les deuxièmes années, on leur proposera un poste d’ingénieurs et les 3e années interviendront aux côtés d’un sénior et apprendront les exigences de ce métier où il faut se lever tôt pour accueillir les équipes sur les chantiers ».

Selon la dernière enquête d’insertion, les stages de fin d’études sont en effet la principale porte d’entrée vers l’emploi, particulièrement pour les ingénieurs (un tiers d’entre eux a décroché son emploi par ce moyen).
 Par ailleurs, 6 % des nouveaux ingénieurs ont été embauchés à l’issue de leur apprentissage.
 Ainsi, l’immersion professionnelle lors des stages et l’alternance concourent à près de 40 % des recrutements.

Frank Tréguier, ‎responsable Ressources Humaines et Communication d'Optimum Tracker

« J’ai bientôt 41 ans et je ne fais pas partie de la génération Y et Z. C’est un fait, on ne fonctionne pas de la même façon. Il faut l’avoir en tête mais je considère que cette génération, hyper-connectée et curieuse est une chance car elle ose. Charge à nous de construire des propositions de valeurs de façon à les nourrir », explique le RH de la start-up provençale où Emmanuel Macron s’était arrêté à l’occasion d’une de ses visites dans le département.

L’entreprise, qui veut « favoriser l’initiative plutôt que la performance » a de quoi « nourrir » les plus plus mobiles puisque « l’international est une priorité ». La pépite se sert aussi du stage comme rampe de lancement avant embauche. « C’est l’équivalent d’une période d’essai avant embauche », annonce celui qui défend aussi : « il ne faut pas vivre à 150 % pour son travail mais quand on est au travail, il faut y être à 150 % ».

Cyrille Estrade, directeur général chez Totem Mobi

L’ex-centralien de Paris, sorti en 1997, a créé sa start-up après avoir travaillé pour de grands groupes McKinsey, PwC, IBM et un premier échec dans l’entrepreneuriat – « j’ai d’ailleurs été vexé quand l’IAE d’Aix-en-Provence m’a demandé d’intervenir lors d'une conférence sur le thème de l’échec ! ». Intercepté par une question d’un élève-ingénieurs sur la maturé nécessaire pour créer son entreprise, « j’ai changé d’avis sur la question, répond-il. Plus on vieillit, plus on construit sa vie personnelle, plus c’est difficile d’accepter les risques. Il faut peut-être plus d’inconscience pour entreprendre sinon on trouve toujours les raisons pour ne pas y aller ». La start-up marseillaise propose un service d’auto-partage qui affranchit l’utilisateur de la nécessité de déposer le véhicule à une borne de recharge. Avec ce système « déposez la voiture là où vous voulez », la société apporte une vraie innovation d'usage.

Vincent Bergé, fondateur et PDG de Think&Go

La start-up de Meyreuil, spécialiste des écrans capables de communiquer avec des objets connectés comme les smartphones et les cartes des transports, vient de faire l’objet d’une acquisition partielle par le leader mondial des solutions de paiement intégrées Ingenico. « Nous devenons une filiale mais restons indépendante et intégrons l’Ingenico Labs, pôle d’innovation du groupe. Cela va nous permettre de monter en puissance au niveau industrialisation et développement à l’international. En 15 jours, nos effectifs sont déjà passés de 15 à 25. L’objectif est de doubler le chiffre d’affaires en déployant 3 000 écrans jusqu’à fin 2016, contre 150 actuellement installés », s'enthousiasme Vincent Bergé, qui garde sa fonction et reste sur le territoire.

Le PDG et fondateur, qui a eu aussi un premier échec dans l’entrepreneuriat, conseille « avant de se lancer en solo une expérience à l’international pour oublier les repères français, se confronter à l’ensemble des écosystèmes mondiaux ». Pour le reste, il préfère citer Nelson Mandela : « Je ne perds jamais : je gagne ou j’apprends ».

Sophie Ghilini, DG de GoJob

« J’étais à votre place il y a 13 ans et quand j'ai reçu mon diplôme, je ne me sentais pas vraiment légitime », explique Sophie Ghilini, qui a créé GoJob. L'entreprise de Cabries a développé une plateforme de recrutement sur le web pour « réconcilier les recruteurs et les compétences ». Celle qui a commencé son parcours professionnel chez Airbus croit surtout « à ce que l’on m’a donné : la confiance. Or, l’ingénieur croit en général à ses compétences techniques mais pas en lui ». Fille d’un professeur de mathématiques, nourrie au « 1 + 1 = 2 », elle rappelle que « dans la vie réelle, 1 + 1 ne font pas toujours deux ». Le carburant est « l’envie et surtout la capacité à exploiter ».


Propos recueillis par A.D

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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