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26.09.2016 - Industrie du futur

Henri-Fabre : Le défi de l’intelligence interfilières

Industriels, élus, représentants de l’État, acteurs académiques... étaient tous ce 23 septembre sur le technoparc des Florides à Marignane pour inaugurer le technocentre Henri-Fabre, la pièce centrale du projet de l’industrie du futur en Provence.

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Il l'a plutôt joué en sourdine jusqu’à présent. Ce 23 septembre, le projet Henri-Fabre* semble avoir franchi le mur du son médiatique. Il aura fallu quelques années et l’inauguration officielle de son « Technocentre », en présence d’élus et de grands patrons de l’ensemble du territoire, pour mettre un peu de lumière sur un « chantier » qui n’est rien d’autre que la contribution (locale) à ce que la France désigne sous le porte-drapeau « industrie du futur » et l’Allemagne sous l’étendard « industrie 4.0 ». Mais les deux appellations renvoient à une même dynamique, souvent balayée sous le tapis par incompréhension. Elle se réfère en fait à l’accélération technologique qui « chamboule » actuellement toutes les économies (et malmène les entreprises). Une déflagration qui se concrétise, dans l’industrie, par une course à l’usine flexible, intégrée, interconnectée, collaborative, mutualisée … grâce notamment à une utilisation intensive des technologies du « smart manufacturing » (usine intelligente) : robotique, impression 3D, fabrication additive, big data, simulation, réalité augmentée...

Pari de l’innovation collaborative

Le projet Henri-Fabre, qui s’étend un ensemble géographique de 175 ha et quatre zones d’activité, s’inscrit dans ce mouvement général mais en se polarisant sur la mécanique et l’advanced manufacturing (simulation, contrôle de procédés, nouveaux matériaux ou méthodes d’assemblage...), filière transversale à l’ensemble des secteurs industriels. Loin d’être anodin car dans des territoires en concurrence pour attirer savoir et capital, où la capacité d’innovation est l‘étalon-maître, Henri-Fabre peut faire la différence en faisant le pari de l’innovation collaborative entre filières (aéronautique, spatial, énergie, naval, médical..,), toutes présentes sur le territoire et incarnées de surcroît par des fleurons de l’industrie française : Airbus Helicopters et EDF, parmi les membres fondateurs, rejoints ensuite par DCNS, CEA, Thales Alenia Space, Safran, Dassault Systems, etc. (cf. dans la revue 3148 : Projet Henri-Fabre : une exception industrielle française).

C’est sans doute cette « concentration industrielle rare en France » selon ses promoteurs, à laquelle Guillaume Faury, le PDG d’Airbus Helicopters, faisait allusion dans son allocution quand il soulignait « le caractère différenciant » de ce projet « inscrit dans la construction métropolitaine » comme pour souligner la nécessité d’une alliance stratégique privé-public pour ce genre d’« ouvrage ».

Grand projet entrepreneurial pour créer le business de demain

C’est également à cela que devait songer Jacques Pfister, le président de la CCI Marseille Provence, parmi les artisans du projet, en évoquant « certes un grand projet entrepreneurial au croisement de ce que ce territoire peut produire de mieux en matière d’industrie en s’appuyant sur la chaîne de valeur de plusieurs filières d’excellence et qui va créer le business de demain en répondant aux attentes des grands comptes de l’industrie comme à celles des startups innovantes ». Mais peut-être plus encore « l’illustration de l’ambition économique de ce territoire dont témoigne le tour de table pas banal réuni aujourd’hui ».

La présence, en dépit de leur actualité sensible, de Guillaume Faury et Jean-Bernard Lévy, exécutifs « nationaux » des deux donneurs d’ordre-fondateurs d’Henri-Fabre, Airbus Helicopters et Edf, mais aussi des tout premiers représentants de la Métropole, de la Région, du Conseil Départemental et de l’État – Jean-Claude Gaudin, Renaud Muselier, Martine Vassal, Stéphane Bouillon -, restitue aussi au projet son capital d’incarnation. 

On a même aperçu dans l’assemblée Simon Babre, l'ex sous-préfet d’Istres, nommé l’an dernier à Paris à la sous-direction des personnels au sein du ministère de l’Intérieur, qui a longtemps incarné pour le compte de l’État cette ambition issue des Assises nationales de l’Industrie en 2009.

Aubaine pour des terres en reconversion

Martine Vassal, président du Conseil départemental, a justifié l’implication financière du Département (à hauteur d’un tiers), certes pour son « caractère inédit et novateur », mais aussi parce qu’il se loge sur un « territoire (les rives de l’Étang de Berre, secteur pétrochimique en reconversion, NDLR) qui mérite toute notre attention ».

Rappelant que Henri-Fabre s'inscrit dans la stratégie de filières que promeut la Région avec ses « 12 opérations d'intérêt régional » qui seront présentées en octobre, Renaud Muselier, son vice-président, y voit un « formidable outil industriel » permettant au territoire « d’attirer de nouvelles entreprises » et aux PME de « monter en compétences autour des nouveaux enjeux industriels ».

Une gageure au niveau de la formation

« Pôle d’excellence, industrie et technologies, ingénierie virtuelle et matériaux, approche interfilières prometteuse, emplois à valeur ajoutée … », a synthétisé Jean-Claude Gaudin, sur un sujet où on l’attend pourtant moins, pour motiver le soutien de la Métropole Aix-Marseille-Provence qu’il préside.

Le préfet de région Stéphane Bouillon a insisté pour sa part sur le volet formation (qui relève en effet de la gageure : établir une offre de formation collective sur la base des besoins des entreprises, de la logique interfilière et des enjeux : monter en compétences et accompagner les transitions industrielles).

Une vitrine de l’attractivité

L’instant a sans doute beaucoup de valeur pour ceux qui « usinent » depuis des années à le « vendre ». Selon Provence Promotion, le projet aurait généré une douzaine d’implantations d’entreprises depuis son lancement, dont six investisseurs étrangers « avec un impact de 165 emplois pour le territoire » (cf. encadré).

Quoi qu’il en soit, le monde économique s’impatiente ou du moins, il a des idées pour ...« accélérer le mouvement ». À l’heure où s’affirme la Métropole, rappelle Jacques Pfister, dont l’obsession pour l’attractivité du territoire est désormais bien connue, « il faudrait en quelque sorte modéliser cette expérience fondatrice pour faire rayonner encore davantage nos grands projets ». Et de renouveler une nouvelle fois à l’adresse de Jean-Claude Gaudin la proposition de la création d’un comité des grands projets métropolitains...

Adeline Descamps

*Outre les instititionnels (Etat, Caisse des dépôts, collectivités), le projet fédère des industriels, la CCI Marseille Provence, les fédérations professionnelles (UIMM, UIC, FIM...), 7 pôles de compétitivité et clusters (en lien avec les filières représentées), des académiques (Aix-Marseille Université, Nice-Sophia Université, Centrale Marseille, Arts et Métiers ParisTech, SeaTech, Mines Paris Tech...), des plateformes technologiques et des acteurs de l'emploi.

 

 

Pourquoi ils ont rejoint la communauté Henri-Fabre 

 

STTS (société du groupe toulousain Finaero qui chapeaute plusieurs entreprises spécialisées dans le traitement de surface, l’aménagement intérieur d’avions et hélicoptères et les harnais électriques) a décidé de localiser la R&D du groupe sur le Technoparc des Florides en prenant il y a quelques mois 100 % du capital de Expiris, société spécialisée dans l’expertise autour des métiers du traitement de surface pour les secteurs industriels (parmi ses références : Airbus Helicopters, la DGA, EDF, DCNS, ou encore la société gestionnaire de la Tour Eiffel ...).

« Il est évident que la dimension interfilières du projet a beaucoup joué dans notre choix d’implantation, et ce, en dépit des difficultés actuelles de notre principal client ici (Airbus Helicopters, NDLR) », explique Christophe Cador, président et CEO de Finaero. « En amont de notre installation, nous avons été reçus par des donneurs d’ordre. Ils nous offrent l’opportunité de nous mettre le pied à l’étrier, comme Airbus l’a fait à Toulouse, tout en ayant un intérêt économique. C’est du concret pour démarrer ».

C’est aussi la présence de plusieurs filières au sein d’un même écosystème qui a emporté la décision finale de la société russe SuperOx, positionnée sur une technologie de rupture dans la supraconduction qui permettrait de réduire jusqu'à 70 % le poids des câbles et des bobines et d’éviter les déperditions d’énergie. Une technologie que seules cinq entreprises maîtrisent à ce jour dans le monde, mais aucune en Europe. Marignane était en compétition avec Saclay, Grenoble et Toulouse.

Déjà partenaire d’Airbus, espérant équiper son futur avion électrique d'une nouvelle génération de produits, SuperOx cible d’autres applications dans le transport électrique. « Nous avons fait un mapping complet des sites en France », explique Cédric Etlicher, conseiller du groupe pour son développement en Europe. « Seuls Saclay et Marignane répondaient à nos exigences. Nous avons finalement opté pour ce territoire pour y installer notre centre de R&D en Europe. L’idée est d’en faire une plate-forme de réexportation. »

La France n’est pas une terre en friche pour la société russe, qui a déjà des « contacts avec divers instituts de recherche, notamment le CNRS et le CERN » et entrepris des démarches auprès de potentiels clients « EDF, GE Grid, Safran, DCNS ».

Depuis sa création en 2006 à Moscou par un Russe francophile et ex-ministre Andreï Vavilov, le fabricant de supraconducteurs a ouvert une entité au Japon, où il emploie 5 personnes. Celle de Marignane, en cours de création, devait employer dans un premier temps avec trois personnes.

A.D

 

Comment le Technocentre peut aider les entreprises à innover à moindre coût

Il a été inauguré ce 23 septembre mais il est déjà opérationnel depuis quelques mois. Une première configuration du bâtiment (2 600 m2) a été livrée en fin d’année dernière au sein de la ZAC des Florides à Marignane, où Daher a notamment installé son centre de logistique avancée (Control room), pour les besoins d’Airbus Helicopters et du programme ITER (programme d’expérimentation internationale autour de la fusion nucléaire). Le technocentre est appelé à se développer, par tranches, à 8 000 m2 puis à 16 000 m2 dans les 5 prochaines années.

 

« Quelle que soit sa taille, l’entreprise ne peut plus tout maîtriser seule. Le grand groupe a besoin de s’adosser à d’autres entreprises pour trouver des briques technologiques nécessaires à la construction d’une offre la plus différenciante et innovante possible. Il parie sur l’interfilière pour gagner en compétitivité et créer de la valeur. La PME, elle, a besoin, pour innover, de s’appuyer sur des moyens qu’elle n’est pas toujours en mesure d’acquérir », rappelle Stéphane Magana, directeur du projet Henri-Fabre.

L’idée est de donner aux entreprises l’accès à la carte et à moindre coût à un ensemble d’équipements de pointe et à des projets collaboratifs. Elles ont ainsi l’opportunité de faire la preuve d'un concept et de produire des préséries pour répondre dans de bonnes conditions économiques à des appels d’offre et/ou aux exigences des donneurs d’ordre.

Plateforme de moyens (R&D, ingénierie) et de ressources (équipements de pointe) sur les technologies industrielles innovantes (revêtements intelligents et multifonctionnels, technologies de fabrication et les procédés d’assemblage métalliques…) à la disposition des PME, il capitalise une offre d’une valeur de 12 M€.

Il loge également un laboratoire de caractérisation physico-chimique opéré par la société Expiris et, via Inovsys, une offre en prestations d’études et d’ingénierie pour répondre à des problématiques techniques complexes émanant souvent des donneurs d'ordre. La plateforme a une quarantaine de projets en portefeuille.

Il s’est enrichi en fin d’année de moyens de fonderie rapides d'alliages légers aluminium et magnésium que l'établissement d'Aix-en-Provence de l'École nationale supérieure des arts et métiers (ENSAM) a acquis en fin d’année dernière. Il a été complété par une plateforme dédiée aux matériaux composites au sein du Laboratoire de mécanique et acoustique (LMA) sur le campus de Château-Gombert à Marseille.

A.D