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18.09.2015 - Si vous saviez...

Comex : Sous la mer, la lune

La spécialiste marseillaise de l'ingénierie des milieux extrêmes a présenté le 17 septembre le scaphandre qui permettra aux astronautes de tester les contraintes qu’ils subiront lors de leurs activités dans l’espace en dehors de leur véhicule. Une étape clef dans le projet européen Moonwalk.

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Entre la mer et la lune, il n’y a (finalement) que quelques millions de « lieues » de distance que la société marseillaise Comex, experte à l’origine de l’exploration sous-marine à des profondeurs extrêmes, a allégrement franchis il y a quelques années pour partir à la conquête de l’espace.

Après avoir participé dans les années 90 au programme de navette spatiale européenne Hermès jusqu’à son abandon, la Compagnie Maritime d’Expertises, fondée en 1961 par Henri Germain Delauze et aujourd’hui dirigée par sa fille Michèle Fructus, a été retenue dans deux projets européens spatiaux : « SHEE » et « Moonwalk », tous deux lancés en 2013. Ce dernier, un programme de trois ans de 3,1 M€ parvenu à peu près au milieu de son terme, a vécu le 17 septembre une étape importante.

Rade de Marseille choisie pour tester le scaphandre immergé

 « Moonwalk » vise à développer une infrastructure de simulation d’activités extravéhiculaires en immersion et la rade de Marseille a été retenue comme un des deux sites pour ces missions : « il est possible de recréer la gravité réduite en mer, comme sur Mars ou la Lune, et de tester des outils d’échantillonnage sur le fond de la rade dans un environnement semblable à celui de la Lune, de Mars ou d’un astéroïde, en termes de profil morphologique et géologique des fonds marins. Les astronautes s’entraînent ainsi dans des conditions très proches de la réalité », fait valoir la Comex, qui fait partie du consortium de sept partenaires.

Au sein de ce groupement, la spécialiste de l'ingénierie des milieux extrêmes est chargée de la réalisation du scaphandre (en réalité un exosquelette) censé reproduire les contraintes subis par les astronautes lors de leurs gestes au cours de leurs EVA (Extra-Vehicular Activity c’est-à-dire, quand le spationaute doit réaliser des activités à l'extérieur d'un véhicule spatial). Elle s’est aussi adjoint pour ce projet les compétences de Unimeca, l'un des départements de mécanique d'Aix-Marseille Université, qui a fourni la structure en composite, et de Beuchat International pour les manchons en néoprène.

De Marseille à Rio Tinto

Le 17 septembre, l’outil d’entraînement, baptisé Gandolfi (nom qui signifie grande fille en « marseillais »), a été testé pour la première fois dans le bassin d'essai de la Comex, boulevard des Océans à Marseille, avec l’ensemble des équipements annexes : un robot, développé par la société allemande DFKI, et les outils de communication de dernière technologie, par la société belge Space Applications.

« L'an prochain, nous réaliserons un test dans la rade de Marseille pour simuler les conditions d'une mission sur la Lune, puis un autre à Rio Tinto en Andalousie sur terre, une zone désertique qui ressemble beaucoup à Mars », a détaillé à cette occasion le patron du département Espace & Innovation de la Comex Peter Weiss.

Inspirations diverses

Amaigri de de près de 40 kg grâce à l’emploi de composite fibre de verre et de carbone par rapport à la première version, Gandolfi 2 s’inspire du scaphandre Z1, développé par la Nasa. Pour la petite histoire, la Comex avait développé un démonstrateur sur ses fonds propres pour les besoins de son projet Appolo XI sous la mer. L’astronaute européen Jean-François Clervoy et l’entraîneur des astronautes à l’Agence Spatiale Européenne, Hervé Stevenin, s’étaient alors glissé dans les rôles de Neil Armstrong et Buzz Aldrin pour reproduire la légendaire première mission lunaire au fond de la mer. C’est ce prototype qui a servi de base au scaphandre récemment dévoilé.

Habitat lunaire pliable

Quant à l’autre programme (3,2 M€) sur lequel la Marseillaise est impliquée - SHEE (Self-deployed habitat for extreme environments) –, l’objectif est de développer un habitat lunaire pliable pour une équipe de deux personnes. L'entreprise a été sélectionnée pour la la construction d’un prototype terrestre, qui servira aux simulations des missions lunaires en site analogue. Mais le démonstrateur pourrait aussi être exploité pour d’autres usages (structure rapidement déployable pour des missions d’urgence dans des zones sinistrées ou difficiles d'accès).

La Comex, qui a en charge l’assemblage et les tests finaux, a procédé en mai dernier à l’aménagement de l’intérieur (espace de vie, de travail et commodities). L’habitat doit ensuite subir d'autres tests à l'Université internationale de l'Espace (ISU) de Strasbourg, avant une épreuve « grandeur nature » avec des hommes à bord à Rio Tinto. Il doit être opérationnel d’ici la fin de l’année.

A la conquête de tous les profondeurs 

Relativement discrète (médiatiquement parlant) par rapport à la somme de ses savoir-faire technologiques et industriels, l’entreprise, qui a défriché les métiers de la plongée profonde (caissons hyperbares et tours de plongée sont à la base de son ascension), a connu l’essor en se mettant au service de l'industrie pétrolière et parapétrolière offshore. Dans les années 80, Comex Services, sa division spécialisée dans le pétrole offshore, possédait une trentaine de filiales internationales et dégageait 1,25 milliard de francs de CA (soit environ 190 M€).

Pour se mettre à l’abri des fluctuations des cours du brut, elle va se diversifier dans les années 90 et mettre son savoir-faire à disposition d'autres milieux hostiles, brevets et technologies à l’appui. Comex Nucléaire est alors créée ainsi que Cybernétix pour concevoir et réaliser des robots. Puis ...vint le temps des infortunes : Dans les années 90 et 2000, elle est contrainte de vendre Comex Services puis Comex Nucléaire à son principal actionnaire Onet puis de céder ses parts dans Cybernétix …

Expertise inégalée ?

Si elle (ne) réalise (plus) qu'un peu plus de 4 M€ de CA et emploie 46 salariés, l’expertise de la Comex, dont l’histoire reste étroitement associée à son fondateur Henri-Germain Delauze décédé en 2012, reste intacte dans l'ingénierie hyperbare l'océanographie, la bathymétrie, l'archéologie et de la biologie marine... C’est elle que l’on sollicite sur de nombreux accidents à problématique complexe, comme la détection et le repérage par grand fond de navires naufragés, d’aéronefs, d’épaves ou d’enregistreurs de vols d’avions disparus en mer. Ou encore pour repérer et gérer des pollutions sous-marines.

A l’heure où l’on ne parle que logique inter- et multi-filières et d’innovation collaborative, cette entreprise présenterait-elle aussi quelques longueurs d'avance ?

A.D

*Outre la française Comex, l’allemand DFKI (coordinateur allemande du projet, en charge du développement du robot Yeno), le nelge Space applications services (gestionnaire du centre de contrôle et de l'intégration homme/machine), l'anglais Airbus Group Innovation (suivi des paramètres vitaux de l'astronaute), l'espagnol INTA (mise au point des capteurs d'échantillonnage et responsable des essais sur le site de Rio Tinto), le norvégien NTNU (évaluateur des sorties extra-véhiculaires) et l'autrichien Liquifer Systems Group.

 

Patchwork de compétences

Son expérience des hautes pressions et des milieux extrêmes et la qualification de ses équipes (commandants et officiers de marine, ingénieurs, océanographes, spécialistes du survey, pilotes de robots sous-marins, opérateurs sonars et experts en bathymétrie) lui ont permis d’être impliqués au fil du temps sur une très large palette de projets dans les domaines marin, sous-marin, terrestre, aéronautique ou spatial.

A l’origine de sa notoriété dans le milieu de la plongée et théatre de nombreux records (plongée humaine établie à 701 m de profondeur ; simulation d’une expédition himalayenne de 35 jours en hypobarie à l’altitude de l’Everest) : son Centre d’essais hyperbares, doté d’un ensemble de simulation de plongée jusqu’à 800 m de profondeur et des caissons de tests allant de 400 bars de pression jusqu’au vide. Rolex, Thalès, DCNS, IXBlue ... y ont testé leurs produits et matériels en conditions extrêmes.

Depuis, l'entreprise a déployé ses expertises : inspection des sites sous-marins jusqu’à 2 500 m de profondeur ; fabrication de machines spéciales (dispositifs d’oxygénothérapie médicale hyperbare ou hypobare pour hôpitaux, personnels navigants civils et militaires ou parachutistes), d’équipements submersibles innovants pour l’industrie offshore ; cartographie jusqu’à 600 m de profondeur des têtes de canyons sous-marins ; maintenance de polygones immergés à grande et très grande profondeur ; recherche, repérage et sauvetage des enregistreurs de vols lors de crash en mer ou dans la mise en œuvre d’équipements complexes sur le plancher océanique. Enchâssant les pas de son père, Michèle Fructus, désormais aux manettes, fait aussi de la recherche et de l’innovation le fer de lance de la société.