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30.04.2015 - Entreprises

Formation professionnelle : Quand l’obligation de former devient un axe stratégique

La CCIMP avec trois associations d’entreprises du territoire d’Aubagne – Les paluds, Napollon et APAGE -, a organisé ce 28 avril un atelier pratique sur la réforme professionnelle. Objectif : apporter des outils facilement exploitables pour se l’approprier et dépasser la contrainte.

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« Se repérer et comprendre ce qui va changer dans l’entreprise, dépasser les ressentis négatifs pour faire de la formation professionnelle une opportunité voire plus, un outil de management au sein de l’entreprise », détaille Marlène Pennacchio, consultante spécialisée en formation auprès des entreprises, qui intervenait à la demande de la CCIMP à Gémenos au siège de Pébéo ce 28 avril, aux côtés de Julie Gérard, spécialiste RH du cabinet Sud Avenir RH. Après un premier atelier dédié aux points clefs de la réforme le 14 avril, il s’agissait cette fois pour la vingtaine d’entreprises et organismes de formation présents, de passer à la mise en œuvre via des exercices de mise en pratique et transferts d’outils et de méthodes.

Pas une mince affaire 

 Le 13 avril dernier, soit un an après son entrée en vigueur, une étude des cabinets Fidal et Amplitude réalisée auprès des employeurs faisait valoir que pour 60 %, cette réforme n'apporterait quasiment pas de changement au système. Mieux (ou pis), 70 % confessaient une connaissance minimale. Objet de la curée, le nouveau compte personnel de formation (CPF), qui succède au DIF, considéré comme un élément complexifiant l'accès à la formation voire comme « une véritable usine à gaz, pas adapté aux enjeux ». « Depuis le 1er janvier 2015, le système est très lent, confirme la consultante. Nous sommes dans une phase de transition et tous les outils ne sont pas prêts. Le CPF est à ce jour inexploitable. Les OPCA sont seulement en train de former leurs conseillers en évolution professionnelle. La télétransmission n’est pas opérationnelle … ». D'où l'attentisme des entreprises « d’autant plus que cette loi leur demande de faire table rase du passé ».

Outil de traitement social du chômage

Depuis l’Accord national interprofessionnel de 1970 et la loi de 1971 de Jacques Delors, qui ont posé les bases du système français de formation professionnelle, la formation professionnelle a vécu en France plusieurs grandes réformes, dont trois en dix ans (2003, 2009 et 2014). Parallèlement, elle est passée du statut « d’enjeu majeur du développement économique, social et environnemental » à « élément déterminant de la compétitivité économique et de la sécurisation des parcours professionnels et de la promotion sociale des salariés ». Et par la loi la loi du 5 mars 2014, elle est désormais appelée à devenir « un outil stratégique de gestion des ressources et de dialogue social dans l’entreprise ». La dernière décennie l'a en tout cas exploitée comme un instrument de traitement social du chômage. Avec cette réforme, que le ministre du Travail Michel Sapin voulait « en profondeur et non en toilettage », au moment des négociations marathon entre les partenaires sociaux, le chef d’entreprise passe pour sa part de l’obligation de « dépenser un budget de formation à une obligation de former pour maintenir l’emploi et prendre en compte l’envie d’évolution des salariés », complète Marlène Pennacchio.

13,7 Md€ apportés par les entreprises

Est-il besoin de rappeler à quel point le système fait chroniquement l’objet de critiques quant à sa trop grande complexité et son insuffisante efficacité ? Financement complexe, gouvernance problématique, offre de formation fragmentée (62 658 prestataires) et inadaptée à la demande, contrôle insuffisant…font l'unanimité dans toutes les études. Selon les chiffres du « Jaune Budgétaire » 2014 (document annexé à la loi de finances 2015), les entreprises, État, Régions, Pôle emploi et ménages lui consacrent chaque année près de 32 Md€. 81 % des 13,7 Md€ apportés par les entreprises bénéficient aux actifs du secteur privé (15 % pour les jeunes et 3 % pour les demandeurs d'emploi) mais majoritairement aux cadres des grands groupes.

Nébuleuse de la mise en oeuvre

« Au-delà de la pertinence de cette réforme, ils interrogent surtout le système qui leur impose d'entretenir en permanence un dialogue social, poursuit la spécialiste. Les dirigeants de PME sont en quête d’outils qui leur permettront de ne pas pénaliser la bonne marche de leur entreprise dans un contexte pas favorable ». Parmi les points qui crispent, l’entretien professionnel, sur lequel a été consacrée plus précisément la matinée de travail. « Les entreprises ne sont pas à l’aise avec l’entretien professionnel. C’est désormais une obligation et elles seront contrôlées et sanctionnées. Elles vont devoir faire la preuve qu’elles ont bien adapté leurs salariés à leur poste de travail et qu’elles ont créé les conditions de leur employabilité tout au long de leur parcours dans l’entreprise même si cela ne correspond pas forcément à leurs besoins ». En planchant sur des situations réelles, les participants ont compris à quel point une cartographie des postes de travail peut servir de révélateur à bien d’autres informations optimisant leur organisation. Ou de révéler des incohérences ou de traduire de nouveaux enjeux business voire d’anticiper des dysfonctionnements. Après tout, il peut y avoir un champ d’intérêt commun entre les besoins de développement des compétences de l’entreprise et le projet professionnel du salarié !

Financement qui coince

Sur l’autre crainte majeure – les employeurs sont libérés de l’obligation fiscale sur le plan de formation mais vont devoir autofinancer leur plan de formation, alors qu'auparavant les financements étaient mutualisés – il va probablement falloir encore un peu de pédagogie. Le tout est de faire admettre que la formation professionnelle est un axe stratégique : « La formation fait écho, c’est seulement que leurs urgences sont aujourd’hui ailleurs. »

 

Les chiffres clés de la formation professionnelle

Financement

Entreprises : 13,7 Md€ soit 43 %

État: 4,3 Md€ soit 14 %

Régions : 4,47 Md€ soit 14 %

Pole Emploi/Unedic/Agefiph, autres administrations : 1,8 Md€ soit 6 %

Ménages : 1,28 Md€ soit 4% 

Fonctions publiques (pour leurs propres agents) : 6 Md€ soit 19 %

Répartition des dépenses

Entreprises : 81 % pour les actifs occupés du secteur privé, 15 % pour les jeunes et 3 % pour les demandeurs d'emploi

État: 47 % pour l'apprentissage, 7,9 % pour l'insertion des jeunes, 18,5 % pour les demandeurs d'emploi, 24,4 % pour les actifs

Régions: 42,8 % pour l'apprentissage, 14,4 % pour la formation des jeunes, 25 % pour les demandeurs d'emploi, 9 % pour les actifs

Bénéficiaires 2012

 Jeunes : 7,6 Md€ (-4,6%)

Demandeurs d'emploi : 4,3 Md€ (+2,3 %)

Actifs du secteur privé : 13,4 Md€  (+0,7 %)

Agents du service public: 6 Md€ (+2,5 %)

Organismes de formation

62 658 prestataires en 2012 (vs 58 668 en 2011 soit +6,8%)

CA : 13,6 Md€

Taux d’accès moyen à la formation : 43,2 %

Source : Fédération de la formation professionnelle