Menu principal

30.10.2017 - Ouverture à l'international

[Enquête Forum économique franco-chinois 1/3] Le grand dessein chinois de la Métropole Aix-Marseille Provence

Les quelques éléments qui font que la Chine pourrait être un « business friendly » partenaire de la métropole du sud de l'Europe ? Le forum économique franco-chinois fin octobre à Marseille et pour la première fois hors de Paris aura délivré quelques données intéressantes. Enquête

 

 

« Celui qui n’a pas de vision lointaine aura des soucis proches ». D’un consul général de Chine, on n’attendait pas moins que l’expression d’une pensée chinoise dont on sait à quel point elle peut être infusée à la sagesse.

Mais ici, Zhy Lying fait référence à la « vision » portée par les « autorités locales » à laquelle il se dit « très sensible ». « Cela fait un an et deux mois que je suis à Marseille et j’ai été rapidement introduit dans tous les cercles économiques que je trouve extrêmement dynamiques. Cette ville cumule les atouts - géographiques, culturelles, économiques -, le crédit et le patrimoine positifs pour participer à toutes les initiatives chinoises », argumente le diplomate chinois basé à Marseille. Fait non anodin, Marseille est l’une des quatre « bases » en France de l’ambassade de Chine (avec Strasbourg, Lyon et Saint-Denis).

Le consul général s’exprimait en marge du forum économique franco-chinois, organisé fin octobre à Marseille à l'initiative de la Chambre de commerce et d'industrie de Chine en France, pour la première fois hors de Paris depuis sa création en 1998. Il a réuni au World Trade Center quelque 150 entreprises métropolitaines et 30 sociétés chinoises.

Messages martelés à cette occasion : Le monde est en profonde mutation. La Chine est en plein ouverture. La coopération économique et commerciale entre la France et la Chine se développe. Les relations avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’accélèrent. Mais le principal est ailleurs : le contexte général est surtout particulier.

 

Le consul général de Chine à Marseille Zhy Lying, aux côtés de Didier Parakian, adjoint à la ville de Marseille en charge de l'économie et Frédéric Ronal, élu à la CCI Marseille Provence délégué aux questions internationales à l'occasion du forum économique franco-chinois, qui s'est tenu à Marseille. Pour la première fois hors de Paris. ©DR

 

« Ce grand projet, on ne peut tout simplement pas passer à côté »

La deuxième puissance économique mondiale est en effet en train de tisser une gigantesque toile de routes, de voies ferrées et de ports, préfiguration d’un nouvel axe commercial majeur - sous la forme de deux « routes de la soie », l’une terrestre, l’autre maritime -  qui vont probablement transformer les équilibres économiques et politiques mondiaux (cf. Nouvelles routes de la soie : Une gigantesque toile de routes, de voies ferrées et de ports).

« Ce grand projet, on ne peut tout simplement pas passer à côté car il n’y en pas d’autres actuellement, aussi exhaustif, financièrement solide et ambitieux sur le marché mondial », pose Xavier Giocanti.

L’homme d’affaires parle volontiers de « plan Marshall » en faveur des échanges commerciaux pour décrire ce projet incarnant « la vision de la Chine ambitieuse » du président chinois Xi Jinping, visant à relier l'empire du Milieu aux continents européen et africain, avec d’un côté des voies terrestres traversant la Russie, l’Asie centrale et le Pakistan jusqu’à l’Europe orientale ; de l’autre, une route maritime reliant par les océans les pays émergents d’Asie du Sud-Est et du Sud, jusqu’à l’Afrique et l’Amérique du Sud. À ce niveau - 68 pays traversés - il faudrait davantage parler de masterplan Marshall !

 

Une réponse concrète à l'opportunité chinoise

L’homme d’affaires, que l’on connaît presque plus en tant qu’époux de la patronne de l’une des trois grandes institutions financières mondiales, le FMI, est avec Gurvan Lemée, le cofondateur de Resiliance, une société qui réalise des projets immobiliers à dominante tertiaire sur le territoire de la Métropole d’Aix Marseille, notamment dans les quartiers Nord. Un terrain qu’il connaît bien pour avoir été chef de projet sur les zones franches urbaines de Marseille.  

La société, qui compte dans ses actifs 8 600 m² de bureaux et de locaux d’activités, est en train de concrétiser sur l’assiette foncière de 26 ha qu’elle possède en contrebas du centre commercial de Grand Littoral dans la ZAC Saint André (15e arr.) le Marseille International Fashion Center 68 (MIF 68), un centre de commerce de gros pour des importateurs chinois qui ambitionne de devenir la principale plateforme d'import-export entre la France et la Chine pour toute l'Europe du Sud et l'Afrique du Nord (cf. MIF68 : Future place forte du commerce de gros et d'importation d'Asie ?)

Le MIF 68 est posé très clairement comme « une réponse concrète à l’opportunité offerte par le président Xi Jinping », en étant comme un point d’arrivée de cet incroyable « Belt and Road Initiative » (l’appellation des nouvelles « routes de la soie »).

« Pourquoi ne pas espérer une part du gâteau », ne s’embarrasse pas Didier Parakian. Teintée d’opportunisme – une occasion de positionner la ville et son port comme « plateformes naturelles pour la Chine vers les marchés méditerranéens/africains » - la réponse vaut pour sa franchise et détonne un peu. Car le projet cher à Xi Jinping, qui vient d’être reconduit secrétaire général du Parti communiste chinois avec son Premier ministre, Li Keqiang, pour les cinq prochaines années, ne génère pas en Europe de grandes réactions si ce n’est des analyses, ici et là dans les régions, sur le calcul des opportunités économiques et commerciales.

Sur la métropole Aix-Marseille Provence, on voit l’affaire comme une mine d’opportunités. Et dans certains faits, des facteurs encourageants. Depuis des décennies, ses villes sont jumelées à plusieurs mégapoles chinoises (Marseille et Shanghai ; Cassis et Chengdu ; Paca et la province de Guangdong …). Et les échanges se sont accélérés ces derniers temps.

 

 

A l'occasion de la visite des équipes d'Alibaba France à Marseille en vue de favoriser la promotion des professionnels du commerce et du tourisme provençaux sur la plateforme chinoise. ©FJonniaux

 

Une vingtaine d'entreprises à l'actionnariat chinois

« Le nombre de délégations chinoises reçues à Marseille a même explosé cette année, appuie Didier Parakian : sur les neuf premiers mois de l’année 2017, on a déjà eu 17 délégations d’entreprises ou de villes contre quatre en 2016 ».

Le 6 mars dernier, une délégation chinoise composé d’officiels et de chefs d’entreprise, conduite par Zhang Hua, responsable du Bureau de promotion de l’investissement de la ville de Pékin, était à Marseille pour signer un accord de coopération avec l’Europe-China Investment Association dans le but de promouvoir les investissements chinois à Marseille.

À ce jour, 18 entreprises locales sont connues pour leur actionnariat chinois, pour certaines via leur participation dans des entreprises françaises : ainsi de China Merchants Holding International (CMHI) via Terminal Link, filiale de CMA-CGM, du groupe Louvre Hotels, propriété du groupe chinois Jin Jiang, via l’hôtel Golden Tulip au sein d’Euromed Center et un Campanile près du Parc Chanot ou du franco-chinois Wiko, détenu par Tinno, un fabricant de smartphones basé à Shenzhen, mais dont le siège est à Marseille où il emploie 200 personnes, sur un total de 500 salariés.

Toutefois, la Chine ne figure qu’au 10e rang en tant qu’investisseur en région PACA selon une étude menée par l’Agence régionale de l’innovation et de l’internationalisation des entreprises (janvier 2017).

 

La délégation provençale en Chine au siège de l'industriel chinois Quechen Silicon Chemical, qui pourrait implanter sa première usine de silice d’Europe du côté de Fos-sur-Mer. ©DR

 

Un marqueur fort attendu

Après les « beaux coups » réalisés par le groupe Weichai Power, qui a racheté les Moteurs Baudouin en 2008 et qui aurait permis selon Didier Parakian de triper son chiffre d’affaires, ou l’implantation de Watctdata Technologies France, le « Gemalto chinois », ponctue-t-il, les milieux politique et institutionnel retiennent leur souffle. Suspendus depuis quelques mois à la décision de Weidong Que, le puissant PDG de Quechen Silicon Chemical, qui pourrait implanter sa première usine de silice d’Europe du côté de Fos-sur-Mer (cf.Aix-Marseille ou la bataille au long cours de l'attractivité territoriale).

« La décision est attendue pour la fin de l’année, croit savoir Didier Parakian. On aura fait tout ce qu’il fallait pour gagner cette course à l’implantation ». L’enjeu est de taille : l’investissement est estimé à 150 M€ avec à la clé, un potentiel de 130 emplois nets.

Après 2 visites à Fos-sur-Mer en 2016 et des allers-retours de délégations provençales en Chine, l’industriel asiatique a classé Fos, en concurrence initiale avec 26 autres destinations, parmi ses trois « favoris » avec Krefeld dans la Ruhr en Allemagne (finalement éliminé) et Rotterdam aux Pays-Bas.

 

La Chine, paradis pour aller chercher de la croissance ?

De cette accélération, Frédéric Ronal, vice-président en charge de l’international à la CCI Marseille Provence, veut y voir des éléments structurants :

  Il y a certes des éléments factuels mais au-delà, si l’on commence à apparaître sur les radars des officiels et entrepreneurs chinois, c’est aussi parce que Marseille est une destination qui offre un vrai potentiel avec son port, son aéroport, son ouverture sur la Méditerranée et sur l’Afrique et sa réserve foncière, une denrée rare. Marseille devient une zone suffisamment attractive pour que des opérateurs comme Alibaba, qui contrôle 60 % de l’e-commerce du marché chinois, y installe des événements ».

 Le 10 mai 2017, une rencontre a en effet été initiée par la Ville de Marseille et la CCIMP pour qu’une centaine d’entreprises provençales principalement dans le textile et la cosmétique puissent rencontrer les équipes d’Alibaba France en vue d’un référencement sur la plate-forme chinoise (cf. Comment Alibaba veut servir de tuteur aux PME provençales en Chine).

« Cela a permis dans la foulée un déplacement d’une quinzaine d’entreprises au siège d’Alibaba avec à la clé, une dizaine d’accords signés », assure Didier Parakian.

 

Premier fournisseur mais 13e client !

« Ces initiatives visent aussi à rééquilibrer nos échanges, reprend Frédéric Ronal. Car si la Chine est le 1er fournisseur de la métropole Aix-Marseille-Provence en lui vendant pour plus de 2,4 Md€, la Chine ne nous achète que pour une valeur de 245 M€. L’enjeu est donc de donner la possibilité à nos entreprises d’avoir accès à ce marché. Des missions comme celles qui ont été organisées ces dernières années avec une centaine de sociétés régionales participantes et qui ont généré un volume d'affaires de 25 M€, mais aussi toutes les rencontres BtoB comme celle de ce forum, qui permettent de mettre en valeur nos infrastructures, et à nos entrepreneurs de créer des liens avec leurs homologues chinois, est à développer »

Quechen, MIF68, nouvelles routes de la soie, même dynamique : ils doivent servir d’étau à l’ouverture notamment internationale de la métropole, et en particulier à la Chine. Le premier comme un marqueur fort de la capacité à attirer un grand industriel étranger. Le second comme un élément qui va sous-entendre cette visibilité en tant que territoire de commerce avec la Chine. Le troisième comme ...

« Un macro projet très engageant et structurant sur le plan politique et économique, poursuit l'élu consulaire, qui dans sa vie « réélle », est le directeur régional de la filiale du Crédit Mutuel Arkea banque. Mais il va falloir au préalable entamer un grand travail d’identification des projets, structurer les équipes qui opérationnellement vont plancher sur le sujet. Avec les institutions, il s’agira de se mettre très rapidement en ordre de marche pour être en capacité de répondre à la proposition qui nous est faite par la Chine », résume, pragmatique, Frédéric Ronal.

« À nos décideurs de prendre le relais côté français pour que cette idée fasse son chemin à l’échelon diplomatique », signifiait ailleurs Xavier Giocanti dans un de ses post sur son blog. L'investisseur « ne peut concevoir que cet immense pipeline économique termine sa course en Adriatique alors qu’un grand port comme celui de Marseille-Fos est bien mieux équipé et connecté au flux économique intra européens (le projet chinois s’appuie sur deux portes d’entrée en Europe : Athènes pour la voie maritime via le port du Pirée, et Duisbourg en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour la voie terrestre, ndlr) ».

 

Le premier train chinois arrivé en France à Lyon en avril 2016. Une liaison qui compte deux dessertes Wuhan-Lyon et un train retour par semaine.

 

Une réalité économique à cette nouvelle route de la soie ?

En attendant, Décathlon réceptionnera un premier train complet de 41 conteneurs 15 jours après son départ le 28 octobre de Wuhan (Xinhua) en Chine (province de Hubei, Centre) avec pour destination la plateforme multimodale de Delta 3 à Dourges dans le Pas-de-Calais. L’enseigne de sport était aussi la destinataire du premier train chinois arrivé en France à Lyon en avril 2016. Une liaison qui compte deux dessertes Wuhan-Lyon et un train retour par semaine.

Le train en provenance de Wuhan, qui a parcouru 10 815 km à travers le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne et l'Allemagne, est la 17e ligne ferroviaire directe de transport de marchandises ouverte depuis 2012 pour relier Wuhan à plus de 60 villes en Europe et en Asie centrale et de l'Ouest. Selon un bilan officiel établi le 20 octobre et relayé par le site d’informations en ligne French.xinhuanet.com, un total de 227 trains transportant 25 000 conteneurs auraient emprunté cette ligne en 2017.

Le 29 octobre, le train de fret Chine-Europe X9081 a, lui, quitté Urumqi, capitale de la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine) pour relier Poltava, en Ukraine, après avoir traversé le Kazakhstan et la Russie, en seulement 15 jours, là où la voie maritime aurait demandé plus de deux mois. Une autre « première ». Au total, 700 trains de fret Chine-Europe devraient ainsi partir du Xinjiang d'ici fin 2017.

Pour l’heure, l’Hexagone ne recevrait que quelques pourcents des échanges sino-européens avec pour destination finale, Lyon (l’Allemagne reste la grande gagnante européenne du projet : sur la vingtaine de trains au départ de la Chine, chaque semaine, neuf s’arrêtent à Hambourg et sept à Duisbourg).

D'où l’enjeu de faire figurer le port phocéen sur la carte des nouvelles routes de la soie, du reste plutôt bien placé si la Méditerranée devient un épicentre pour le transport terrestre et maritime entre l’Europe et l’Asie (cf. plus bas).

 

Visite du premier Ministre Chinois LI Keqiang au siège du Groupe CMA CGM avec Roldophe Saadé, en juillet 2015. A cette occasion, le CMA CGM ORFEO, navire symbole des relations commerciales franco-chinoises et décoré aux couleurs de la Chine, était exceptionnellement positionné en rade de Marseille. ©CMA CGM

 

« Avec du temps et de la patience  ...»

« Nous avons tous les atouts logistiques, économiques, et historiques pour réussir, martèle Xavier Giocanti. Il y a presque 100 ans, deux jeunes chinois débarquaient à Marseille en provenance de Shanghai pour étudier et découvrir l’Europe : ils s’appelaient Zhou Enlaï, connu pour sa volonté de cohésion pacifique avec l’Occident, et Deng Xiaoping, considéré comme étant à l’origine du développement économique de la Chine ».

L’homme fort actuel de la Chine moderne s’appelle, lui, Xi Jinping. Lors de reconduction à la tête du PCC à l’issue du 19e Congrès qui s’est clos le 24 octobre, le président reconduit de la la République populaire de Chine, dont les postures et dogmes alimentent les références politiques à Mao Zedong, a promis à ses compatriotes de faire de la Chine une « grande puissance prospère et respectée » qui entend peser de tout son poids pour … offrir des alternatives à « l’ordre international » mis en place à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale.

« Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier se transforment en robe de soie ». C’est un autre proverbe chinois.

 

Adeline Descamps

 

Photo : Visite du premier Ministre Chinois LI Keqiang au siège du Groupe CMA CGM avec Roldophe Saadé, en juillet 2015. A cette occasion, le CMA CGM ORFEO, navire symbole des relations commerciales franco-chinoises et décoré aux couleurs de la Chine, était exceptionnellement positionné en rade de Marseille. ©CMA CGM

 

Cet article fait partie de l'enquête sur le forum économique franco-chinois à Marseille

[Enquête Forum économique franco-chinois 1/3] : Le grand dessein chinois de la Métropole Aix-Marseille Provence

[Enquête Forum économique franco-chinois 2/3] : MIF68 : Future place forte du commerce de gros et d'importation d'Asie ?

[Enquête Forum économique franco-chinois 3/3] Une gigantesque toile de routes, de voies ferrées et de ports

 

 

Faire figurer le port phocéen sur la carte des nouvelles routes de la soie

 

Le 3e armateur mondial CMA CGM, basé à Marseille, présent en Chine depuis 1992, fut d’ailleurs un des premiers armateurs à y ouvrir une ligne alors que jusque-là tout passait par Hong Kong. Ici Jacques Saadé avec le premier Ministre chinois et Jean-Pierre Rafarin, ex premier Ministre français très introduit dans les sphères chinoises

 

Le premier port français et le sixième port européen, qui nourrit l’ambition d’être au sud de l’Europe une porte d’entrée alternative aux ports du range Nord (Rotterdam, Anvers, Hambourg, Bremerhaven), est incontestablement celui qui a le plus à y gagner de ces nouvelles routes de la Soie.

Le développement des liaisons ferroviaires entre Marseille Fos et l’Europe du Nord-Ouest est un vrai sujet – pas nouveau - pour le port de Marseille. D’un point de vue logistique d’abord, dans la mesure où ces dessertes peuvent permettre de réduire de 5 ou 6 jours le temps de transit de biens en provenance d’Asie et à destination d’Europe du Nord. Mais aussi parce que le grand sujet portuaire actuel est le développement de l'hinterland, où les dessertes routières, ferroviaires et fluviales sont cruciales pour pouvoir desservir des marchés plus éloignés.

D'où les 300 M€ d'investissements prévus sur dix ans par le GPMM pour développer les capacités ferroviaires d’accès à ses terminaux. Sur les 83 M€ d’investissement prévus au budget du GPMM en 2016, 55 millions étaient notamment fléchés vers le report modal ferroviaire et fluvial.

La Chine, premier client du port

L’axe rhodanien concentre donc toutes les attentions de la place portuaire marseillaise, dans l’attente du contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise et du canal à grand gabarit entre le Rhône et le Rhin (cf. Marseille-Fos, alternative sérieuse aux ports nord-européens ? ; Fos-Genève : Ces 450 km qui pourraient être déterminants au port de Marseille). 

La Chine est déjà le premier client du port de Marseille avec 325 000 conteneurs transportés entre la Chine et la France (2014) et près de 2,8 millions de tonnes de marchandises. Les autorités portuaires de Marseille Fos et Shanghai coopérent depuis plusieurs années sur des solutions de transport plus propres, multimodales, ou sur des systèmes de smart data….

Par ailleurs, la reconfiguration des alliances maritimes (passées de 4 à 3), dans un contexte de resserrement des compagnies maritimes, a renforcé les liens avec la Chine. Ainsi, le français CMA CGM*, numéro trois mondial du transport de conteneurs maritime qui siège à Marseille, s’est allié aux chinois Cosco (sachant que Cosco et China Shipping ont fusionné dans la nouvelle entité China Cosco Shipping Corporation) et Evergreen et au hongkongais OOCL, au sein de l'Ocean Alliance.

CMA CGM, premier à ouvrir une ligne en Chine

L’armateur marseillais, présent en Chine depuis 1992, fut d’ailleurs un des premiers armateurs à y ouvrir une ligne alors que jusque-là tout passait par Hong Kong. Il y achète du reste la totalité de ses nouveaux conteneurs auprès du constructeur chinois CIMC et fait de plus en plus appel aux chantiers de construction navale chinois.

En vingt ans, la CMA CGM, Da Fei, comme elle est appelée en Chine, y a développé 76 lignes, touchant 13 ports différents en 248 escales hebdomadaires pour un volume de 4,2 millions de conteneurs transportés (soit 10 % du marché chinois, revendique l'entreprise). L'activité emploie 1 200 personnes dans 60 bureaux commerciaux.

A l'occasion de la visite officielle du Premier ministre chinois, Li Keqiang, dans la cité phocéenne en 2015, c’est au siège de l’armateur qu’avait choisi de faire « escale » l’officiel chinois. Le 3e transporteur mondial avait alors signé un « partenariat d'intérêt commun » avec China Merchants Holdings International (actionnaire de Terminal Link, filiale à 51 % de CMA CGM) afin d’évaluer ensemble les opportunités d'investissement dans les ports et infrastructures logistiques sur la nouvelle route maritime de la soie.

« Face à l'opportunité historique que représente l'initiative chinoise, la ville portuaire française de Marseille est un endroit privilégié qui n’a qu’à valoriser sa localisation géographique centrale, crucial sur la Méditerranée, tremplin entre l’Europe et l’Afrique, alors que son port est déjà aujourd'hui une porte pour les marchandises chinoises arrivant en Europe », insistait Gao Yuanyuan, ministre-conseillère aux affaires commerciales de l'ambassade de Chine en France, lors du 12e Forum économique franco-chinois tenu pour la première fois hors de Paris … et à Marseille donc.

 

  A.D

*CMA CGM a également racheté dernièrement le singapourien Neptune Orient Lines (NOL). Alors que les deux premiers mondiaux, le danois Maersk Line et l'italien MSC, se sont regroupés fin 2014 au sein de l'alliance 2M. De l'autre, The Alliance, qui regroupe l'allemand Hapag-Lloyd, les japonais "K" Line, Mitsui O.S.K Lines et Nippon Yusen Kaish, et le taïwanais Yang Ming. Les trois nouvelles alliances représentent 95 % de la capacité existante entre l'est et l'ouest.

 

 

 

Actualité(s) liée(s)

Voir toutes les actualités