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28.09.2016 - Premier Forum régional « Industrie de demain »

L’énergie, force motrice du renouveau industriel ?

Marseille a été choisie par EDF pour initier un premier forum régional exclusivement dédié à l’industrie de demain. Une évidence : L’industrie, c’est l’avenir… à condition qu’elle soit durable. Un duo gagnant : le numérique et les énergies bas carbone ?

« C’est une région industrielle qui s’ignore » mais bel et bien productive avec « ses fleurons comme Airbus Helicopters, Thales, Onet, Ortec », et un « potentiel réel » dont témoignent « ses pôles d’excellence », son écosystème « qui forme des ingénieurs » et « soutient des startups », vante Jean-Bernard Levy. Le PDG d’EDF (photo) ouvrait le 23 septembre à la Villa Méditerranée à Marseille la première édition d’un forum régional consacré à l’industrie. Mais ... celle de demain, celle de l’avenir, indique le mur d’écran qui surplombe la scène dans un amphithéâtre comble (plus de 400 personnes). Il faut croire que l’industrie n’a pas encore épuisé toutes ses ressources et continue d’exercer un certain attrait, en dépit d’une actualité économique pourtant peu flatteuse animée par l’épisode d’Alstom au niveau national et la controverse Altéo sur le plan régional.

Effet surprise

Au-delà, il est assez singulier de voir un énergéticien reprendre l’initiative (en mode conquérant) sur un terrain (l’industrie) où il n’est pas spontanément attendu mais sur lequel il estime avoir des arguments pour inverser la donne et accompagner la transition (énergétique) vers une industrie plus durable. 

« L’industrie, c’est l’avenir », épingle la première table ronde, à condition qu’elle actionne le levier des énergies bas carbone, soutient la seconde, et en cela, les technologies numériques pourront être opportunes, flèche la dernière. Le tout dans un contexte de montée en puissance des énergies renouvelables, de pair avec la numérisation, signifie celui qui, en tant que patron du premier parc nucléaire mondial, est amené à jouer un rôle de premier plan dans le transfert vers un système énergétique moins émetteur en CO2.

En trois tables rondes, le ton est posé pour redonner de la motricité à un « actif » régional (25 % du PIB régional, 10 % de l’emploi) dont la chaîne de valeur, décortiquée par le Medef Paca, révèle un territoire étonamment autonome (dont les échanges sont à considérer comme des importations et exportations), exerçant pleinement un rôle d’entraînement en amont et en aval.

Enjeu géopolitique

Naturellement, quand on adresse un secteur qui fut longtemps un symbole de toute puissance mondiale, le débat se « politise » très vite. « Il est indispensable de recréer un appareil industriel pour permettre à la France de tenir sa place en Europe et dans le monde. La création des pôles de compétitivité, le soutien à la filière numérique et le plan pour une nouvelle France industrielle s’inscrivent dans cette dynamique », contextualise le préfet de région Stéphane Bouillon, insistant sur le rôle à jouer par l’appareil économique régional dans l'équilibre national.

Les politiques européennes, nationales, régionales... « ne donneront pas les mêmes résultats en fonction des hommes qui les mènent » recadre Renaud Muselier, président délégué de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avant de relancer le débat (très français) sur le rôle de l’État dans une stratégie industrielle. « Qu’il soit actionnaire ou se limite à un rôle de stratège, il ne doit en aucun cas être un sleeping partner. Et, si l’on regarde au niveau européen, force est de constater que la France, qui ne sait pas suffisamment se servir de Bruxelles, n’est pas là où elle devrait être dans le Plan Juncker », dénonce le représentant de la Région, qui rappelle à chacune de ses interventions publiques avoir « sauvé » in extremis 250 M€ de fonds européens.

Ambition international

Sans nier ses atouts – un espace géostratégique aux portes de l’Europe du sud qui « invite à une ambition internationale » – Martine Vassal, à la tête du Département, rappelle néanmoins que la région affiche toujours un taux de chômage de trois points supérieur à la moyenne nationale. Une problématique d’inadéquation entre l’offre de formation et la demande des entreprises, analyse-t-elle.

La réhabilitation d’une industrie, encore trop souvent assimilée aux « vieilles choses », est un champ lexical que laboure inévitablement l’Union des industries de la métallurgie (UIMM), mais le redressement de l’industrie française ne se fera pas « en concurrençant les Chinois mais par la recherche, l’innovation, les hautes technologies et une formation adéquate », ajuste le président de l'UIMM Alexandre Saubot, effrayé de voir le fossé se creuser entre le nombre de chômeurs et les difficultés à recruter pour certains industriels, contraints de refuser des contrats faute de ressources.

L’environnement est-il compatible avec l’industrie ?

« La troisième région consommatrice d’énergie de France ne produit que 13 % de ses besoins. On a besoin d’énergies pour se développer. Nous devons innover sur toutes les sources d’énergies renouvelables ».

Les solutions existent et ne font visiblement pas débat : le projet FlexGrid (déploiement à grande échelle des réseaux électriques intelligents ou Smart Grids), lauréat de l’appel à projet national, en est une. L’hydraulique (première énergie renouvelable en Europe mais en stagnation) en est une autre. « Et, qu’on le veuille ou non le nucléaire (75 % de la production électrique, NDLR) en est une aussi », s’aventure Renaud Muselier.

Et demain, si le calendrier se stabilise, la recherche issue de ITER (grand programme international d’expérimentation basé près du CEA de Cadarache sur la production de l’énergie nucléaire par le principe de fusion) rendra peut-être réelle une énergie quasiment illimitée, décarbonée et en majeure partie recyclable. Bernard Bigot, directeur d’ITER Organization, donne rendez-vous en 2025 pour la production du premier plasma.

Éolien offshore

« 1 700 ingénieurs travaillent dans nucléaire français, abonde Jean-Luc Monteil, président du Medef PACA, qui ne désespère pas pour autant de « soigner la timidité » de Christian Estrosi sur l’éolien offshore.

« Installées à 15 km des côtes, on ne voit de la berge que des objets moins grands que des allumettes », appuie Antoine Cahuzac, directeur exécutif du groupe EDF en charge du pôle Énergies renouvelables, pour désamorcer les résistances.

Le salut par le numérique ?

« Un accélérateur phénomènal » s’enflamme Philippe Torrion, directeur exécutif du groupe EDF, en charge de la direction Innovation, Stratégie et Programmation, pour lequel à l’horizon 2020, le numérique représentera 5 % de la consommation mondiale d’énergie, gageant sur « une alimentation avec de l’énergie décarbonée ».

Le numérique a ceci d’essentiel qu’il permet de « régénérer un savoir-faire disparu », empoigne Bruno Grandjean, président de la Fédération des industries de la métallurgie (FIM), membre fondateur de l’Alliance pour l’industrie du futur. « Le rapprochement de Google avec Fives et Michelin pour produire des éoliennes volantes permet aux deux entreprises françaises de se positionner dans la fabrication additive métallique, une opportunité unique de revenir dans la course ».

Volonté et constance politique ?

« S’il y a une volonté politique et une constance dans l’action publique », si l’appréhension du numérique « ne reste pas l’apanage des grandes entreprises », agrafe Philippe Darmayan, président de l’Alliance pour l’industrie du futur, président d’Arcelor France, et complète Bruno Grandjean, si le territoire offre un cadre de vie propice à l’infusion de l’innovation, alors… il y aura un alignement de planètes entre énergie et industrie ? Une nouvelle révolution industrielle ?

« Elle a déjà eu lieu ! » fixe le sociologue Jean Viard, dont il est difficile de se lasser tant il a l’art, en quelques phrases, de passer les époques au tamis d’une analyse d’une saisissante acuité. Le sociologue est-il en mesure de mieux comprendre l’accélération du monde avec les technologies numériques ? « Nous sommes dans des bouleversements tellement rapides que nous n’arrivons pas à les mesurer. Le numérique change les rapports dans l’entreprise. Le temps de travail est très concentré. Or, c’est le hors-travail qui fait l’innovation. On est créatif au travail que parce que nous avons une vie en dehors du travail, qu’elle soit culturelle, associative, politique… ».

So what ? diraient les pragmatiques anglo-saxons, qui reprochent souvent aux Français de lancer des débats sur des enjeux réels mais qui finissent toujours en crispations. « L’organisation de ce forum est née de l’idée d’un groupe d’acteurs de l‘économie* ayant noté qu’il manquait un espace de réflexion sur l’avenir de l’industrie de demain dans cette région qui regorge pourtant d’un potentiel de développement industriel considérable ». De ce point de vue, c’est réussi. Le débat est ouvert. EDF, lui-même confronté au choc de l'impératif changement de modèle avec la décentralisation de la production d'électricité, y a déployé beaucoup d'énergie(s)...

A.D

* État, Région, Départements, Métropole, Chambres de commerce et d’industrie, EDF, CEA, ITER, PME, start-up, fédérations professionnelles, pôles de compétitivité, associations patronales, les institutions financières, les grandes écoles et les universités de la région PACA.

 

 

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