Menu principal

04.12.2018 - Industrie | Innovation

Plastiques : derrière les déchets, un gisement d’industries

« Le plastique en mer Méditerranée : dépollution et recyclage, quelles solutions ? » était la thématique du « RDV de l’innovation et de l’industrie » du 3 décembre.

Mots clés : 
Imprimer cette page

En mêlant scientifiques, entrepreneurs et associations, la rencontre a permis aux participants de valoriser plusieurs initiatives locales, matures et émergentes…

« La Méditerranée représente 1% de la surface totale des océans mais elle concentre 7% des 5,25 mille milliards de fragments plastiques. Ces débris ne se détruisent pas et véhiculent des contaminants dans les systèmes aquatiques » explique Tosca Ballerini, coordinatrice des programmes scientifiques d’Expédition Med qui se définit comme « un laboratoire citoyen de sciences participatives » pour mener la traque aux matières plastiques. « On peut estimer à 637 m3 par saison en moyenne le volume de déchets plastiques flottant en région Sud » souligne pour sa part le docteur Isabelle Poitou, directrice de l’association Mer-Terre qui a créé en 2006 l’Observatoire des Déchets en Milieux Aquatiques (Odema), préoccupée que la quantité ne diminue pas.

Le 3 décembre, la CCI Marseille Provence, la Métropole Aix-Marseille-Provence et le Technopôle de Château-Gombert ont mis au programme de leur rendez-vous de l’innovation et de l’industrie « le plastique en mer Méditerranée, dépollution et recyclage ». Plusieurs dizaines de participants, de tous profils, se sont retrouvés dans l’enceinte de la Maison du Développement Industriel. Objectif : ne pas s’en tenir au dramatique constat, mais partager des pistes de solutions. Pour Philippe Zichert, membre élu de la CCIMP, « Nous sommes face à un enjeu écologique et industriel pour les 25 ans à venir. Notre territoire ne peut pas passer à côté. Pour diminuer le nombre de déchets, on peut favoriser la structuration et l’expansion de filières dans la récupération, le tri et le traitement qui permettent de revaloriser ces plastiques en matières premières. Toute une chaîne logistique peut s’agréger autour de ces activités ainsi que des unités industrielles pourvoyeuses d’emplois ». Les initiatives ne manquent pas sur la métropole…

Innovations à la clé 

A Gardanne, MP Industries croit en ce filon depuis 20 ans. Elle a développé une gamme de mobilier urbain, Mix Urbain, issue de plastiques 100% recyclés (polyéthylène, polypropylène) comme des bouchons, emballages, bacs de ville… « Nous avons de plus en plus de demandes, mais nous pouvons croître encore car notre capacité de production est au double de ce que nous faisons actuellement » explique Christophe Testa, le PDG.

Sarp Industries (Veolia) peaufine avec Innovaplast à Aubagne le projet Phoenix qui consiste à concevoir un seau spécifique pour déchets dangereux certifié UN* en plastique recyclé. « Ce serait une première mondiale » annonce Thierry Zarka, son directeur général à Rognac. Innovaplast a déjà investi dans l’outil de production et décroché un marché sur la réalisation de coques de sanibroyeurs.

Les plastiques sont recyclables aussi en textiles, comme le démontre Awahi qui élabore avec des bouteilles PET des produits techniques sportifs « écoconçus, polyvalents et made in France ». « Il faut 6 bouteilles pour un maillot de bain, 9 pour un legging et 94% d’eau consommée en moins pour la fabrication !» indique Sandra Passero.

A Aubagne, Iadys a lancé en juin son mini-robot électrique, JellyFishBot, pour collecter des déchets flottants dans les ports mais aussi des hydrocarbures. Cassis, Cannes lui font déjà confiance. Prochaine étape : le rendre autonome d’ici à 2020.

Palana Environnement travaille à la valorisation des filets de pêche hors d’usage.

Elargir les horizons

Outre de chercher des moyens de massifier les volumes collectés, Suez et Veolia œuvrent à de nouvelles technologies pour traiter les microplastiques en stations d’épuration.

Avec son projet Manta, The Sea Cleaners veut construire un bateau innovant, apte à collecter, compacter et stocker à bord les plastiques tout en se propulsant de manière écologique.

Plastic Odyssey rêve de systèmes locaux de revalorisation à bas coût de plastiques pour une réutilisation en matériaux de construction, en biocarburants… dans les pays les plus impactés par la pollution. Un prototype de machine de tri optique a été dessiné avec Pellenc ST (Pertuis).

A Port-Saint-Louis-du-Rhône, Eranova imagine les plastiques écologiques de demain : elle veut produire des résines totalement naturelles grâce à des microalgues cultivées en bassins. Son démonstrateur devrait être opérationnel pour l’été 2019. En perspective : « une unité industrielle de grande envergure » selon Philippe Lavoisier, son directeur général, qui voudrait la positionner en Provence…

*Homologation dédiée aux emballages de transport de matières dangereuses