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30.03.2016 - Entreprises

ITER : Montée en puissance dans les contrats attribués

Fusion for Energy (F4E), l’organisation européenne gérant la contribution de l’Europe au projet ITER de Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, a attribué fin mars trois nouveaux contrats d’un montant de 140 M€ au total, dont 80 M€ pour le Varois CNIM. Point sur les contrats. Etat du chantier.

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Montée en puissance depuis le depuis de l'année des marchés alloués dans le cadre du programme de recherche internationale ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), plus grande installation expérimentale de fusion jamais réalisée au niveau mondial et qui vise rien de moins qu'à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l'énergie de fusion (cf.encadré).

Le 30 mars, trois contrats pour une valeur de 140 M€ ont été attribués, dont 80 M€ au bénéfice du groupe varois Constructions Industrielles de la Méditerranée (CNIM) et 60 M€ en faveur du groupe de BTP Spie Batignolles.

En février dernier, un marché de 30 M€ était emporté par un consortium franco-espagnol, constitué par la société madrilène Elytt Energy de Madrid et les filiales Alsyom et SEIV du groupe français Alsen pour la fourniture des outillages de manutention et d'imprégnation nécessaires à la fabrication des aimants (qui seront utilisés dans le dispositif de fusion) des bobines de champ poloïdal (lesquelles maintiendront la forme et la stabilité du plasma d'ITER), dont la plus grande affiche un diamètre de 25 m et pèse entre 200 et 400 tonnes. C'est précisément en raison de leur diamètre et de leur poids que quatre des six bobines seront fabriquées dans l'installation tandis que les deux autres seront livrées sur le site pour y être testées.

La construction du bâtiment de 252 m de long destiné à les accueillir avait fait, lui, l’objet d’une signature avec un groupement comprenant Spie Batignolles, Omega Concept (groupe Engie) et Setec, groupe spécialisé en ingénierie et conseils dans les services, les transports et l’industrie.

Contrats de longue durée

Un des deux contrats qui vient d’être signé avec CNIM concerne également l'installation accueillant les bobines de champ poloïdal et devrait durer pendant au moins quatre ans. Le constructeur varois de systèmes industriels, qui a connu une année 2015 difficile (CA en baisse de 8,1 % à 727 M€) en raison notamment d’ajournements de contrats et d’échéances de chantiers, sera chargé de la fabrication de quatre des six bobines à fabriquer sur le site de Cadarache.

L’ensemblier industriel, qui a terminé l'année 2015 sur un carnet de commandes (en baisse) d'un montant de 631,1 M€, soit un peu plus de 10 mois d’activité, emporte en outre un second marché. D’une durée de 7 ans, celui-là porte sur la réalisation d’une sonde optique de haute technologie combiné à un système robotique afin d’assurer les contrôles à l'intérieur de la machine ITER. Pour Philippe Demigné, membre du directoire de CNIM et président de Bertin Technologies, ces contrats « consacrent le savoir-faire de CNIM dans le domaine des grands instruments scientifique ».

Les entreprises françaises, principales bénéficiaires

En charge de la construction des 39 bâtiments scientifiques de la plate-forme de Cadarache, F4E, seule agence domestique parmi les 7 nations membres (Chine, Corée, États-Unis, UE, lnde, Japon et Russie) à pouvoir engager des fonds (les autres pays contribuent en nature, en faisant fabriquer des composants de l’installation), a par ailleurs fait du groupement constitué de Spie batignolles (via ses trois filiales Spie batignolles TPCI/Spie batignolles sud-est et Valérian) et d’ADF l’allocataire d’un lot de 60 M€ relatif à la fourniture des réseaux d'électricité et hydrauliques des installations ainsi que les travaux routiers reliant tous les bâtiments.

Le groupe de génie civil, dont le carnet de commandes supérieur à 1,6 Md€ s’établit à près d’un an d’activité, n’en est pas à sa première « affaire » à Cadarache. Il avait conçu et réalisé le bâtiment de bobines de champ poloïdal, la première infrastructure du site en construction, a précisé Guillaume Galant, Spie batignolles TPCI.

Pour rappel, sur une enveloppe de plus de 6,5 Md€ déjà engagés, l’Europe a déjà accordé plus de 3 Md€, dont les entreprises françaises ont bénéficié à hauteur de plus de 2 milliards. Les sommes dépensées à ce jour concernent des composants technologiques de la machine, mais aussi le génie civil (cf : ITER : Trois marchés, des opportunités pour les PME).

Les travaux avancent

Sur le site de Saint-Paul-Lez-Durance, le chantier avance. Courant décembre, 12 des 54 segments du cryostat (qui forme l’enceinte sous vide enveloppant le réacteur Tokamak), réalisés par le géant industriel Larsen & Toubro Ltd, ont été livrés par l’agence domestique indienne (ITER-India). Les opérations de soudage du cryostat sont prévues au cours de l’été 2016.

L’entreprise NKM Noell (filiale du groupe Réel implanté près de Lyon) a commencé à travailler sur les 22 poutres dans le hall d’assemblage qui maintiendront les rails des ponts roulants pouvant soulever 750 tonnes chacun.

S’agissant du bâtiment tokamak, indique l’agence européenne, « le béton coule régulièrement pour la construction des murs externes et de la dalle constituant l’entresol entre les méga-poteaux et le mur d’enceinte protectrice de trois mètres d’épaisseur. La forte densité d’armatures métalliques de cette enceinte nécessite une opération complexe ce qui a nécessité an de mise au point technique pour les entreprises VFR et Lafarge ».

Convois exceptionnels

Le plus spectaculaire demeure néanmoins le transport des énormes poutres d’acier qui ont transité par convois exceptionnels de 67 m de long par les routes de l’itinéraire dit ITER, de Berre l’Étang jusqu’au site de Cadarache, durant plusieurs nuits courant mars (photo). Il s’agissait d’ailleurs du plus long acheminement attendu parmi les quelque 230 prévus (la logistique est assurée par le groupe Daher cf. Daher, orchestre du puzzle énergétique)

Fabriquées par le groupe lyonnais Réel, spécialiste des systèmes complexes de manutention intégrés, ces poutres sont les éléments essentiels des systèmes de levage qui seront installés dans le hall d’assemblage en cours de construction. Composé de deux ponts roulants indépendants montés sur des rails installés sur les quelque 175 m de long des deux bâtiments (tokamak et assemblage), ils seront capables de soulever des charges atteignant 1 500 tonnes.

La fusion versus fission

Au-delà de l’attribution de marchés et de la création d’emplois, le programme de recherche est avant tout une inédite collaboration internationale (sept partenaires), dont le défi technologique vise l’élaboration d’une nouvelle source d’énergie abondante, décarbonée et en majeure partie recyclable par le procédé de fusion (par opposition à la fission qui est aujourd'hui complètement maîtrisée).

Le pari est à la mesure des fonds qui lui sont alloués (le coût final devrait flirter avec les 15 M€). La gageure est aussi industrielle, de par son patchwork d’organisation, qui fait de chaque pays partenaire le responsable de composants à fournir. Un peu à la façon du puzzle européen initié par Airbus.

A.D

International Thermonuclear Experimental Reactor en quelques mots

Il s’agit de prouver la faisabilité scientifique et technique de la fusion par confinement magnétique dans une installation de type tokamak (chambre torique destinée à contrôler un plasma). ITER sera la plus grande installation expérimentale de fusion jamais construite. La fusion est à l’origine de l’énergie du soleil et des étoiles : quand des noyaux d’atomes légers fusionnent pour former des noyaux plus lourds, une grande quantité d’énergie est libérée. ITER devra prouver qu’il est possible de générer dix fois plus de puissance que ce qui est injecté dans le système, autrement dit, devra générer 500 MW en ne recevant que 50 MW de puissance pour chauffer le plasma. Objectifs : démontrer, d’ici à 2030, que cette production d’énergie est possible sur des temps longs. Un premier prototype devrait permettre ensuite de valider la génération d’électricité en continu ainsi que la production de tritium à partir de lithium à l’intérieur du réacteur même. Et ainsi, disposer en 2050 d’une installation de fusion nucléaire préindustrielle.

 

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