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18.09.2017 - Etude

Pourquoi les entreprises industrialo-portuaires ne sont pas des entreprises comme les autres ?

Qui sont-elles, ces entreprises composant le complexe industrialo-portuaire de Marseille-Fos ? Où se situent les centres de décision ? Pourquoi sont-elles plus exportatrices que la moyenne des entreprises du territoire ? La dernière analyse du secteur datait de 2007. Mise à jour.

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La dernière radiographie du secteur datait de 2007. Le Grand Port Maritime de Marseille et la direction régionale de l’Insee de Provence-Alpes-Côte d'Azur sont à l’initiative d’une nouvelle étude passant au tamis le cluster industrialo-portuaire de Marseille-Fos.  Une enquête à laquelle l’Union maritime et fluviale (UMF) et la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence ont contribué. Elle révèle des enseignements inattendus.

 

Huit emplois sur dix à Fos-sur-Mer

Dans les Bouches-du-Rhône, 1 475 établissements sont insérés dans la chaîne d’activité portuaire, relevant de l'une de cinq grandes familles professionnelles : les services aux navires et la logistique maritime, les services à la marchandise et la logistique terrestre, les industriels, les services de support et les acteurs publics. Fin 2013, ce cluster employait 40 230 salariés, dont plus de la moitié concentrés sur deux territoires : l’un, dans le périmètre géographique portuaire des bassins Ouest et l'autre, à Marseille. Dans le champ des secteurs marchands, l’activité industrialo-portuaire (hors acteurs publics) représente ainsi 7,5 % des emplois salariés du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille Provence.

Cette moyenne occulte le poids dominant que l’activité génère dans certains bassins : 8 emplois sur 10 à Fos-sur-Mer et 7 sur 10 à Port-Saint- Louis-du-Rhône. À̀ Saint-Martin-de-Crau, dans le 2e arrondissement de Marseille et à Berre, il s’agit d’un emploi sur deux, et à Port- de-Bouc et Martigues, d’un sur quatre.

 

Pourquoi les salariés du cluster sont-ils plus mobiles ?

Les bassins portuaires de Marseille captent l’essentiel des déplacements domicile-travail des salariés du cluster, 8 sur 10 ne vivant pas dans la commune où ils travaillent. Aussi 7 000 salariés du cluster ont ainsi pour résidence principale une commune située hors du département (Var, Gard, Vaucluse et Corse).

Les questions récurrentes liées aux déplacements et aux transports, talon d’Achille du territoire, se posent donc avec une acuité particulière pour l’activité industrialo-portuaire : l’attractivité dépend donc en partie de la mobilité. Où résident-ils ? Les cadres se localisent principalement à Aix-en-Provence, dans les 12e, 8e et 9e arrondissements de Marseille. Les professions intermédiaires optent davantage pour le pourtour de l’Étang de Berre, proche des grands établissements industriels. Fos-sur-Mer, Port-de-Bouc, Miramas, Arles, les 13e et 15e arrondissements de Marseille accueillent proportionnellement davantage d’ouvriers.

Comment se répartissent les emplois industrialo-portuaires sur le territoire ?

La zone de l’Audience, à Fos-sur-Mer, orientée vers la métallurgie et portée par ArcelorMittal, compte le plus grand nombre d’emplois salariés (3 130). Elle jouxte la plate-forme industrielle et d’innovation Caban Tonkin (Piicto), située sur le môle central de Fos (1 720 emplois industriels.

Plus à l’Est, une zone largement dédiée à la pétrochimie s’étend autour d’Arles (1 110 emplois dont 420 dans les industries pétrolières). La plate-forme de Lavera à Martigues abrite principalement des activités chimiques et pétrochimiques (2 580 salariés). Les trois dernières zones sont moins industrielles : au Nord de Fos-sur-Mer, un pôle dédié à la logistique et supply chain rassemble 2 010 emplois.

À l’Ouest, le pôle conteneurs, partagé entre Fos et Port-Saint- Louis, se consacre essentiellement à la logis- tique de ce type de trafics (1 450 emplois). Le bassin autour de Martigues et Port-de-Bouc est davantage orienté autour des services aux navires et de la logistique maritime (au total 560 emplois).

À Marseille, 7 zones totalisent 12 500 emplois industrialo-portuaires mais elles moins spécialisées que celles des bassins Ouest : on y trouve des services de supports (1 160 emplois), les opérateurs de terminal portuaire (380) et la réparation navale (140).

Plus au nord, la zone de Mourepiane - Saumaty (880 emplois), qui englobe le pôle conteneurs du bassin Est, se caractérise par une forte présence des services à la marchandise et de la logistique terrestre (340 emplois). La zone couvre aussi le port de pêche de Saumaty ainsi que les grandes formes de réparation navale.

Quatre autres espaces sont des zones arrière-portuaires : Joliette-Arenc, principalement dédiée aux services aux navires (sièges sociaux des armements, agents maritimes...). Les armateurs y emploient notamment 4 600 des 6 060 emplois salariés. Allar-Le Canet (620 emplois) s’occupe essentiellement de services aux marchandises et de logistique terrestre (transitaires notamment) et abrite également un projet innovant dans le domaine de l’énergie marine ; les 14e et 15e arrondissements (1 520 salariés) associent services aux marchandises (transitaires, transporteurs routiers) et industrie (surtout alimentaire), quand le 16e arrondissement (660 emplois), en arrière des terminaux à conteneurs, couple services aux marchandises et services aux navires (agences maritimes).

Les employés du cluster industrialo-portuaire sont-ils des salariés comme les autres ?

Des hommes. Des ouvriers qualifiés et des cadres. Vingt professions dominantes Une qualification notable ...

Les salariés du cluster industrialo-portuaire auraient un profil assez typique des employés de l’industrie : les hommes y sont largement majoritaires (79 % des salariés du cluster sont des hommes contre 56 % dans l’ensemble des Bouches-du-Rhône). En moyenne, l’employé du cluster industrialo-portuaire est âgé de près de 41 ans.

Par tranche d’âge, le cluster 
ne départ de l’ensemble du territoire, tous secteurs confondus : les 55 ans ou plus représentent 14 % du bataillon (13 % dans le département). Naturellement, selon les familles professionnelles, les répartitions sont plus ou moins contrastées.

Par catégorie socioprofessionnelle, les ouvriers apparaissent surreprésentés - 4 emplois sur 10 -, dont un tiers « qualifiés », soit 14 points de plus que la moyenne. Également dominants mais dans une moindre mesure toutefois, les cadres et les professions intermédiaires : respectivement 3 points et 6 points de plus par rapport à la moyenne départementale. Dans les services aux navires et la logistique maritime, en particulier, un quart des salariés sont des cadres ou exercent une profession intellectuelle supérieure, à cet égard largement supérieur à l’ensemble des Bouches-du-Rhône avec 10 points de plus.

Par ailleurs, la diversité des métiers exercés reste relative dans la mesure où si 345 professions sont représentées, une vingtaine d'entre elles rassemblent plus de 45 % des salariés.

L’emploi du cluster serait aussi plus qualifié que la moyenne. Un diagnostic, réalisé par l’Observatoire régional des métiers et la Maison de l’emploi de Marseille, note notamment une tendance à la montée en qualifications.

 

Pourquoi les emplois sont-ils mieux valorisés ?

Tous postes confondus, le salaire horaire net médian s'établissait en 2013 à 15€ dans le cluster industrialo-portuaire contre 11,7 € dans le département. Un écart qui se justifierait par un niveau de qualification supérieur à la moyenne départementale et par la présence marquée des activités industrielles, où les salaires horaires sont plus élevés.

Sans doute les spécificités dans les pratiques de rémunération des entreprises maritimes, portuaires et industrialo-portuaires, en partie liées à la technicité des métiers et aux conditions particulières d’exercice de certaines professions (métiers à risques, pénibilité, travaux de nuit, etc.) jouent dans ce différentiel. Les écarts entre hauts et bas salaires horaires s’inscrivent toutefois dans la moyenne des Bouches-du-Rhône : entre les 10 % des salaires les plus hauts et les 10 % les plus bas, l’écart varie du simple au triple.

 

Les entreprises du secteur sont-elles des entreprises comme les autres ?

Peu de TPE. Des États-majors domiciliés hors département. Un rayonnement extérieur large. Un rayonnement extérieur large

 En moyenne, les établissements du cluster concentrent 27 salariés (contre 2,6 pour l’ensemble du territoire et 7 pour l’industrie). Par ailleurs, plus de trois sur quatre travaillent sur des sites regroupant au moins 50 salariés (contre moins d’un sur deux dans le département). Près de 3⁄4 des emplois sont enregistrés dans des entreprises multinationales (contre la moitié en moyenne dans les Bouches-du-Rhône). Il ressort une spécificité notable du cluster : la très faible présence des entreprises de moins de 10 salariés, catégorie pourtant dominante en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Sept emplois sur dix dépendent de centres de décision situés en France, résultat nettement inférieur à la moyenne observée dans les Bouches-du-Rhône (9 sur 10). Si 4 emplois sur 10 restent affiliés à un siège en région, il y a néanmoins 3 emplois (sur 10) qui relèvent d’une base hors de l’Hexagone, principalement en Europe. C’est particulièrement le cas de la « famille » industrielle. Les entreprises des services aux navires sont autant internatio- nalisées mais les centres de décision restent largement nationaux (voire locaux, à l’instar de CMA-CGM.

En France, 15 000 emplois salariés extérieurs au cluster sont contrôlés par les centres de décision du cluster. La moitié est concentrée dans 3 régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur (hors du cluster, et notamment hors des Bouches-du- Rhône), la Normandie (qui abrite les Grands Ports Maritimes du Havre et de Rouen) et la voisine Occitanie. À l’étranger, les emplois salariés dit contrôlés sont estimés à 16 800 (en équivalents temps plein), dont un tiers en Asie.

Seulement 10 % des emplois salariés du cluster travaillent pour une entreprise non exportatrice (contre 40 % en moyenne dans les Bouches-du-Rhône). 40 % des emplois dépendent d’entreprises réalisant plus de la moitié de leur chiffre d’affaires déclaré en France auprès de clients étrangers. Par familles de métiers, seuls les services de support restent peu ouverts à l’export.

 

A.D

 

NB : L’étude n’a intégré que les établissements dont l’activité est pleinement liée à l’activité industrialo-portuaire et n’intègre donc pas ceux dont l’activité est faiblement liée à la chaîne d’activité portuaire. Par ailleurs, les emplois intérimaires, non-salariés (professionnels libéraux et indépendants) et les travailleurs détachés n’ont pu être comptabilisés. Ils sont estimés à plusieurs milliers d’emplois. 

Pour rappel, la chaine d'activité portuaire est définie comme la somme des grandes familles professionnelles suivantes : services aux navires et logistique maritime (armateurs, agents maritimes, conducteurs en douane, opérateurs de terminal portuaire, pilotes, avitailleurs de navires …etc.) ; industries localisées à proximité des terminaux portuaires et/ou utilisant ceux-ci comme support logistique principal (pétrochimie, métallurgie,réparation navale etc.) ; services de support (GPMM, assureurs et experts maritimes, douanes, services sanitaires, associations professionnelles etc.)