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24.11.2015 - Si vous saviez...

Terradona lance l'expérimentation de son conteneur de tri intelligent

La start-up aixoise vient de déployer une centaine de ses systèmes sur les conteneurs de tri au sein de deux collectivités. Les pilotes valideront la fiabilité de la solution qui va rendre intelligents les points d’apports volontaires. Levée de fonds et commercialisation à grande échelle en 2016.

C’est à la fois un troc écocitoyen, une version de la consigne revisitée par les technologies numériques à l’ère du développement durable et un camouflet porté à la coercition et à son bras armé, la taxation. Lors de la MedCop21 les 4 et 5 juin à Marseille, le président Hollande s’était d’ailleurs attardé sur ce conteneur de tri « intelligent » capable de caractériser immédiatement les matériaux déposés, d’identifier son propriétaire (à partir de l’application cliiink téléchargée sur son smartphone), de notifier au remettant s’il y a un mauvais tri, et dans le cas contraire, de le gratifier d’une récompense sous la forme de points convertibles en gains (à faire valoir auprès de partenaires commerciaux ou institutionnels) et dont la nature sera laissée à la libre appréciation de ses propriétaires.

C’est la start-up Terradona, créée en 2013 par Jean-Marc Toubiana et Mathieu Oliveri au sein de la pépinière du Centre Charpak de Gardanne (porté par l’École des Mines de Saint-Étienne), qui est à l’initiative de ce nouvel objet connecté pour smart city.

1 M€ en R&D

La technologie prend la forme d’une box « patchée » de capteurs optiques et équipée de la technologie NFC pour valider les points de bonification sur une carte sans contact ou un smartphone, d’une liaison Bluetooth Low Energy pour la communication avec un terminal mobile et d’un modem GSM pour l’envoi de données liées aux usages des conteneurs. Une mesure utile aux opérateurs de collecte des déchets qui pourront ainsi s’en servir pour optimiser leurs tournées ou la localisation de leurs points d’apport volontaires.

Elle aura nécessité 1 M€ d’investissement en R&D et 3 ans de développement mené avec le concours du Laboratoire du Commissariat à l’énergie atomique (Leti-CEA) de Grenoble et de 4 bureaux d’études.

« Ce temps était nécessaire pour finaliser un prototype fonctionnel car si le principe existe dans les grands centres de tri, il est déployé sur des bancs qui font 20 m de long. Dans un conteneur de tri, nous n’avons pas du tout le même environnement : l’espace est confiné, il y fait très chaud l’été, très froid l’hiver. Il est sali, secoué violemment et est nettoyé à haute pression…Aucun capteur ne peut fonctionner dans un environnement aussi hostile », explique Jean-Marc Toubiana, le président de la start-up, qui détient trois brevets exclusifs à parité avec le laboratoire grenoblois.

High tech mais low cost et low energy

« La difficulté était donc de mettre une technologie très high tech mais à coût modéré pour aboutir à une offre commercialement accessible et adresser le plus de marchés possibles, et qui soit dotée d’une grande autonomie énergétique avec une batterie rechargeable au bout de six mois mais peu gourmande en électricité », liste le dirigeant, qui espère bien à horizon 2017 intégrer des capteurs photovoltaïques et élargir la caractérisation des matériaux au plastique et au métal.

Pour des raisons de confidentialité, l'ancien spécialiste du tri ne s’étendra pas sur le procédé qui permet de détecter et caractériser verre et papier (soit 70 % des déchets ménagers) à raison de 2 déchets à la seconde.

Place aux pilotes expérimentaux

Le démonstrateur désormais fonctionnel, place à l’expérimentation pour valider la fiabilité du système. La start-up aixoise a équipé mi-novembre une centaine de systèmes sur les conteneurs de tri pour le verre de ses deux collectivités partenaires, Marseille Provence Métropole (9e arrondissement notamment) et la Communauté du Pays d’Aix (Lambesc, quartier d’Encassagne à Aix-en-Provence, Chateauneuf-les-Martigues…) selon un zonage de 50 000 habitants. Sachant que sa solution s’adapte aux équipements existants.

Commercialisation

Terradona, qui vient de décrocher le Trophée 2015 de la « Jeune Entreprise » décerné par Cap’tronic, programme d'aide à l'innovation technologique, devrait lancer la commercialisation à grande échelle en France et à l’étranger à l'issue de l'expérimentation, soit à la fin du premier trimestre 2016. 

« Nous aurons très rapidement une capacité de production annuelle de l’ordre de 5 à 10 000 systèmes par an. Il y a un parc de 300 000 conteneurs en France », compte Jean-Marc Toubiana, qui parie sur un chiffre d’affaires compris entre 2 et 3 M€ dès 2017.

4 M€/an économisés

Pour appuyer son argumentaire, l'adepte de la récompense du geste « écoresponsable » et ennemi du « taxer toujours plus » estime à 4 M€/an l’économie que pourrait générer une collectivité locale de taille moyenne avec la mise en place de son application Cliiink (à considérer le coût de traitement des déchets, de leur transport vers des unités d’incinération et de levée des conteneurs et en partant sur une base de 10 000 tonnes de tri supplémentaires générées par une meilleure performance du tri liée à sa solution). Selon l'entreprise, les erreurs de tri coûteraient 2€ par habitant et par an à la collectivité et une progression 15 % du tri sélectif permettrait d’économiser 3€ par habitant et par an.

Si la jeune entreprise innovante visait en priorité le marché des collectivités locales, elle pourrait être chamboulée dans son business plan : des acteurs de la grande distribution, toujours intéressés pour amasser de la data en vue de fidéliser le client, ont approché très récemment l’entreprise et se sont montrés « particulièrement réceptifs ».

Levée de fonds

En attendant, pour assurer l’industrialisation de Cliiink, dont la fabrication sera sous-traitée « à des partenaires dans un premier temps », la start-up de 7 personnes, qui ne dégage pas encore de chiffre d'affaires, prépare une levée de fonds de 2 M€ pour un premier tour de table.

A.D