Menu principal

23.03.2016 - Si vous saviez...

Provence Technologies : Pourquoi réhabiliter des molécules sorties du marché ?

Le groupe de chimie fine marseillais est un des acteurs pharmaceutiques les plus dynamiques du territoire. Une position acquise via une stratégie originale de repositionnement de molécules oubliées dans de nouvelles indications. À coûts optimisés mais avec une qualité de grade pharmaceutique.

Mots clés : 
Imprimer cette page

« Une stratégie en trois axes », répond in extenso Michel Féraud, en guise de décryptage au business model assez spécifique – repositionnement de molécules connues dans de nouvelles indications -, développé par le groupe de chimie fine qu’il a cofondé avec Christophe Baralotto et qu’il préside.

Créé en 1998, Provence technologies, implanté sur la zone du Technopôle de Château Gombert à Marseille, a commencé à écrire son histoire en assurant des prestations de R&D (synthèse chimique, optimisation de procédés pour des fabrications à l’échelle du pilote etc.) pour les industriels des secteurs pharmaceutique, cosmétique ou agrochimique, tout en en développant parallèlement ses propres programmes de recherche, dont il reste propriétaire.

C’est ainsi qu’il est parvenu, à l’issue de plusieurs années de R&D, à breveter un procédé chimique donnant accès « au seul grade extra-pur de bleu de méthylène », antidote de la méthémoglobinémie, empoisonnement du sang empêchant l’oxygène d’être véhiculé dans les tissus.
 
« Le bleu de méthylène est une molécule aux multiples qualités thérapeutiques, antiseptiques, antivirales et antipaludéennes. Nous sommes les seuls au monde à avoir développé un produit avec une qualité de grade pharmaceutique et à être capables de l’industrialiser dans des conditions de sécurité à coûts optimisés », explique Michel Féraud, qui a créé Provepharm en 2007 pour valoriser son principe actif Proveblue™.

En cours d’enregistrement en Australie

Proveblue™, protégé par une vingtaine de brevets jusqu'en 2027, est presque de l’histoire ancienne à l’échelle du temps de Provence Technologies. Il a déjà obtenu les autorisations de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de la méthémoglobinémie dans les 27 pays de l’UE ainsi qu’au Japon (via son partenaire Daiichi Sankyo), où il est commercialisé (sous forme de solution injectable) au travers d’accords de licence et de distribution. Il a été récemment enregistré en Australie.
 
Pour cette première molécule sortie de l’oubli, l’entreprise marseillaise vise tous les pays « sensibles à la qualité pharmaceutique et de proximité réglementaire. Tous les territoires seront investigués. C’est un premier axe de notre développement », poursuit le dirigeant. Le second vise à « challenger » les propriétés du bleu de méthylène en vue de développer d’autres indications thérapeutiques. La société a ainsi développé une solution colorante conditionnée en ampoules (ProveDye) pour faciliter la visualisation dans le cadre des procédures chirurgicales (la visualisation en chirurgie représente près de 70 % des usages des colorants bleus à l’hôpital). De la même façon, après un premier enregistrement en Europe, le colorant sera ensuite développé dans les territoires que le groupe a déjà défrichés.
 
« Nous dupliquerons ce modèle seul ou en partenariat comme on l’a fait avec la société italienne Cosmo Pharmaceuticals pour qu’elle puisse exploiter son colorant sous la forme de tablette pour le diagnostic du cancer colorectal », précise Michel Féraud.

Sur le modèle d’Apple

Pour accélérer les champs d’investigation, la biotech marseillaise, qui avait pensé dans un premier temps à un incubateur, a finalement opté pour une plate-forme d’« open innovation ». « On propose un codéveloppement avec partage des royalties. Nous partons du principe que nous ne pouvons pas tout faire et que l’on peut enrichir l’écosystème par l’innovation ouverte. Un peu sur le modèle d’Apple avec les applications ». Une stratégie aux bénéfices multiples : accélération des innovations, partage des coûts de développement et des recettes, opportunités pour de jeunes entreprises innovantes.

Constituer une bibliothèque de molécules 

Sur le modèle de ProveblueTM, le spécialiste entend appliquer la même méthode pour extraire d’autres molécules de l’ombre où les a reléguées le marché « pour des raisons de qualité, de difficultés d’apprivoisement ou autre » et pour lesquelles la société a une solution technique à apporter. Deux ont déjà été identifiées, dont une déjà poussée jusqu’à la preuve du concept et qui vient d'être brevetée.

Recherche de sens industriel
 
Par ailleurs, l’acquisition en 2014 de l’entreprise fondée par Jean-Pierre Salles à Fuveau Synprosis (synthèse chimique de protéines thérapeutiques), rebaptisée depuis Provepep, lui ouvre une nouvelle voie de développement dans le domaine des actifs pharmaceutiques « biologiques » et lui permet de se renforcer dans la chimie thérapeutique (la société est agréée « Good Manufacturing Practices » au sein de l'UE, lui autorisant la production de médicaments utilisables chez l’homme).
 
« L’évolution des actifs pharmaceutiques vers le « biologique est une réalité depuis plusieurs années déjà. La technologie de Synprosis permet de produire des molécules biologiques, avec une plus grande pureté et à un coût de 30 à 40 % inférieur à leur équivalent synthétique », indique le président du groupe.
 
Il y a un an, la nouvelle filiale a levé 1,2 M€ auprès de PACA Investissement (le fonds de co-investissement créé par la Région PACA avec le soutien financier de l’Europe (via le Feder), et de business angels.

L’étape d’après ?

En phase de consolidation, l’actionnaire majoritaire de Provepharm et de Provepep, qui a investi 4 M€ en 2014 dans un nouveau bâtiment pour accroître ses capacités de synthèse et regrouper ses entités sur un même site, n’exclut pas d’autres opérations de croissance externe pour alimenter son pipe de molécules : « Cette étape transitoire nous emmènera vers d’autres développements. Et à condition que cela ait du sens industriel, on peut tout envisager », ajoute le dirigeant, sans s’interdire de penser à une introduction en bourse ou de recourir à une nouvelle levée de fonds.
 
Le groupe marseillais, qui a gagné la confiance de Jean-François Dehecq, le président d'honneur de Sanofi, présent dans son conseil d’administration, a levé 5 M€ en plusieurs tours de table depuis sa création. Provence Technologies a réalisé 5 M€ de chiffre d’affaires en 2015 et a créé 40 emplois.

Adeline Descamps

Actualité(s) liée(s)

Voir toutes les actualités