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19.09.2017 - Semaine européenne de la mobilité

Ces start-up qui ont pour obsession la mobilité

Á l'heure où l'exigence d'une mobilité propre, partagée et intelligente s'impose dans les politiques publiques, des entreprises innovent pour concevoir des solutions moins coûteuses et moins polluantes. Coup de projecteur sur cinq d'entre elles.

 

C’est la 16e édition de la Semaine européenne de la mobilité, cet événement qui entend inciter les citoyens et les collectivités à opter pour des modes de déplacements plus respectueux de l’environnement, et dont le thème est cette fois la mobilité propre, partagée et intelligente. Les déplacements, les transports et l’écosystème qui les entoure (véhicules, parking, carburant) ont en effet un impact majeur sur les territoires, à la fois financier, sanitaire et écologique.

Coup de projecteur sur cinq jeunes entreprises de la région qui réfléchissent à des solutions moins coûteuses ou moins polluantes.

 

Totem Mobi : des Twizy écolo et bon marché

 

Emmanuelle Champaud, cofondatrice de Totem Mobi avec Cyrille Estrade ©Totem Mobi

 Moins encombrantes que les voitures, moins dangereuses que les deux-roues, les petits véhicules électriques Renault Twizy ont envahi Marseille, Aubagne et Marignane - Aix et l’aéroport sont les prochains de la liste. En location libre-service sur le mode autopartage, une centaine de ces « gentils bolides » prêtent le flanc (et le capot !) à la pub, un excellent moyen de compresser les coûts : 1€ le quart d’heure (4 € l’abonnement mensuel) et de 200 à 400 € de pouvoir d’achat mensuel gagné sur le propriétaire d’un véhicule. Mais encore, parking gratuit en zone verte, zéro caution, zéro pénalité pour les jeunes conducteurs et une appli dédiée dont une nouvelle version arrivera en décembre.

Pour la collectivité, l’avantage est multiple, avec zéro pollution, peu d’encombrement sur la voierie et une présence dans les zones d’activité. Emmanuelle Champaud, cofondatrice de Totem Mobi avec Cyrille Estrade, est enfin confiante : leur petite entreprise basée à Marseille a fait ses preuves et vient de séduire une équipe d’investisseurs « professionnelle et bienveillante pour qui l’équipement du territoire reste primordial ». A savoir la Caisse des dépôts, la Banque populaire Méditerranée et PACA Investissements, avec qui la feuille de route tout juste arrêtée prévoit une implantation sous forme de licences dans 20 agglomérations de l’hexagone d’ici 5 ans.

 

En savoir plus : Totem mobi roulera « branché » à Aubagne

 

alertgasoil™: un logiciel anti gaspi

 

Eric Elkaïm, fondateur et PDG de alertgasoil™ ©DR

A l’issue de trois années de R&D, la société marseillaise Avenir Développement Durable dévoile en 2012 sa cleantech Française : alertgasoil™. Inspirée des pratiques de l’aéronautique, le procédé permet de diminuer à hauteur de 30 % les émissions de gaz à effet de serre et la consommation de carburant. Cette innovation a permis à l’entreprise ADD de réaliser, en 4 années, 2078 % de croissance avec un CA de 5M€ en 2016. Elle équipe aujourd’hui 10 000 réservoirs (camions et véhicules collecteurs de déchets).

Au départ, il y a la volonté de briser un cercle vicieux : les poids-lourds circulent la plupart du temps avec le réservoir plein (superflu de 70 % en moyenne) même si la distance ne le justifie pas, soit une charge pouvant atteindre une tonne et grevant de façon significative la consommation de carburant.

Trois années de R&D ont permis de mettre au point un logiciel intelligent issu de la haute technologie, à la fois objet connecté et instrument de mesure, à la croisée du Big Data et de la Green Tech. En pratique, il s’agit d’une jauge connectée positionnée directement dans le réservoir, reliée à un logiciel qui compulse différentes mesures, indique la consommation idéale et pointe les failles.

« La baisse des coûts peut atteindre 30% », assure le PDG, Éric Elkaïm. A ce jour, 10 000 réservoirs de flottes françaises et européennes sont équipés du dispositif alertgasoil™. Lauréate des Technology Fast 50 et Fast 500 de Deloitte, la PME marseillaise a par ailleurs signé en 2015 une concession de licence exclusive d’exploitation de son brevet dans le domaine de la production de froid avec le Groupe américain Carrier - United Technologies permettant ainsi son développement mondial.

Déjà présente à l’international (Etats-Unis, Benelux, Turquie, Italie, Maroc, Côte d’Ivoire…), ADD est désormais en mesure d’apporter à toutes les industries (collecte des déchets, transport routier, ferroviaire ou maritime…) sa solution alertgasoil™ pour un développement durable pragmatique. 

 

En savoir plus : AlertGasoil : L'outil de tracking des réservoirs 

 

SP3H : un capteur révolutionnaire pour mater les carburants

 

Alain Lunati, fondatur et dirigeant de SP3H ©SP3H

 

Baptisé Fuelbox, ce capteur expérimental analyse le carburant (grâce à une banque de données recensant 3 000 références) du véhicule pour y adapter en temps réel la cartographie moteur et ainsi impacter la consommation et les émissions. Il permettrait de réduire de 30 à 40 % les émissions de particules ainsi que la consommation de carburant et de CO2 jusqu’à 10 %. Et pourrait aussi devenir un moyen de contrôler la qualité du carburant utilisé.

Un lien vers une application smartphone devrait compléter la solution ultérieurement. La version 6, commercialisée d’ici 2020, résulte de plus de dix années de R&D et a nécessité plusieurs levées de fonds pour un montant de 11,2 M€, abondés par son actionnaire historique, Truffle Capital. L'Europe (FEDER, H2020), l'Etat (CIR, JEI, FUI), la BPI et d’autres organismes financiers ont également soutenu SP3H.

A la tête de l’équipe installée sur le technopole Arbois—Méditerranée, Alain Lunati se félicite de voir approcher la phase industrialisation et prévoit l’aménagement d’une petite unité de fabrication : « nous avons reçu des marques d’intention de constructeurs automobiles pour environ 100 000 véhicules /an. Le principe étant que le capteur soit rapidement fabriqué par les équipementiers, puis commercialisé en volume pour un prix moyen inférieur à 50€/pièce ».

D’autres projets sont également engagés, comme celui avec la RDT 13 (Régie départementale des transports) et soutenu par la Métropole pour placer des capteurs sur une flotte de 200 bus, en corrélation avec l’arrivée prochaine du carburant 2e génération à la future Bioraffinerie Total de La Mède, dès 2020. Ce sera une première mondiale avec, à la clé, une baisse pouvant atteindre 90 % des émissions de CO2.

 

En savoir plus : Pourquoi l’affaire Volkswagen pourrait booster la technologie de SP3H

 

Direct Fleet : des économies pour les flottes automobiles professionnelles

Maxime Sartorius, fondateur de Direct Fleet ©Direct Fleet

 

Entre 5 et 6 millions de véhicules appartiennent à des sociétés et administrations de l’hexagone. C’est à ce parc que Maxime Sartorius s’intéresse depuis 2010, année de la création à Aix-en-Provence de Direct Fleet, avec l’ambition de développer des solutions de mobilité : prestations et outils à même de générer une valeur ajoutée, jusqu'à 30 % d'économie, et des gains de temps. Le postulat de départ est que les propriétaires de ces flottes pratiquent une évaluation incomplète de leur coût, dans lequel s’imbriquent notamment loyer financier, entretien, assurance, taxes, charges sociales, pneus, carburant… Direct Fleet se propose d’assainir ce poste : « Nous avons identifié une centaine de leviers économiques, à notre disposition pour rationaliser et réduire les coûts », indique Maxime Sartorius.

Fort de son expertise en gestion de flotte, Direct Fleet a développé trois offres. La première, l’externalisation du parc via une gestion déléguée, concerne aujourd’hui quelque 5 000 véhicules, appartenant à une trentaine de grands comptes clients comme Lafarge, Quick, Aviva, Engie ou Vinci. Viennent ensuite les missions de conseil, pour des besoins ponctuels, comme l’optimisation d’une flotte.

La dernière offre prend la forme d’un logiciel de gestion de parc automobile gratuit, FleetNote, qui recense 15 nouveaux comptes ouverts en moyenne chaque semaine : « Une technologie qui s’appuie sur le cloud, dans un secteur qui s’oriente à grande vitesse vers le digital et interagit de plus en plus avec tout un écosystème, des parkings à l’industrie pétrolière. Nous travaillons à anticiper et exploiter au mieux ce Big Data en construction ».

Le chiffre d’affaire, confidentiel, est en progression de 20 à 30 % d’une année sur l’autre.

 

HySiLabs : faire de l’hydrogène le pétrole de demain

L'équipe d'Hysilab : Eric Taupin, Vincent Lôme (cofondateur), Pierre- Emmanuel Casanova (cofondateur) et Patricia Mayer ©DR

 

La start-up du technopole Arbois-Méditerranée a mis au point une technologie qui permet d’exploiter les avantages énergétiques de l’hydrogène pour des systèmes respectueux de l’environnement, gommant au passage les problématiques de transport et de stockage. La réflexion sur cette solution a été initiée au sein de l’AMU voilà plus de dix ans, s’est intensifiée au sein de l’incubateur Impulse puis d’HySiLabs, société créée en 2015 par les associés Pierre-Emmanuel Casanova et Vincent Lôme.  

Issu des hydrures de silicium ou polysilanes, ce potentiel carburant de rupture prend la forme d’un liquide transparent, inerte et très stable à température et pression ambiante, sans danger (donc non soumis aux réglementations sur le stockage et le transport de matières dangereuses). Pour transformer ce « HSL fuel » en carburant, l’équipe d’HySi Labs a développé un réacteur de conversion capable d’extraire à la demande - et en grande quantité - l’hydrogène gazeux contenu dans les hydrures de silicium. L’hydrogène ainsi produit présente un très haut taux de pureté et peut être utilisé tel quel dans une pile à combustible ou un moteur thermique.

Si l’enjeu majeur est, à terme, de concilier cette technologie avec la mobilité verte et les énergies renouvelables, d’autres applications, plus simples, sont envisageables à plus brève échéance, de la prestation intellectuelle à la production industrielle, dans les domaines civil comme militaire (transport, alimentation d’hôpitaux, banques ou datacenters…) Elle pourra également servir à décarboner certaines filières industrielles très consommatrices de ce gaz (actuellement issu de procédé faisant intervenir de l’énergie fossile).

Depuis 2015, deux démonstrateurs ont été mis au point, pour le technopole de l’Arbois et pour Icade (groupe immobilier français, filiale de la Caisse des dépôts), premier pas vers une pré-industrialisation complexe qui doit s’accompagner d’une levée de fonds de 2 M€. Il faudra encore attendre une poignée d’années pour pouvoir travailler avec les industriels de l’énergie (les avancées et contacts sont strictement confidentiels). Multi-primée, la start-up a bénéficié du dispositif Instrument-PME phase 1, « un label d’excellence et une belle reconnaissance pour une toute petite société comme la nôtre », se félicite Pierre-Emmanuel Casanova.

 

En savoir plus : En quoi la technologie d'HySiLabs permet-elle de lever certains freins à l'usage de l'hydrogène

 

Nathania Cahen

 

 

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