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31.01.2017 - FOWT 2017

Pourquoi la France pourrait avoir besoin de la Provence pour réussir dans l'éolien flottant

Au sein de la famille des énergies marines décarbonées, ayant raté le marché l'éolien en mer, la France mise sur la seconde génération : l'éolien offshore flottant. Une technologie que le territoire a identifiée depuis plusieurs années et qui n'est pas sans arguments pour contribuer à son émergence.

 

La France pense tenir sa revanche et elle a besoin de ses infrastructures portuaires, du savoir-faire de ses industries et de l’audace de startups pionnières pour « aller selon le vent » et rattraper son retard dans l’éolien en mer, domaine dans lequel elle a été incroyablement absente alors que le marché s’est développé en Europe (le continent concentre plus de 90 % de la capacité installée au niveau mondial) et a plutôt bien profité à ses voisins (Allemagne, Danemark et Royaume-Uni, en tête). Et ce, aussi surprenant que cela puisse paraître au vu de l’étendue de son domaine océanique (le deuxième au monde après celui des Etats-Unis, avec 11 millions de km2 d’eaux), de son statut de pionnière dans l’exploitation des marées à des fins énergétiques avec l’usine de La Rance (Ille-et-Vilaine) mise en service en 1966, de son tissu d’industriels dans des secteurs clés tels que la métallurgie, l’aéronautique, l’exploitation pétrolière et gazière offshore (dont les concepts ont inspiré les technologies éoliennes), les chantiers navals ou encore le génie marin.

Ainsi, les énergies marines renouvelables seraient aussi légères que l’air dans le bouquet énergétique global de l’Hexagone : 562 mégawatts (MW) en 2015 dont 10,3 gigawatts (GW) dans l’éolien (aucune turbine en mer si ce n’est à l’état de projets), loin derrière l’Allemagne à près de 45 GW et l’Espagne à 23 GW mais à quelques gigawatts du Royaume-Uni (plus de 13 GW). (cf. encadré).

Retard à l’allumage

La solution flottante de Ideol ©Ideol

Faute donc d’avoir loupé la première opportunité de l’éolien en mer, le pays entend passer sans transition à la seconde génération : l’éolien offshore flottant, la dernière-née des technologies utilisant le vent en mer, mais qui se distingue de son aîné à terre et de sa jumelle offshore « posée » sur le fond marin, car elles « flottent » au large à des profondeurs plus élevées (à plus de 50 m de fond, ce qui est le cas de beaucoup de mers du monde et a fortiori en Méditerranée). Celle dont on dit qu’elle représente l'avenir de la filière éolienne parce qu’elle permettrait de s’affranchir de toutes les griefs adressés à ses consœurs.

« L'éolien en mer fixe a connu un important développement depuis 15 ans mais il a ses limites. Il ne peut être installé trop loin des côtes, peut poser des problèmes d'acceptabilité, et ne permet pas d'exploiter les gisements de vent les plus intéressants. L’intérêt de la version offshore paraît évident : loin en mer, les vents sont plus forts et réguliers, ce qui alimentent mieux les machines. En outre, celles-ci sont invisibles depuis le littoral et consomment pas d’espaces », décline dans ses argumentaires Bruno Gescheir, directeur commercial et marketing chez Ideol. La société de la Ciotat (65 personnes) fait partie du cercle assez exclusif des pionnières en Europe à avoir développé des solutions « flottantes » de rupture qui intéressent précisément par leur facilité d'implantation moins onéreuse.

« Notre technologie répond aux problématiques de certains pays où la nature des fonds marins, même peu profonds, est trop complexe pour pouvoir y installer, à un coût optimisé, des fondations posées. C’est par exemple le cas pour certaines régions d’Écosse, pour le littoral méditerranéen dont les profondeurs dépassent rapidement 50 m, pour le Japon ou pour les États insulaires », défend la société créée en 2010 par Paul de La Guérivière, qui « vend » le fait que la plupart des opérations peuvent être réalisées au port comme l’installation de l’éolienne sur le flotteur, avant d'être remorquée sur site pour être ancrée grâce à un système d’ancrage à câbles.

« Cette fondation flottante de rupture est la seule technologie flottante à générer du chiffre d’affaires (3 M€ en 2015, Ndlr) et sera la première à équiper une éolienne en mer installée en France », expliquait Paul de La Guérivière à l’occasion d’un dernier échange.

L’entreprise, qui vient de signer avec le britannique Atlantis Resources pour développer 1,5 GW de projets d’éolien en mer flottant au Royaume-Uni, est aussi celle qui a remporté le premier succès à l’export de la filière en vendant en 2015 son concept de fondation flottante (Damping Pool) au Japon, où elle est partenaire d’Hitachi Zosen (Hitz), pour assurer l’ingénierie et la conception de deux démonstrateurs (l’un en béton, l’autre en acier), qui doivent être construits entre mars 2017 et 2018 dans la perspective d’équiper les futurs parcs commerciaux flottants que le gouvernement japonais souhaite voir installés à l’horizon 2030.

« Ce projet confirme aussi la capacité d’Ideol à fortement réduire les coûts de l’éolien en mer, mais également la performance de sa technologie dans les conditions météorologiques les plus exigeantes en raison des typhons », argumente Paul de la Guérivière, qui avant de créer sa société, était un spécialiste de la finance carbone, notamment en Chine.

Un élément non négligeable. Car si le vent est « gratuit », son exploitation a un coût. L'éolien maritime représente encore un investissement supérieur à son homologue à terre, qui serait devenu compétitif face aux énergies conventionnelles. D’après le rapport d’ORE Catapult, le prix de l’énergie éolienne en mer aurait baissé de 32 % depuis 2012, se stabilisant actuellement en deçà de 100 euros. Le rendre mature, c’est précisement l'enjeu des politiques publiques industrielles actuelles.

 

Quatre zones, un objectif

Le concept « Twinfloat » de Nenuphar ©Nenuphar

Ideol, tout comme la société lilloise Nenuphar Wind (mais très investie dans le territoire), que l’on a souvent tendance à ériger comme les deux archétypes de la filière offshore flottant (mais à la nuance près, la première conçoit des solutions flottantes, la seconde, des éoliennes offshore flottantes), sont toutes deux impliquées dans des programmes européens de R&D et/ou dans les fermes pilotes, dont les lauréats ont été désignés l’an dernier à l'issue des appels d'offres lancés par l'État français. Un objectif : expérimenter d’ici 2018-2020 le fonctionnement de fermes éoliennes offshores, avant d'éventuellement poursuivre leur exploitation pendant 15 ou 20 ans. Autant dire déterminant pour amorcer un déploiement en série et structurer une filière.

Pour la zone de Faraman, à quelques kilomètres de Port Saint-Louis du Rhône (une des quatre zones choisies avec leucate, Groix et Gruissan), le gouvernement a retenu le projet « Provence Grand Large » (PGL), porté par l'énergéticien EDF Energies nouvelles (EN), filiale d'EDF. A Leucate, le lauréat est le projet « Les éoliennes flottantes du golfe du Lion » (EFGL), porté par l'énergéticien Engie, la Caisse des dépôts et le portugais EDP Renewables, dont la technologie « WindFloat », sélectionnée par les partenaires, est développée par Principle Power (Aix-en-Provence) et construits par Eiffage Métal à Fos-sur-Mer.

Déjà investi dans le démonstrateur d’éolien flottant Floatgen, dont l’installation est prévue au large du Croisic et devrait être première éolienne en mer raccordée en France d’ici fin 2017, Ideol est cette fois associée à la société héraultaise Quadran autour du projet EolMed, une ferme pilote française de 4 éoliennes flottantes de 24 MW au large de Gruissan, dont la mise en exploitation est prévue en 2021.

Pas suffisamment prête pour équiper le démonstrateur du projet « Provence grand large », Nenuphar (42 personnes), cofondée en 2006 par Charles Smadja et Frédéric Silvert, n’en demeure pas moins un acteur clef du segment. Son premier prototype – moulin à vent haut de 50 m testé grandeur nature à Fos-sur-mer dans le cadre du projet Vertiwind – a depuis largement évolué et son nouvel « engin » baptisé « Twinfloat », « coûte 30 % de moins que les autres concepts flottants déjà développés, car elle produit 20 % d'électricité de plus que les éoliennes à axe horizontal. Et, surtout, le flotteur est moins cher à fabriquer et à installer que deux flotteurs pour deux éoliennes », indiquait-il dans Les Echos en juillet dernier.  

 

Une région précurseur au niveau national ?

La zone du Faraman une des quatre zones choisies pour acceuillir un ferme pilote d'éoliennes offshore flottant ©DR

Pourquoi la région (et la Région en tant qu'institution puisque le développement industriel de la filière offshore flottant figure parmi les orientations de la Stratégie régionale d’innovation) investit-elle dans un segment, encore peu mature et dont le développement est conditionné à … la preuve de sa faisabilité technique, à la réussite des parcs pilotes, à la baisse du coût du mégawatt, au niveau d’investissements dans la filière, à la réussite dans d’autres pays, à un assouplissement de la législation …

L’affaire ne date pas d’aujourd’hui. Dès 2014, estimant que « l’ensemble des compétences scientifiques, techniques et technologiques et industrielles nécessaires à la production de cette énergie renouvelable sont présents sur le territoire pour devenir précurseur en la matière au niveau national », avec en outre des moyens d'essais spécialisés et des sites naturels favorables à l'installation d'éoliennes offshore flottantes comme le centre d'essais Mistral à Fos-sur-Mer, la CCI Marseille Provence et le pôle Mer Méditerranée ont initié un premier rendez-vous sur l’éolien offshore flottant à Marseille, d'abord scientifique et technologique et assez local. C’est cet événement qui est devenu aujourd'hui le Floating offshore wind turbines, (FOWT) qui se tiendra en mars prochain au Pharo à Marseille (voir plus bas), où se pressent 500 participants en provenance de 14 pays. Un événement qui se revendique unique en Europe par sa taille et sa dimension.

Outre les avantages géoclimatiques incontestables pour l’éolien flottant du Golfe du Lion entre Perpignan et Marseille et le poids du tissu d’entreprises (le Pôle Mer PACA en avait identifié 400 entreprises sur la chaîne de valeur de la filière, dont 171 entreprises régionales)*, l’étude, réalisée récemment par l’Agence régionale pour l’innovation et l’internationalisation des entreprises (ARII) en vue d'alimenter sa feuille de route, apporte d'autres éléments quant au positionnement du tissu industriel régional sur l’ensemble la chaîne de valeur (analyse sur une dizaine de briques technologiques).

Elle confirme d'abord un potentiel, celui « du marché méditerranéen disponible », chiffré à 690 M€ en 2025. « Pour une ferme méditerranéenne, près de 40 % de la valeur ajoutée d’un parc pourraient être captés par les sociétés régionales. Cela représenterait pour le marché méditerranéen 267 M€ en 2025 », indique l'étude.

Quant aux briques technologiques apparaissant comme les plus accessibles pour le territoire, l'analyse relève notamment des atouts dans « l’exploitation et la maintenance des éoliennes ainsi que l’installation des câbles et l’ingénierie sous-marine »  et « un fort potentiel » sur les flotteurs (« beaucoup d’entreprises de génie civil sont présentes dans la région avec les compétences adéquates pour réaliser des structures flottantes en béton ») et les études de sites.

Réservoir d'énergies inexploitées

L’étude ne le dit pas. Mais il y aurait aussi sans doute, au vu des verrous technologiques qui restent à lever (dans les matériaux, la furtivité électromagnétique et aérodynamique, la gestion de l’intermittence, les capteurs…) des opportunités pour les entreprises en pointe dans ces domaines. Et des passerelles à imaginer vers  les réseaux intelligents » (ou « smart grids »). Et des connexions avec la plateforme d’innovation Innovex, logée au sein de la démarche d’économie circulaire Piicto, pour valider certaines briques technologiques, ainsi qu’avec le démonstrateur Power-to-Gas dont la construction va démarrer prochainement sur la zone industrialo-portuaire pour les espoirs technologiques qu’il porte en termes de stockage d’électricité.

Et peut-être aussi des liens avec le projet Henri Fabre, dynamique interfilière spécialisée dans la mécanique, matériaux et procédés du futur. Son simili équivalent nantais, l’IRT Jules Vernes, fait déjà partie des acteurs clefs de ce segment ...visiblement porteur d'énergies inexploitées...

Adeline Descamps

* CNIM, Eiffage, DCNS/Vinci, Ideol, Fouré Lagadec, Bardot Group, Chantier Naval de Marseille, Fouré Lagadec, Le câblage français, Powersea, Geocean, iXSurvey, Ponticelli, Mediaco, Foselev, DAHER, Bourbon Offshore 
 JIFMAR Offshore Services, Subsea Tech…

 

 

FOWT : Des rendez-business en marge

Plus de 500 participants en provenance de 14 pays sont attendus à Marseille les 15 et 16 mars prochain pour la 4e édition de FOWT (Floating offshore wind turbines), conférence internationale dédiée à l’éolien offshore flottant née sur une initiative en 2014 de la CCI Marseille Provence et du Pôle Mer Méditerranée en partenariat avec France Energie Eolienne. L’événement, qui se dit unique en Europe, est un temps fort de la filière, à la fois arrêt en instantanée sur l’état des recherches, des développements technologiques et commerciaux de cette filière industrielle en émergence, mais aussi un rendez-vous business.

En marge de la convention, la CCI Marseille, le Pôle Mer Méditerranée, FEE et le réseau EEN Méditerranée, organisent des rencontres BtoB pour offrir l’opportunité à des fournisseurs de rencontrer les acheteurs des grands donneurs d’ordre, notamment des lauréats des fermes pilotes françaises. Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 7 mars 2017 ici

Rappel :

15 et 16 mars Parc Chanot, Marseille 

Programme ici

 

 

Aucune éolienne au large mais des projets en France

Au sein de la grande famille des énergies marines décarbonnées (marémotrice issue du flux et reflux des marées, hydrolienne issue des courants, houlomotrice des vagues et de la houle, thermique, de la chaleur des océans, ou osmotique, de la salinité), l’Hexagone demande ... l’éolien offshore flottant. Certes un peu en partie pour combler son retard à l’allumage sur l'éolien en mer dans sa version posée sur le fond marin.

Pourtant, il faut remonter à 2009 pour trouver les premiers élans en faveur de la production d'énergies marines renouvelables. Notamment avec un discours resté célèbre sur la politique maritime prononcé au Havre en 2009 par un ex-président de la République, Nicolas Sarkozy - « L'effort d'équipement de la France en énergies marines doit enfin décoller ». Depuis, le Grenelle de l'environnement et autres feuilles de routes énergétiques se sont succédés jusqu’à la mise en œuvre de la toute récente programmation pluri-annuelle de l'énergie (PPE). Dernier objectif émis : 25 GW installés d’énergie éolienne, dont 6 GW d’éolien offshore d’ici 2020.

Toujours est-il que l'État a émis ses premiers appels d'offres pour des champs d'éoliennes offshore en 2011. L'Hexagone ne compte donc toujours aucune éolienne en mer, si ce n’est à l'état de projets, dans six sites en mer du Nord et sur les côtes bretonnes notamment. Et elles auront encore quelques obstacles à franchir pour entrer en exploitation : recueillir l’adhésion des riverains, des pêcheurs, des élus (et éponger les nombreux recours), venir à bout du maquis administratif, jongler entre les dispositions du code de l'environnement, de l'urbanisme et du domaine public maritime, survivre à l’instabilité de tarification de l’électricité sans parler du défi commercial pour rendre cette énergie compétitive par rapport à d’autres...

 

L'éolien en data

 

- 3 589 éoliennes offshore (81 parcs) étaient reliées au réseau électrique européen fin 2015. Elles cumulent une puissance de 12,8 MW.

- Le total de puissance installée en Europe atteint les 142 GW dont 131 GW onshore et 11 GW offshore, concentrés dans 6 pays : Royaume-Uni, Danemark, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suède.

- L’éolien a représenté cette année 44 % de la puissance installée, toutes nouvelles énergies renouvelables confondues. Et la part de l’éolien en mer a doublé entre 2014 et 2015 (de 1,447 à 3,035 GW) alors que l’éolien à terre est passé de 10,591 à 9,766 GW. Soit une production de 315 TWh d’électricité.

- Avec une puissance de plus de 15,6 GW raccordés en 2016, la France a affiché une croissance de 45 % par rapport à 2015.

- Le parc mondial s’élève à plus de 432 GW fin 2015 (+ 17 %). Le marché mondial est tiré par l’Asie : la Chine a installé l’année dernière 30,5 GW (la moitié de la progression mondiale).

- Parmi les acteurs clés actuels :

Entreprises : Akuo Energy, Alstom Hydro Power, Areva, BeAM, Boralex, DCNS, EDF, Eole-RES, Eolfi, Fouré Lagadec, FrancEole, Ideol, Leroy Somer, Nass & Wind, Nenuphar Wind, Neonen, Nexans, Plastinov, Quadran, Rollix, Saipem, STX, Vergnet, Vinci Energies, Voltalia...;

Recherche : IRT Jules Verne, FEM, Supergrid, IFPEN, IFREMER, et les pôles de compétitivité : Capenergies, Pôle Mer Bretagne Atlantique, Pôle Mer Méditerranée

(Sources : Association WindEurope, ADEME, FEE)

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