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19.04.2015 - Entreprises

Ingénieurs / PME : À quand la rencontre ?

Pour les PME du secteur industriel, c’est la double peine. Les jeunes ne manifestent pas un goût prononcé pour les métiers de l’industrie. Et les ingénieurs fraîchement diplômés ne pensent pas spontanément à elles. Focus sur deux initiatives pour plugger les deux mondes.

Pour les PME du secteur industriel, c’est la double peine. Les jeunes ne se passionnent pas pour les métiers de l'industrie. Et les ingénieurs fraîchement diplômés ne pensent pas spontanément à elles, par méconnaissance des carrières proposées ou en raison d'idées préconçues, leur préférant la notoriété des Total, IBM, Sanofi, Airbus et consorts, considérées comme des accélérateurs de carrières et meilleurs tremplins pour des carrières à l’international.

Des préjugés tenaces de part et d’autre 

Manque de visibilité et déficit d’attractivité des PME qui ne peuvent pas concurrencer les grands groupes sur le terrain de la « marque employeur » ? Défaut de perception des jeunes ingénieurs qui, quand ils pensent PME, c’est pour créer la leur ! Selon une enquête menée (en 2011) par Centrale Paris, les préjugés sont en effet tenaces : les PME offriraient peu de perspective de carrière, seraient des voies de garage (difficile de rejoindre un grand groupe après un passage en PME) et le package salarial moins attractif.

« Ingénieurs, pensez PME »

C’est notamment pour contrevenir à ces idées reçues que trois écoles - Centrale de Marseille, les arts et Métiers d’Aix-en-Provence (ENSAM) et les Mines de Saint-Etienne (campus de Gardanne, ISMIN), associées à la CCI Marseille Provence et au pôle de compétitivité Capenergies –, ont initié les rencontres régionales PME – grandes écoles d’ingénieurs, dont la 3e édition s’est tenue le 9 avril 2015. Un espace temps d’une journée où 400 élèves-ingénieurs avaient rendez-vous avec une quarantaine de PME de la région PACA. Le programme baptisé « Ingénieurs, pensez PME » est à ce jour inédit en France.

« Cette manifestation est partie d'un constat », explique Murielle Sauty, directrice des relations extérieures à l’ENSAM, « les élèves méconnaissent le monde de l'industrie en général et particulièrement les PME, dont ils ont une image d’entreprises qui ne sont pas à l’international et qui n’innovent pas. Les ingénieurs diplômés sont génétiquement programmés pour intégrer une grande entreprise. Quant aux PME, elles sont frileuses à l’idée de les recruter, craignant de ne pas avoir l’outillage nécessaire pour les intéresser et de s’investir à perte. Or, 92 % des PME portent 50 % de l’emploi régional. Notre rôle est de connecter nos élèves à la vraie vie : à l’écosystème du marché de l’emploi ! Mais avant de parler de stage ou d’emploi, il fallait que les deux mondes se rencontrent. »

De 5 à 20 % d’ingénieurs en stages en PME

Après deux éditions, les chiffres parlent : sur la promotion 2012/2013, 5 % des élèves ingénieurs avaient effectué leur stage en PME. Ils sont 20 % sur la promotion 2014-2015, explique Bernard Dhalluin, directeur de l’ISMIN à Gardanne.

« Il faut être prudent, tempère Georges Berardi, en charge des partenariats entreprises à Centrale Marseille : « Est-ce un véritable attrait de nos ingénieurs pour les PME ou tout simplement, par retournement de conjoncture, lié au moindre recrutement de la part des grands groupes ? Airbus Helicopters n’intègrent plus nos jeunes depuis trois ou quatre ans. Aussi, la nouvelle loi, qui modifie le régime des stages en entreprise, ne nous aide pas. »

45 % des ingénieurs dans des entreprises de plus de 5 000 salariés

Selon la dernière enquête insertion des jeunes diplômés (2014 portant sur les promotions 2012 et 2013) issus des 161 écoles membres de la Conférence des grandes écoles (CGE), 23,5 % des ingénieurs ont intégré une entreprise de moins de 100 personnes. 44,6 % ont rejoint une entreprise de plus de 5 000 salariés. Les bureaux d’études et les sociétés de conseil concernent désormais un emploi sur six pour les ingénieurs sortant de l’école.

Travail au long cours

« L’évolution des mentalités passera aussi par de l’ingénierie pédagoqique, ajoute Bernard Dhalluin. Et par d’autres opérations : le programme comprend tout au long de l’année des business lunch avec des professionnels en poste, des visites d’entreprises, des conférences, des interventions d’ex diplômés …

39 pépites du territoire

Cette 3e édition, qui s’adressait aux étudiants de première et seconde année, a intéressé 39 entreprises du territoire, parmi lesquelles les plus innovantes et internationalisées, à l’instar de Foselev, SNEF, Altersis, Intel Mobile, WIT, cybernetix, Drone X, Inerys, Nenuphar, Enogia, Anyware Video, AJV….

« Cela nous permet de repérer des talents et d’entretenir une relation de proximité avec les grandes écoles », explique Christian Barletta, en charge de la formation et du recrutement au sein du spécialiste français de l’installation électrique SNEF.

Guy Puech, qui dirige Altersis, un bureau d’études aixois affichant après sept ans d’activité les 10 M€ de CA avec 120 personnes, regrette « que les ingénieurs ne soient pas venus en masse ». Un sentiment partagé. Si les élèves des Mines étaient tous là, seuls un tiers de Centrale ont assisté tandis que ceux du campus aixois des Arts et Métiers ont brillé par leur faible nombre.

Des ambassadeurs chez les prescripteurs

Le 21 avril, une nouvelle manifestation s’inscrira dans la volonté de réconcilier les jeunes avec l’industrie. Et pour qu'ils pensent à s’orienter vers les métiers de l’industrie, encore faut-il qu’ils y soient incités... C’est pour cette raison qu’une journée « Spéciale Prescripteurs »* emmènera les professionnels de l’orientation scolaire (46 CIO de l'académie) à la découverte, en présence d'industriels, des installations du Grand Port Maritime de Marseille, avec un focus sur les métiers de la réparation navale, la visite de la zone logistique Distriport, et des terminaux à conteneurs pour la manutention portuaire.

* opération organisée par la CCIMP en partenariat avec le rectorat de l'académie Aix-Marseille, les fédérations professionnelles, la Cité des métiers et le GPMM Marseille-Fos.

Les PME face aux ingénieurs : des arguments pour convaincre

Qu’attend l’entreprise d’un ingénieur ? Quels sont les freins de l’ingénieur pour intégrer une PME ? Deux questionnements qui ont émergé des quatre tables rondes (Entreprenariat et création d’entreprises ; Les PME à l’international ; S’épanouir dans une PME ; L’ingénieur moteur d’innovation dans une PME) organisées à l’occasion de la 3e rencontres régionales PME – grandes écoles d’ingénieurs. Qu’attend la PME d’un ingénieur ? « Un socle de connaissances techniques, une capacité à innover et une méthodologie de travail », explique le dirigeant d’AJV, une entreprise aixoise spécialisée dans le trading de produits chimiques. Pour faire valoir leurs atouts, les PME se sont curieusement positionnées en concurrence frontale avec les grands groupes.

Niveau des responsabilités plus élevé

« Quand je suis entrée dans l’entreprise, je n’aurais jamais pensé me retrouver à la direction générale, confie Florence Gastaud, qui a intégré la société de Saint-Laurent-du-Var WIT (outils d’intelligence énergétique) en tant que rédacteur technique. « Quand je recrute, certes le salaire de base est moindre mais les perspectives de carrière sont à la fois plus importantes et plus rapides ». Dans un grand groupe, explique pour sa part Patrick Elie, dirigeant d’AJV, trader de produits chimiques, qui a travaillé aux ventes puis au marketing de LyondellBasell, « vous pouvez être bloqué par une politisation du fonctionnement et de la prise de décision, ne serait-ce que parce qu’un patron de division ne veut pas d’un projet. »

Souplesse, réactivité et motivation

« Je  suis en prise directe avec le dirigeant, explique la représentante d’Anyware vidéo, entreprise immanquablement référencée depuis trois ans au classement Deloitte In Extenso Technology Fast 50 et Fast 500™ qui récompense les entreprises technologiques à forte croissance. Je viens d’un grand groupe et la PME offre une largeur d’opportunités, de la souplesse et de la réactivité. La diversité des parcours, des univers, des expériences est une vraie richesse. Mais plus que cela, on partage tous un projet d’entreprise qui sert une vision d’entrepreneur. C’est extrêmement motivant. »

Autonomie et processus de décision simplifié

« J’ai travaillé pendant six ans chez Areva. Dans un grand groupe, on est très sectorisé et cantonné à sa fiche de poste. Il faut bien des années avant d’être en prise directe au N+1 et le processus décisionnel repose sur plusieurs niveaux de validation », explique une cadre de Nénuphar, une entreprise de 40 personnes créée en 2006 qui est à l’origine des éoliennes flottantes à axe vertical, dont le premier prototype a été installé à Fos-sur-Mer. « La PME est une structure tellement légère que vous êtes de suite sur le terrain et force de propositions. Les dirigeants de PME sont de surcroît friands d’idées nouvelles », ajoute Patrick Elie, qui a intégré un grand groupe à l’issue de son cursus universitaire.

Une marge de manœuvre pour négocier son salaire

« Il est faux de dire que l’on est moins bien rémunéré dans les PME. Il n’y a pas de matrice, du coup, vous êtes valorisés sur une expérience et payés sur la base d’une négociation plus ouverte », poursuit la représentante de l’entreprise Nénuphar.

Et les jeunes ingénieurs ?

Dans leurs nombreuses questions, on pouvait lire la peur d’être bridés dans les projets faute de ressources et de moyens, mais aussi la crainte d’intégrer une entreprise, structurellement fragile, qui les exposerait davantage au chômage. Le manque de garantie sur le cloisonnement entre vie professionnelle et personnelle semblait par ailleurs les perturber. Tout comme le présupposé d’un manque de rigueur qui nuirait à l’efficacité globale. Mais sur le salaire, pas l’ombre d’une question. Timidité ?