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09.11.2017 - Maritime/Energie

Avec CMA CGM, la France met le cap sur le GNL

Á l’occasion de la COP23, actuellement à Bonn, CMA CGM vient de frapper un grand coup en annonçant une commande record de neuf porte-conteneurs au GNL. Au lendemain de cette annonce, Total officialisait l’achat des activités amont en GNL à Engie. Vers une redistribution des cartes dans la filière ?

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Si le maritime avait brillé par son absence lors de la COP21, la COP23 restera sans doute marquée par l’annonce inattendue de l’armateur mondial de lignes régulières conteneurisées avec une commande exceptionnelle de neuf porte-conteneurs au gaz naturel liquéfié (GNL), reléguant presque leur gigantisme au second plan. Les neuf mastodontes de 22 000 EVP, commandés auprès des chantiers navals asiatiques, CSSC (China State Shipbuilding Corporation), seront livrés à compter de 2020, date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation de l’Organisation maritime internationale (OMI) imposant une réduction de la teneur maximale en soufre de 3,5 à 0,5% (Global Cap). Le GNL est présenté comme le carburant marin de l’avenir pour la Commission européenne en raison de ses vertus présumées : pas d’emissions d’azote, ni de soufre et de particules fines et une réduction de 25 % des émissions de CO2

« Un encouragement fort pour l’ensemble de la filière »

« Par l’innovation qu’elle représente, cette décision courageuse va, je l’espère, ouvrir la voie à l’ensemble de l’industrie maritime pour porter des projets innovants toujours plus écoresponsables », a immédiatement réagi Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique.

« Ce doit être un encouragement fort pour l’ensemble de la filière, qui doit en particulier permettre de développer rapidement ce type d’avitaillement dans nos grands ports », a souligné pour sa part la ministre des Transports Elisabeth Borne.

Cette commande donne ainsi une orientation à la filière encore timide il y a quelques mois encore. « Le GNL à l’usage des navires de transports de conteneurs est un marché naissant et a vocation à grandir. Les défis à relever sont à la mesure des enjeux futurs : faire du GNL en tant que carburant une alternative incontournable aux fuels conventionnels », explique Farid Trad, directeur du département Bunkering chez CMA CGM. Fin août 2017, le groupe allemand Wessels Reederei a été la première compagnie au monde à faire naviguer un porte-conteneurs au GNL, mais via une modification de la propulsion de son porte-conteneur Wes Ameli d’une capacité 1036 EVP.

 

Engie et Britanny Ferries, les précurseurs

À ce jour en France, deux seules commandes ont été passées pour des navires au GNL. Le remorqueur « Engie Zeebrugge », livré en février 2017, assure l’avitaillement de deux navires rouliers dans le port belge. « Nous apportons un véritable service au client en mettant les cuves sous gaz en froid. Il s’agit du premier navire souteur au monde », souligne Jean-Charles Dupire, Pdg de Gazocean. Le coût de construction de ce prototype est tout de même six fois supérieur à un remorqueur classique. 

En juin 2017, la compagnie bretonne Brittany Ferries a signé une commande auprès des chantiers allemands FSG portant sur la construction d’un ferry au GNL. Le « Honfleur » (187 m de long, 1 680 passagers) débutera ses traversées de la Manche à compter de juin 2019.

 

Enjeu de l’avitaillement

Afin de faire face aux spécificités liées à l’infrastructure GNL, et notamment l’absence d’installations de soutage en GNL dans les ports desservis par les navires, Brittany Ferries s’est associée à Total Marine Fuels Global Solutions et au Groupe Charles André pour imaginer une solution originale : le Honfleur sera le premier navire à passagers au monde à avoir une logistique GNL par embarquement de conteneurs de 40 pieds par portique. Ils seront acheminés par camion du terminal méthanier au port, puis grutés à bord.

Face à la perspective de l’utilisation à grande échelle du GNL sur les routes maritimes, les acteurs français de la filière GNL se sont fédérés en avril 2017 en créant une plate-forme destinée à promouvoir et développer l’usage du gaz naturel liquéfié comme carburant pour le maritime et le fluvial.

 

Scrubber, courant de quai ou GNL, faites vos jeux

« Nous proposons d’accompagner les clients dans leurs choix pour passer Global Cap. Certaines raffineries seront en mesure de produire du fuel avec un taux de soufre à 0,5 %. Avec du fuel à 3,5% les scrubbers sont installés sur des navires bien souvent lors d’un retrofit », explique Pierre-Jean Bernardi, chargé du marketing au sein de Total Marine Fuels. C’est le cas actuellement des paquebots MSC Croisières qui seront, à terme, tous dotés de nettoyeurs de fumées.

 

L’appétit de Total Marine Fuels Global Solutions

Total Marine Fuels Global Solutions, partenaire de CMA CGM et de Costa Croisières pour la fourniture de GNL, entend devenir un acteur de premier plan dans un secteur encore en friche. Le 8 novembre, le groupe Total a officialisé la reprise des activités amont GNL d’Engie devenant à compter de la finalisation de l’opération mi 2018, le deuxième opérateur mondial du GNL. Pour 1,48 milliard de dollars, Total reprend les participations de l’énergéticien dans les usines de liquéfaction, les contrats d’achat et de fourniture de GNL, les droits de passage dans les terminaux de regazéification. Ainsi, le groupe met-il également la main sur Gazocéan et sa flotte de 11 méthaniers sans oublier l’Engie Zeebrugge, premier ravitailleur au monde en exploitation avant celui de Shell.

 

Total, deuxième acteur mondial du marché GNL ?

« L'acquisition du business amont GNL d'Engie donne l'opportunité à Total d'accélérer le déploiement de sa stratégie intégrée sur la chaine gazière, sur un marché du GNL offrant une forte croissance de l'ordre de 5 à 6 % par an. La combinaison des deux portefeuilles est très complémentaire et va permettre au groupe de gérer un volume de GNL de près de 40 millions de tonnes dès 2020, faisant de Total le deuxième acteur mondial du secteur parmi les majors avec 10 % du marché mondial », a déclaré Patrick Pouyanné, Pdg de Total.

 

Le marché s’accélère

Quoi qu’il en soit, le marché s’accélère, les concentrations s’opèrent. Le 8 novembre également, Carnival Cruise Line et Shell signaient un accord portant sur la fourniture en GNL de deux paquebots en cours de construction en Finlande, dont les livraisons sont prévues en 2020 et 2022.

Le 4 septembre dernier, les armateurs marseillais, réunis au sein du CMAF (Comité Marseillais des Armateurs de France), ont fait le point sur les solutions d’avitaillement au GNL. Avec l’extension de la zone SECA (Sulphur Emission Control areas) à la Méditerranée à horizon 2020 et la pression croissante des populations, les armateurs devront très vite trouver de nouvelles solutions pour remplacer le fuel lourd (HFO). Scrubber, courant de quai ou GNL, les enjeux financiers sont colossaux.

 

Des incitations fiscales pour les compagnies maritimes à l’instar du fret routier ?

« Que le groupe marseillais CMA CGM choisisse le GNL est un signal fort envoyé au secteur. Mon objectif est de faire de Provence-Alpes-Côte d’Azur le moteur des accords sur le climat, et de la transition énergétique. Cette décision doit en entrainer d’autres et la Région se tiendra aux côtés des entreprises qui s’engageront pour le climat », s’est réjoui le président de la Région Renaud Muselier. Cependant, aucune incitation fiscale n’est prévue pour les compagnies maritimes qui s’engageraient dans cette voie, en revanche depuis deux ans les transporteurs routiers qui acquièrent des tracteurs au GNL bénéficient d’un suramortissement.

« Marseille se positionne comme une place d’avitaillement au GNL »

La Compagnie du Ponant, Marfret, Corsica Linea pèsent le pour et le contre pendant que Marseille-Fos avance ses pions. « Avec deux terminaux méthaniers, Marseille se positionne comme une place d’avitaillement au GNL. Nous privilégions l’approvisionnement par transbordement de navire à navire », a annoncé, fin octobre, Christine Cabau Woehrel.

La présidente du directoire du port de Marseille-Fos entend également réduire les droits de ports pour les navires les plus vertueux. « Il va y avoir des changements dans les habitudes de soutage, prévient Jean-Pierre Bernardy. Sur le leg Asie-Méditerranée, les acheteurs feront jouer la concurrence entre Marseille, Gênes et Valence. Il faut trouver l’équilibre économique ». Réduire les coûts logistiques de l’avitaillement au GNL sera donc le prochain défi à relever.

 

--- Nathalie BUREAU DU COLOMBIER ---

 

Photo : Actuellement, 99 navires en circulation dans le monde sont à propulsion LNG, la plupart naviguent en Norvège. 105 navires LNG sont également commandés. Cinq avitailleurs sont en construction dans le nord de l’Europe.

 

 

 

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