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19.06.2015 - Si vous saviez...

Nexvision réinvente la vision nocturne

La société marseillaise, reconnue par les entreprises internationales pour son expertise pointue dans les systèmes de vision complexes, testera en vol en septembre son casque « opto-électronique » offrant aux pilotes une vision nocturne. Nexvision est prête pour développer une gamme en propre.

Elle a sur étagère un ensemble de « References design » prêtes à être customisées et testées rapidement. Mais le « produit-vitrine » de son expertise dans les systèmes optroniques complexes, ou du moins celui qui retient l’attention des médias et de ses partenaires techniques et financiers, demeure son casque équipé de deux caméras bourrés d’intelligence, qui associées à une projection optique sur visière, permettent de balayer un champ large et surtout autorisent une vision nocturne, le tout en réalité augmentée. En l’occurrence, c’est bel et bien cet objet baptisé « Extrem Owl », labellisé par le pôle compétitivité Risques, et notamment cofinancé par Région et l’État, qui a capté l’attention lors du Salon du Bourget mi juin.

Certification en 2017

Surveillance des frontières, d’entreprises à risques, d’installations nucléaires, détection de feux ou de gel sur les routes, missions de secours, travaux aériens et offshore…, les applications et les secteurs d’activité (défense, aéronautique, automobile…) sont nombreux. Mais la technologie a désormais une première destination – la sécurité civile – et une échéance de commercialisation : dans les deux à trois ans selon le temps de la certification aéronautique. En septembre, les hélicoptères bombardiers d’eau du Service départemental d'incendie et de secours de Haute-Corse, partenaire avec Airbus Helicopters, l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), le laboratoire de psychologie et neurocognition de Grenoble, vont effectuer les premiers tests.

Un projet de 2,7 M€

Pour ce projet, dont le coût est estimé à 2,7 M€, la société, créée en 2002 dans le 9e arrondissement de Marseille par Vincent Carrier avec Guillaume Gourat et Cyril Russo, a fourni le système électronique (incluant les parties hardware et software) tandis que le spécialiste français des systèmes de communication pour la défense, l’industrie et le transport Elno (Argenteuil) a apporté le casque et l’entreprise spécialisée dans les optiques polymères de précision Savimex (Grasse), la visière.

Naturellement, dans le prolongement, la société marseillaise pense à sa technologie comme une alternative high tech aux jumelles à vision nocturne qui équipent aujourd’hui les forces de l’armée « grâce à un champ de vision très large, haute dynamique et haute résolution d’image en couleur ».

Early adopter

« La vision de nuit est un axe de développement prioritaire pour la société, mais ce n’est qu’une des nombreuses briques technologiques que nous maîtrisons », défend Laurent Ammazini, responsable marketing de l’entreprise, sa plaquette corporate à la main. « Nous sommes capables de concevoir des systèmes de vision dans chaque bande de fréquence. Nous avons déjà fourni des systèmes pour l’automobile, l’aéronautique, la défense, le sport, le transport, le cinéma, les smarthomes et smartcities. »

Sa capacité à maîtriser l’architecture complète d’un système de vision (de l’optro-électronique à l’analyse des images et gestion des flux vidéo en passant par l’électronique embarquée) et sa veille technologique lui permettant de préfigurer les systèmes de vision de demain, ont en effet permis à l’entreprise marseillaise d’être référencée comme « early adopters » et « early testers » (désignent ceux qui sont aptes à travailler sur des processeurs très en amont de leur commercialisation) par les grands comptes internationaux comme Thales, Airbus Group, Honeywell, Renault Nissan, Zodia Aerospace... Texas Instruments fut la première à lui faire confiance alors que la société était encore en pépinière chez Marseille Innovation.

Une caméra compacte pour le cinéma

Depuis, elle a travaillé sur des jumelles à vision thermique pour Thales, a fourni 300 caméras pour l’installation d’un réseau de vidéosurveillance affranchi de la fibre optique à la Ville de Fès au Maroc (un contrat de 3 M€). Elle était par ailleurs partenaire de la société américaine VIO Inc. pour la conception d’une caméra vidéo portable pour les sports extrêmes. En 2009, elle s’est associée à Novadem (la société aixoise spécialisée dans la robotique aérienne) pour fournir un système permettant à ses drones une vision dans le brouillard (projet Swircam retenu par la DGA). Elle est en train de finaliser avec l'Allemand Zeiss un microscope de mesure numérique et planche sur sa caméra Maestro 4K (ultra-haute définition) pour le cinéma...

Business model en évolution

Car après avoir travaillé de façon opportuniste en se posant en bureau d’études, en fournissant du soft et de l’intelligence, en intégrateur à valeur ajoutée, la spécialiste des systèmes optroniques envisage davantage son développement avec une gamme de produits finis en propre. Une stratégie à trois ans qui nécessitera des moyens financiers autres que l’autofinancement.

En 2014, Nexvision a réalisé un chiffre d’affaires de 2,5 M€, emploie 32 personnes à Marseille dont une majorité d’ingénieurs, 1 personne aux États-Unis, 3 au Maroc, 7 en Inde où elle a installé un bureau d’études, et 5 en Bulgarie, où elle a ouvert une filiale.

A.D

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