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26.04.2017 - I&T

Les vertus cachées du web

Quand le secteur numérique est une chance d'insertion professionnelle pour les jeunes au chômage ou sans qualifications. Quand les sans-emplois deviennent une ressource pour des entreprises en quête de profils que l'Éducation nationale ne fournit pas. En intermédiaires, des écoles inédites...

 

Il est des pourcentages qui glacent. Parmi les recrues de la dernière promotion : 52 % de chômeurs, 24 % d’allocations au RSA, 12 % de SDF ou confrontés à l’exclusion au logement, 20 % de « sans-diplômes ». Et surtout 52 % de moins de 25 ans.

Il en est d’autres qui déglacent. « Le taux d’abandon s’est réduit. L’employabilité s’améliore d’année en année. Six mois après la fin de la première formation, 70 % des participants (ils sont en moyenne entre 20 et 25) étaient en emploi ou en formation dans le domaine du numérique. 75 % des élèves de la seconde, qui s’est achevée à l’été 2016, sont désormais en poste ou en poursuite d’études. Pour la troisième promotion actuellement en stage, certains ont déjà reçu une promesse d’embauche. Ces résultats reflètent l’implication de nos étudiants et la mobilisation d’un réseau d’entreprises et d’associations partenaires qui ont donné leur chance à des jeunes aux parcours de vie compliqués ». Mathilde Chaboche est la coordinatrice du Labo Sociétal à Centrale Marseille, l'antichambre des expérimentations sociales en matière d'éducation.

À ce titre, la spécialiste en sociologie urbaine de formation conduit depuis septembre 2014 pour le compte de l’école d’ingénieurs marseillaise des projets d'aide à la réussite éducative ou à l'insertion socio-professionnelle en direction des jeunes défavorisés issus des quartiers prioritaires de Marseille.

Les indicateurs qu’elle cite concernent le projet SimplonMars, qui n’est qu’une des initiatives vertueuses menées dans le cadre du Labo, mais incontestablement celle qui possède le plus haut potentiel médiatique et qui intéresse notamment la communauté scientifique pour offrir un laboratoire vivant sur l’insertion professionnelle et sociale de ceux que l’on n’en finit plus de catégoriser en « oubliés », « déclassés », « exclus », « décrocheurs » tant du système éducatif que du champ de la société. Ils n’en restent pas moins jeunes, moins de 25 ans, et peu armés. 

SimplonMars est la déclinaison marseillaise de Simplon.co (cf. plus bas) mais ici, la spécificité est l'alliance (inédite) entre la célèbre « fabrique sociale pour codeurs » et un établissement de l'enseignement supérieur.

Le pari est toutefois le même : le paradigme est assez simple - des entreprises cherchent des développeurs. Des jeunes cherchent du boulot – mais audacieux : faire avaler et digérer du HTML, CSS, Bootstrap, JS, jQuery, Angular, PhoneGap, PHP, Wordpress, Symfony, SQL et consorts... à des jeunes résidant en « no-go zone », les quartiers Nord de Marseille

 

Une quarantaine de développeurs informatiques et médiateurs numériques formés

 

Outre le fait d’adhérer au principe originel qui veut former en un temps court aux métiers du web des jeunes chômeurs, sans critères de diplômes ni d'expériences préalables, Centrale Marseille, qui « se sent une responsabilité citoyenne », y voit un moyen de cultiver « l’hybridation » entre des univers éloignés : les parcours d’insertion des uns, et le monde de l’enseignement supérieur sélectif de l'autre.

« Le métissage est au cœur de l’ADN de cette école. Nous voulons certes former des profils scientifiques de haut niveau mais au-delà de contribuer à en faire des citoyens engagés », développe Mathilde Chaboche, à quelques heures d’un « afterwork » dans l'enceinte de l'école. Ce 25 avril, « Centrale » recevait des entreprises à des fins de valorisation de cette initiative qui a formé depuis 2015 une quarantaine de développeurs informatiques et médiateurs numériques. Elle lancera en juin prochain le recrutement de sa 4e promotion. 

« Nos actions en direction des entreprises pour épuiser leurs réticences mais aussi la démonstration de la qualité et pertinence de la formation, commencent à payer. Le mouvement s’inverse. C’est la première fois que je reçois des sollicitations d’entreprises ».

 

Le bonheur est-il dans le code ?

Stéphane Soto, l’emblématique directeur de la French Tech Aix-Marseille, ne répondra pas à cette question, mais souligne l’obsolescence rapide des contenus de formations du fait des innovations en continu dans le monde du numérique. Il plaide donc pour des « formations courtes et ciblées ».

L’important n’est pas de décrocher un diplôme mais de valider des compétences. SimplonMars a fait la démonstration qu’il existe un vivier de personnes qui ont une réelle appétence pour ces métiers mais que l’on ne pouvait pas mesurer car en dehors des systèmes classiques de l’éducation ». 

S’il estime que l’on reste myope par rapport aux besoins réels faute de nomenclatures adaptées, « je sais que j’ai 2 000 postes en développement informatique en souffrance », garantit-il. Et de rappeler le poids de la programmation dans tout ce qui est devenu nécessaire à l’homme moderne : son smartphone, les applications et le web.  

Et c’est sans dire aussi que l’on ne serait qu’à la préhistoire de la révolution numérique et de l’utilisation du big data, de la réalité augmentée et de l’intelligence artificielle. « Sur tous ces sujets-là, on reçoit des demandes et des préoccupations remontent ».

Pour l’ingénieur des systèmes industriels, dans une économie digitale qui envahit le monde et change les règles, chacun a besoin de mettre à jour son logiciel : « il faut mobiliser toutes nos ressources : l’apprentissage, la formation professionnelle... Le cluster numérique Medinsoft travaille ces sujets avec l’université. Lors du dernier salon Medinjob (le rendez-vous IT/Digital annuel de l’emploi d'Aix-Marseille French Tech, Ndlr), on a distribué 450 offres d’emploi ».

Enjeu territorial sur un territoire qui se veut digital native

L’enjeu est d’autant plus prégnant sur ce territoire qu’il est un vrai sujet, du fait du poids de l’économique numérique (44 000 emplois) et de sa prédisposition à être une ville-monde au sens des infrastructures télécoms (Marseille est le point de chute de plusieurs câbles d’interconnexion intercontinentaux qui servent à faire circuler vidéos, emails, photos, et autres contenus numériques, cf. Marseille, Porte de l’Orient … des télécoms ?).

Ainsi toutes initiatives visant à former ces profils dont les entreprises manquent cruellement mais que l'Éducation nationale ne fournit pas retiennent forcément l’attention. A fortiori dans un pays, où chaque année, quelque 150 000 jeunes quittent le système scolaire sans diplôme, où le taux de chômage des jeunes frise les 25 % tandis que le secteur du numérique français devrait recruter de 170 000 à 212 000 personnes d’ici 2020 selon diverses estimations (le ministère du Travail tablant pour sa part sur 191 000 postes).

Et selon le Syntec numérique, sur les 35 000 offres d'emploi des entreprises du secteur, seuls 12 000 postes sont pourvus chaque année. Il est par ailleurs considéré que la France diplôme 1 500 data scientists par an, pour 5 000 à 10 000 postes offerts.

 

Dépasser le cadre ultra-normé des enseignements classiques

 

C’est dans ce contexte qu’ont émergé ces dernières années des initiatives visant à casser le plafond de verre et à ne pas réserver l’accès à l’emploi à ceux « qui ont les bons diplômes, le soutien financier et le carnet d’adresse des parents », provoquaient dans un communiqué les fondateurs de l’École 42, citant par ailleurs l’OCDE : « seulement 10 % des étudiants des 146 meilleures universités viennent des classes sociales moyennes et inférieures ».

Que ce soit l’École 42, Simplon, la Web@cademy, Wild Code School, la filière de l’école numérique &co…, elles ont toutes en commun de former des chômeurs aux nouveaux métiers du numérique, de réinterroger (pour casser les rigidités de l'éducation nationale ?) les modèles existants de formation, d’explorer une pédagogie de rupture que d’aucuns décrivent comme « inversée » ou « d’autodidaxie collective ».  

« Le modus operandi de la formation repose sur l’apprentissage par le faire, la valorisation de la débrouillardise et l’entraide », décrit Fabien Labarthe, sociologue à l’université de Saint-Étienne qui suit les « SimplonMarsiens » depuis leurs débuts.

« L’autonomie est un critère clef, confirme Mathilde Chaboche. Car on cherche à stimuler l’agilité d’esprit mais chez nous, ils sont encadrés par une vraie équipe pédagogique (allusion à l’École 42 où les élèves sont plus livrés à eux même, Ndlr). L’esprit collectif est une des bases de la pédagogie. Et l’on est très sévère sur le comportement car on a un discours de crédibilité à tenir auprès des entreprises. Ces jeunes sont souvent issus de dispositifs d’insertion professionnelle où l’on cultive parfois leurs illusions dans le sens où ils obtiennent, quoi qu’ils fassent, le bout de papier validant un parcours. Chez nous, pas d’effets de fiction. La réalité de l’entreprise n’est pas un monde soyeux. Retards et absences non tolérés. Assiduité obligatoire. La sociabilité n’est pas une option ».

Ces écoles d’un genre nouveau pratiquent aussi une sélection spécifique dite « la prairie » pour les uns (Simplon), « la piscine » pour les autres (École 42, la Web@cademy), une période en immersion au cours de laquelle les candidats travaillent assidument pendant un temps (plusieurs semaines) en vue de tester leur aptitude à cohabiter et collaborer au sein d’un groupe.

 

« Grande école numérique »

 

La plupart se retrouvent enfin sous la bannière de la « Grande école numérique », cette signature lancée officiellement fin 2015 par le président de la République pour répondre à une demande pressante des acteurs économiques du secteur numérique en manque de profils qualifiés, et permettre à des jeunes sans emploi, sans argent, sans qualifications, d’accéder à une formation courte, pratique et professionnalisante.

Objectif assigné à la création : former gratuitement 10 000 personnes d’ici 2017. Avec le récent deuxième appel à projet, ce sont au total 225 formations labellisées à ce jour (parmi lesquelles les plus emblématiques de cet écosystème, Simplon.co ou encore l’École 42), soit quelque 5 000 personnes en formation. Au total, 15 M€ sont mobilisés (une enveloppe prélevée sur le programme d’investissements d’avenir).

Dans la région PACA, outre SimplonMars, le premier appel à projets a labellisé 5 « écoles numériques » dont deux à Marseille, deux à Draguignan et une à Nice.

Ainsi de l’INFA PACA SAS, qui a obtenu le paraphe gouvernemental pour « SAS Crear - Labo Numérique », une formation de 546 h à la conception digitale en 5 mois dont un en entreprise. Le nouveau-né de la fondation reconnue d’utilité publique démarre la session le 2 mai.

Également retenu, le programme « Cisco Networking academy » lancé en 1997 par l’équipementier télécom américain. L’enseignement basé sur le « e-learning » et le « e-doing » est proposé au sein des établissements partenaires de son « Academy » (90 % des universités françaises y figurent mais aussi des lycées comme Ampère à Marseille) et forme aux métiers du réseau et du web.

 

Une quinzaine d'écoles numériques labellisées en PACA

 

Le second appel d’offres, dont les lauréats ont été annoncés en novembre dernier, a davantage mobilisé la région puisque 8 nouvelle recrues ont rejoint la GEN (dont deux dans le Vaucluse).

La plus médiatique reste l’arrivée du Wagon, rompu à la culture « open source » et classé parmi les 3 meilleurs « coding boot camps », ces camps d’entraînement intensifs inspirés de l'Outre-Atlantique permettant en deux mois à naviguer dans les environnements Github ou à manipuler les Heroku, Stripe, Mandrill, Algolia. Près de 1 400 élèves y sont passés depuis 2014. Le Wagon s’adressait plutôt jusqu'à présent à des élèves des écoles de commerce ou ingénieurs, moyennant une petite somme (4 900 EUR).

À Marseille, le programme s’appelle FullStack et est pensé pour les publics éloignés de l'emploi. La formation, développée par Louis Chavane, un spécialiste du big data et du tracking mobile, se déploie en trois mois et côtoie les langages Ruby, Javascript, HTML et CSS : « Elle permet d’apprendre les bonnes pratiques de la conception, du design et du développement d'une application web avec la particularité d’être très orientée vers la création de produits ».

Bref, tout ce qui permet de s’appareiller du workflow technique nécessaire aux startups de l’e-commerce par exemple. Les deux prochaines promotions se dérouleront du 3 juillet au 7 septembre et du 11 septembre au 5 novembre 2017.

« Conseiller(ère) médiateur(trice) en numérique », c’est ce que promeut pour sa part Urban Prod. L’association, évoluant dans la sphère de l’économie sociale solidaire depuis des décennies, est agréée depuis 2015 comme organisme de formation auprès de la DIRECCTE. Le parcours de 770 heures (dont 210 en entreprise) vise davantage le secteur de l’animation et de la médiation aux usages numériques en vue notamment d’exercer dans des espaces publics numériques, type FabLabs, tiers-lieux, directions numériques de grandes organisations, d’établissements scolaires, etc.

Les deux autres structures labellisées sont le Cana (Centre de formation et de préparation à l’emploi, prestation de Pôle emploi) pour former des « installateurs dépanneurs informatiques » et l’ACOPAD pour des designers web.

Reconnaissance officielle ?

L'École 101 est la déclinaire lyonnaise de l'École 42. Elle ouvrira à la rentrée 2017 au cœur d'un campus numérique dans le nouveau quartier de Confluence ©DR

 

Tous attendent plus ou moins sans doute un décret sanctionnant la formation par une certification. Mais plus encore, pour certains, que le label « Grande école numérique » dispose d'une identité plus précise en termes de thématiques ou d’exigences. Car, en l’occurrence, certaines n’hésitent pas à pointer déjà les effets d’aubaine ou une « course à l’opportunité », surtout pour les organismes alités par les subventions, dans un contexte de raréfaction de deniers publics. « Une formation se construit dans la durée, seule légitimité pour asseoir une réputation », balaie pour sa part Mathilde Chaboche.

Mais la reconnaissance officielle aurait surtout une autre vertu : octroyer un simili statut étudiant ou des possibilités d'obtenir une bourse du CROUS à des personnes, dont on oublie souvent les difficultés « périphériques » : « comment s’assurer que ces jeunes, qui vivent souvent de petits jobs mais que l’on va mobiliser 30 heures par semaines, ne se paupérisent pas davantage ? », interroge faussement la coordinatrice du Labo sociétal.

Pour la 3e promotion, Centrale Marseille et Pole emploi sont parvenus à trouver une solution d’indemnisations pour une partie des 25 recrues mais qui peut être que temporaire.

Le temps et l'usage...

Seuls le temps et l’expérience pourront révéler le destin qui sera réservé à ces ces bataillons de codeurs déferlant de la vague numérique. Leur employabilité d’abord. Leurs évolutions de carrières ensuite. Et ce, dans un pays qui survalorise les diplômes et où les traditions sont tenaces.

Restera à éviter aussi des écueils : résister à la tentation d’accueillir d’autres niveaux de candidats au risque d’écarter ceux pour lesquels ces écoles ont été conçues et de retomber dans cet « entre-soi » atavique à la culture française. Et surmonter d’autres contraintes typiquement hexagonales : la logique d’abondement aux critères d’éligibilité des processus administratifs pour espérer quelques deniers publics en support. Une contrainte avant d’être une opportunité.

 

Adeline Descamps

 

 

 
Ces écoles d’un genre nouveau

 

La Web@cadémie

Le programme est sans doute l’un des pionniers dans la gratuité en faveur de ceux que l’on appelle les jeunes décrocheurs scolaires de 18 à 25 ans. Crée en 2010 par François-Afif Benthanane, l’entrepreneur à l’origine de l’association de tutorat solidaire Zup de Co intervenant auprès des enfants de milieux défavorisés, et Nicolas Sadirac, alors directeur de l’école d'ingénieurs Epitech, aujourd’hui directeur de la très médiatique École 42, la Web@cadémie forme en deux ans au métier de développeur Web, dont la seconde en contrat de professionnalisation

En 2016, sur 45 candidats retenus, 25 sont allés jusqu'au bout de la « piscine » et ont obtenu leur ticket d’entrée programme gratuit. Fin août 2016, 101 étudiants étaient sortis de ses rangs avec l’'équivalent d'un diplôme bac + 2. Pour l'heure, une seule antenne a vu le jour en province, à Lyon.

 

Simplon                      

La première « fabrique » sociale de codeurs a été créée en 2013 à Montreuil dans le sillage de la Web@cademy. Frédéric Bardeau, Erwan Kezzar, Andrei Vladescu-Olt et Victor Defontaine en sont les instigateurs et vont adapter les méthodes ultrasélectives des « boot camps » américains à l’économie sociale.

Agréée ESUS (Entreprise sociale d’utilité solidaire) par l’État, financée notamment par du mécénat d'entreprise et des subventions publiques, le réseau s’est déployé selon une logique d’essaimage géographique : chaque entité s’ancre dans son territoire, avec des acteurs locaux et son propre schéma d’action

Pour l’heure axées principalement sur le développement Web et mobile, les formations qualifiantes ou certifiantes vont se diversifier progressivement pour s’adapter aux besoins des entreprises et métiers en tensions : référent numérique, data, e-commerce, cybersécurité.

En mars dernier, la fabrique sociale des codeurs a bouclé une levée de fonds de 4,75 M€ avec la Caisse des dépôts et un pool d’investisseurs*. Un apport pout effacer la dette de 500 000 euros qui s’est accumulée au gré des implantations. 2016 aurait été le premier exercice bénéficiaire, selon un entretien aux Echos de Frédéric Barbeau, président de Simplon.co.

En quatre ans, 620 personnes ont été formées, avec un « taux de sorties positives à 6 mois » de 83 % : 61 % en emplois, 16 % en poursuite d’études ou de stages et 23 % en entrepreneuriat.

*A Marseille, la formation, dont le budget est estimé à 100 000 euros, est à ce jour financée par des partenaires publics, dont la préfecture des Bouches-du-Rhône dans le cadre du pacte pour la sécurité et la cohésion sociale à Marseille.

 

École 42

Elle doit sa notoriété à son mécène-fondateur, Xavier Niel, le patron de Free (qui est aussi à l’initiative de l'EEMI, école des métiers de l'Internet en 2011). Il a prévu un budget de 70 M€ dans cet « objet » non identifié au sein de l’éducation nationale : une école à durée indéterminée (entre 3 et 5 ans en fonction de leur progression), sans horaires (ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7), sans professeurs, sans cours théoriques (ils doivent acquérir la capacité d'aller chercher l'information là où elle se trouve), sans examens (car basée sur l’autoévaluation), sans diplômes exigés à l’entrée, sans titres délivrés à la sortie (une question sans pertinence pour le patron de Free : « Les attributs classiques du système éducatif ne nous intéressent pas. Pour une entreprise, c'est le savoir-faire qui compte ») mais avec un métier. Objectif : former, gratuitement, 1 700 développeurs.

La sélection s'opère via Internet suivie de la session « piscine », pendant laquelle les jeunes doivent résoudre une dizaine d’exercices par jour. L’école située dans le XVIIe arrondissement parisien inspire (elle a été visitée comme un objet de curiosité par Stanford, Berkeley ou le Massachusetts Institute of Technology) et essaime.

En mai 2016, un clone a ouvert au cœur de la Silicon Valley, près des campus Google et Apple moyennant un investissement proche de 100 M$ (88 M€) et respectant son principe de gratuité. Un événement dans un pays où « l’étudiant emprunte en moyenne 30 000 dollars pour financer ses études » selon ses promoteurs. Dans ces deux établissements, l’homme d’affaires aura consacré un peu moins de 2 % de sa fortune personnelle (si l’on s’en tient à l’estimation de Forbes, à 8,6 Md$).

Les fondateurs de Twitter, Snapchat, Jack Dorsey et Evan Spiegel, ainsi que  David Marcus, le vice-président de Facebook en charge de Messenger, lui ont immédiatement apporté leur soutien.

L’École 42 a en outre une petite sœur à Lyon : l’École 101, en référence à la trilogie « Matrix », elle même écho du roman 1984 de George Orwell (101 est la chambre dans laquelle Winston Smith subit un lavage de cerveaux). Elle ouvrira à la rentrée 2017 au cœur d'un campus numérique dans le nouveau quartier de Confluence, qui rassemblera en tout 17 formations.

« Actuellement, on estime qu’il y a entre 6 000 et 8 000 postes en tension dans la Région. 2 000 n’ont pas trouvé preneur les douze derniers mois de l’année dans la branche numérique », a argumenté Laurent Wauquiez, le président LR de région.

 

Wild code School

La Wild Code School a vu le jour en octobre 2014, à La Loupe, un bourg de 3 500 habitants. Même objet : le développement web et mobile. Même principe : gratuité, pas de niveau scolaire exigé, avec ou sans diplômes, des sessions courtes (5 mois avec possibilité d’un stage de 2 à 4 mois). Depuis, la Wild code school s’est implantée à Fontainebleau, Toulouse, Bordeaux, Lyon, Lille, Strasbourg, Orléans et Paris.

 

École d’ingénieur Télécom Saint-Etienne

Saint-Etienne est l’une des rares universités françaises, avec Rennes 1 et 2, l’IUT de Chambéry ou le CNAM, à avoir lancé (rentrée 2016) une formation (« Design Tech Académie ») pour des personnes en difficulté d’insertion professionnelle de moins de 26 ans, venant en majorité des quartiers prioritaires de la ville. À la différence des autres, la formation de 10 mois dont 4 en stage est validée par un diplôme universitaire.

 

École de la filière numérique

L’IMIE, spécialisée dans la formation de professionnels de l’informatique, créée en 1994 sur plusieurs campus de l’ouest de la France, propose trois parcours d’apprentissage de 18 mois dont 12 en alternance aux métiers de technicien réseau, help desk et de développeur logiciel pour les plus 18 ans. Elle les dispense à Rennes, Le Mans, Nantes, Angers, Caen, Paris, Laval.

 

École de la deuxième chance

Portée par la Fondation éponyme qui compte une petite cinquantaine de structures en France, elle s’adresse par définition à tous les jeunes « en sortie de route » de 18 à 35 ans. Un de ses établissements est labellisé par la GEN : Niort. Pour la première fois, en 2017, elle va ouvrir ses portes à des diplômés pour une formation au web durant 9 mois pendant lesquels ils seront amenés à plancher sur des projets numériques d’utilité sociale.

 

UHA 4.0

La formation au développeur web, portée par l'université de Haute-Alsace, s'adresse à des jeunes détenteurs du bac et permet d’obtenir une licence professionnelle délivrée par validation des acquis de l’expérience.

La pédagogie fonctionne en mode projet (pas de cours magistraux). La professionnalisation des étudiants est renforcée par une longue période de stage en entreprise (18 mois). Les promotions comptent une quinzaine d’étudiants. La formation n’est pas gratuite (4 000 € par année).

 

 

Les besoins et l’offre de formation aux métiers du numérique

 

Selon un rapport commis pour le comptes de 3 ministères  (Éducation nationale, Enseignement supérieur et Recherche ; Travail, Emploi, Formation professionnelle ; Economie, Industrie et du Numérique) rendu public en février 2016, les postes existants dans le champ numérique étaient estimés en France à 888 000 en 2012 avec déjà 27 000 non pourvus, soit un taux de vacance de 3 % (3,7 % au niveau européen).

Ce secteur est caractérisé par une forte proportion de cadres (les 2/3 des emplois) et un haut niveau d’études (50 % au niveau bac + 3).

Le taux d'emploi atteint 71 % (contre 62 % en moyenne), 87 % ont le statut de cadre (contre 56 % en moyenne) et 79 % ont un CDI (contre 50 % en moyenne). Le salaire moyen observé atteint 31 200 € contre 26 500 € tous secteurs confondus. Enfin, les femmes n’occupent qu’un emploi sur cinq du secteur.

Les emplois d’ingénieurs informaticiens se concentrent particulièrement en Île-de-France et, à un degré moindre, en Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Provence-Alpes Côte d’Azur et Bretagne.

La Commission européenne estime la pénurie de compétences dans le numérique en Europe à quelques 900 000 emplois vacants à l’horizon 2020.

En PACA

Quelques données clefs extrait du rapport « Les Métiers du numérique en région PACA. Quels besoins en compétences et en formations ? » établi par l’Observatoire régional des métiers et publié en octobre 2016 :

- 64 500 personnes en emploi, 3,4 % des emplois de la région.

- 9 emplois sur 10 localisés dans trois départements de la région : 42 % dans les Bouches-du-Rhône, 33 % dans les Alpes-Maritimes, 15 % dans le Var.


- 70 % des emplois du numérique concentrés dans 10 secteurs d’activité.

- 23 300 personnes en formation, soit 7 % des formés de la région

- 280 formations, soit 15 % des formations de la région 

- 66 % des formés sont des élèves et étudiants issus de la voie scolaire

- 20 % des formés visant un métier « cœur de métier » sont des demandeurs d’emploi en formation continue

- 17 % des formés visant un métier « périphérique » sont des apprentis

- Une faible présence de femmes (16 % pour 51 % toutes formations).

À noter que ces données datent car elles reposent sur des estimations de 2012 et 2013. Aussi, l'étude se heurte à une indisponibilité actuelle de certaines ressources concernant ces secteurs insuffisamment classifiés dans les répertoires des métiers.

 

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