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03.09.2015 - Entreprises

La révolution numérique des entreprises, c’est ... maintenant

La numérisation des entreprises ? Un passage obligé. Qui est concerné ? Tous, grands groupes, ETI, PME, TPE, et dans tous les secteurs. Mauvaise nouvelle ? Il va falloir changer de culture d’organisation. La bonne ? Des gains de compétitivité.

Souvent, la contrainte (de nouvelles formes de concurrence) a précédé le passage à l’acte. Longtemps, selon les cabinets conseils et économistes, les entreprises françaises ont été dans une forme de « déni » à l’égard de la numérisation de leur entreprise, réduisant cette expression au fait de disposer d’un site Internet ou d’e-commerce ou d’être une start-up ou actif sur les réseaux sociaux.

« La transformation numérique ne se réduit pas à un support et à de la technique », insiste Henri Hamon, économiste à la CCI Paris Ile-de-France, auteur de « La transformation digitale des entreprises : de la stratégie à l'organisation » et de « Le numérique, levier d'une nouvelle croissance ». « Il y a un changement plus profond qui impacte l’ensemble de l’organisation d’une entreprise. »

Tous les théoriciens du phénomène (ils commencent à être nombreux) le relèvent : « L’essor des technologies numériques constitue pour les entreprises une rupture historique, par son ampleur et sa rapidité, par rapport aux référentiels existants. Il reconfigure leur environnement externe (demande, intensité concurrentielle) et interne (processus, organisation). Il touche l’ensemble des activités économiques, rend obsolètes certains modèles économiques, en engendre de nouveaux. »

Agilité numérique

Les entreprises en sont plutôt conscientes puisque les 3/4 des 500 entreprises sondées pour les besoins d’une étude qui fait désormais référence sur le sujet* considèrent les technologies numériques comme une opportunité, 9 % comme une menace, et 8 % comme une opportunité et une menace simultanées. D’après cette même étude, l’intensification de la concurrence pourrait menacer, selon les secteurs, entre 10 et 40 % de résultat opérationnel des entreprises mais si elles se saisissent des technologies, elles pourraient améliorer leur résultat opérationnel de 20 à 50 %. Tout dépendra donc de leur agilité...

Fossé numérique entre les Français et les entreprises

Si la France se classe plutôt bien pour la pénétration du haut débit ou le taux d’équipement des smartphones, le basculement n'aurait pas encore eu lieu dans les entreprises. C'est que note le statisticien européen Eurostat : les entreprises tricolores affichent en moyenne une bonne connectivité à Internet mais atteignent à peine la moyenne européenne sur l’adoption d’outils sophistiqués (type outils CRM ou de management de la supply chain) et sont à la traîne sur les technologies apparentées (Internet mobile, cloud computing, Internet des objets, analyses Big Data, robotique avancée...).

« 59 % des Français achètent en ligne, mais seulement 11 % des entreprises vendent en ligne », résume une étude de Cap Gemini McKinsey.

Pour évaluer le stade de développement de l’économie numérique en France, les cabinets de conseil en stratégie ont comparé la France à 12 autres pays, représentant plus de 70 % du PIB mondial. En termes de contribution du numérique au PIB total (cf. indicateurs clefs, plus bas), la France reste plusieurs longueurs derrière les pays, pointant au 8e rang. L’Hexagone apparaît surtout en décrochage sur les usages numériques au sein des entreprises, en se classant 9e en matière d’investissements numériques privés, avec un poids de 2,3 % (à titre de comparaison, les États-Unis se situent à 5 %).

Rigidités organisationnelles en cause

Sondés sur ce point  (panel de 500 entreprises dont 325 PME), les dirigeants français imputent leur retard à des « rigidités organisationnelles » : certes, avec une organisation en silos, les entreprises nationales ne sont pas les mieux armées pour épouser ce nouveau « working model » qui pulvérise les cloisons et fait la part si belle aux projets transverses.

Ils évoquent par ailleurs un « manque de marges de manœuvre financières » : les sociétés françaises affichent en effet des capacités d’investissement en deçà de la moyenne européenne avec un taux de marge brute de 28,4 % contre 37 % en moyenne au sein de l’UE28.

Recherche désespérément compétences numériques

Enfin, 31 % font valoir de réelles difficultés à embaucher des talents dans le numérique : assurément, la révolution data requiert des compétences pointues. Pour 2015, le Syntec numérique fait valoir 35 000 projets de recrutement de cadres dans le secteur.

Dans la dernière enquête « Besoins en main d’œuvre 2015 » établie par la CCI Marseille Provence, le secteur concentrait 63 % des difficultés de recrutement dans le département contre 53 % en 2014. Depuis 2011, le secteur se situe sur un trend de recrutement annuel de l’ordre de 1 500 à 1 700 postes. Compte tenu du poids du secteur localement (22 000 entreprises et 55 000 emplois en région), cela peut devenir en effet crispant.

La transition digitale n’attendra pas

La transition digitale ne s’improvise pas, sensibilisent les CCI territoriales de la région qui, avec l’appui de l’Europe, de la Direccte Paca et de la Région, ont initié en 2014 une stratégie pour le développement des usages du numérique dans les entreprises industrielles régionales, avec le programme « Performance PME COMPETITIC ».

« L’impact du numérique sur la compétitivité des PMI est aujourd’hui avéré », explique le responsable du service TIC et Intelligence économique à la CCI Marseille Provence. « Les études montrent qu'il permet de multiplier par 1,7 le taux de croissance du chiffre d’affaire et par 1,9 le montant des ventes à l’export. C’est pour cette raison qu’il est crucial de se saisir de cette opportunité. »

Pour adapter le programme d’accompagnement aux problématiques des entreprises locales, il fallait « comprendre comment le numérique les affecte (contexte, enjeux, périmètre, technologies, impacts pour l’entreprise) et comment elles peuvent en tirer avantage pour gagner en compétitivité ». C’est dans cette logique qu’une étude (cf. encadré) a été réalisée en préalable à l’organisation d’une action collective. Cette enquête a par ailleurs permis le développement d’un portail (accessible sur le portail www.lenumeriquepourmonentreprise.com) à usage de guide pratique pour accompagner, pas à pas, les équipes dirigeantes dans leur projet d’e-transformation.

44 TPI et PMI concernées

Quant à l’action collective, elle s’est déroulée de mai à décembre 2014 et a concerné 44 TPI/PMI de toutes tailles (dont les 3/4 entre 11 et 40 employés), évidemment pas au même stade de maturité dans la gestion de leurs systèmes d'information.

« Elle s’est structurée en trois prestations, reprend le chef du projet : un audit du système d’information, des ateliers de formation thématiques (monter en compétences en matière de gestion du système d’information, optimiser les achats informatiques, mettre en œuvre un projet SI …) ainsi que des jours de conseil pour mettre en oeuvre une ou deux actions identifiées lors de l’audit ».

Radiographie

Le dispositif a ainsi permis d’établir une radiographie assez précise des mœurs et pratiques digitales des entreprises du territoire. « On a constaté une couverture des fonctions support satisfaisante, quelle que soit la taille de l’entreprise et un niveau de maturité sur les infrastructures plutôt bon ». En revanche, les entreprises régionales exploitent encore très peu les solutions de gestion de contenus (type Enterprise Content Management ou GED pour gérer notamment des documents électroniques) ou de Business Intelligence (solutions d’aide à la décision, pilotage de la performance commerciale et financière). « Par ailleurs, près de 20 % des entreprises n’ont aucun logiciel sur leurs activités de production (ordonnancement, gestion des consommation, gestion d’atelier, gestion de production, etc.). Les acquisitions de progiciel de gestion intégré (ERP) et de logiciel de la relation client sont apparues comme les besoins les plus immédiats. », indiquent les consultants.

Stratégie French Digital ?

En attendant la « digitale métamorphose » des entreprises, il faudra aussi patienter avant que le projet de loi numérique porté par Axelle Lemaire se transforme en feuille de route législative. En gestation depuis deux ans, il sera soumis à consultation publique ce mois de septembre (une fois les « arbitrages inter-ministériels » finalisés) et ce, pendant un mois, ce qui décalera probablement son passage devant l’Assemblée nationale à 2016. Quoi qu’il en soit, ce projet ne comportera pas la partie économique et entreprise, qui sera abordée dans un autre texte. Pour rappel, L’Allemagne, elle, s’est dotée dès 2010 d’une stratégie « Digital Germany », révisée régulièrement depuis lors, à l’occasion de sommets annuels.

A.D

* Cap Gemini McKinsey « Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France » - septembre 2014.

** « Les spécificités du numérique pour les petites et moyennes industries, perspectives et enjeux », CCI Marseille Provence, avec l'appui des CCIT de PACA, l'Europe, la Région et la Direccte PACA

NB : Le numérique englobe le matériel informatique/les infrastructures;  les applications (logiciels, progiciels) et l’usage de ces contenus dans les processus de l’industrie (piloter l’activité, concevoir un produit, vendre, produire, s’approvisionner, etc.)

Un guide pour accompagner le projet d’e-transformation

L’étude « Les spécificités du numérique pour les petites et moyennes industries, perspectives et enjeux », réalisée par la CCI Marseille Provence, avec l'appui des CCIT de PACA, l'Europe, la Région et la Direccte PACA, dresse un état des lieux des usages du numérique au sein des PMI européennes, nationales et régionales et passe en revue toutes les opportunités offertes par le numérique pour améliorer la compétitivité et ce, dans chaque fonction de l'entreprise.

De cette analyse, il ressort des niveaux d’usages du numérique disparates d’une filière industrielle à l’autre mais les marges de progrès des PMI régionales en matière de développement des usages du numérique reste... important : « Les outils de gestion de production, de travail collaboratifs et les systèmes d’information décisionnels sont très peu généralisés. La gestion fournisseur est encore peu digitalisée, notamment sur les filières agroalimentaires et Chimie/cosmétique, alors que la traçabilité des matières premières et la maîtrise du coût des approvisionnements constituent des enjeux vitaux pour les PMI de ce secteur. La gestion de la relation client est globalement peu digitalisée (à l’exception de l’aéronautique et du naval) alors que le numérique constitue un formidable outil de conquête et de fidélisation des clients », indiquent les auteurs de l’étude.

In fine, peu de dirigeants appréhendent le numérique comme un axe stratégique d’évolution. Il est plutôt considéré, soit comme une contrainte soit comme une variable d’ajustement.

Selon les retours d’expérience, un processus d’e-transformation peut durer entre 1 et 2 ans selon la taille de l'entreprise. Il est estimé par ailleurs que l’investissement pour moderniser l’architecture du système d’information est de l'ordre de 2 % du chiffre d'affaires pendant 5 ans. Un investissement progressivement compensé par la réduction des coûts liés à la numérisation …

 

La numérisation en chiffres

- En 2013, la valeur ajoutée générée par le numérique, calculée par la dépense, s’élevait à 113 Md€, soit 5,5 % du PIB de la France : plus que celui généré par les services financiers (4,8 % du PIB), et en phase de rattrapage avec celui de la construction (6,3 % du PIB).

- Si la France s’alignait sur la moyenne des 5 pays les plus performants, elle pourrait produire 70 Md € de PIB numérique supplémentaire, et près de 100 Md € si elle parvenait à égaler les performances du pays le plus en pointe. Le PIB numérique représenterait alors près de 10,8 % du PIB national.

- Le PIB numérique en France se compose à près de 60 % de la consommation des ménages (PC, smartphones, tablettes, liseuses, TV connectées, accès à Internet, e-commerce) et à plus de 50 % de la dépense publique et de l’investissement des entreprises.

- Le secteur numérique représenterait – de manière directe, indirecte ou induite – entre 1,5 et 2 millions d’emplois en France, soit plus de 6 % du total de l’emploi salarié.

- Le commerce inter-entreprises réalisé via des sites Web ou messages EDI serait proche de 400 Md€ en France.

- 75 % des entreprises européennes possèdent un site Web, contre 65 % des françaises. 14 % des sociétés françaises ont reçu des commandes via le numérique, contre une moyenne de 17 % pour l'UE et 26 % en Allemagne.

- Les entreprises les plus avancées numériquement seraient plus rentables de 26 % par rapport aux autres, génèreraient 9 % de revenus supplémentaires par employé et seraient mieux valorisées par les marchés financiers (12 %).