Menu principal

18.04.2015 - Entreprises

Les patrons face à Roland Cayrol

Les membres élus à la CCIMP ont reçu à l’issue de leur AG le 17 avril l’un des plus illustres politologues du PAF. Vote obligatoire, montée du FN, millefeuille territorial, Europe…Des questions paradoxalement très politiques de la part des chefs d’entreprise.

Mots clés : 
Imprimer cette page

Il était bien tentant pour les membres élus de la CCIMP, tandis qu’ils recevaient à l’issue de leur assemblée générale le politologue-sondeur le plus connu des plateaux de télévision, de ne pas le sonder, lui, le sismographe des pathologies politiques françaises, sur son analyse de l’échiquier local. Et le premier d’entre eux, Jacques Pfister, qui cherche inlassablement son « Colomb » marseillais pour conduire la stratégie (économique) de la future Métropole, n’aurait pas détesté que l’homme de l’intelligentsia parisienne se prononçât sur un nom. Rompu par l’expérience à considérer la politique comme un vaste jeu d’échecs aux issues imprévisibles, le fondateur et ex directeur de l'institut de sondages CSA, qui a manifestement gardé une confiance absolue dans les sondages qu’il érige avec aplomb comme des démonstrations scientifiques, esquivera par un pas de côté : « Je n’en sais rien mais si j’étais ici, j’y conditionnerai trois questions : est-ce qu’il est bien que le maire de la principale agglomération soit le président de la Métropole ? Doit-il avoir un profil politique ou être de culture économique ? A-t-il la capacité à mobiliser la population ? Ce sont les trois critères d’adhésion qui permettront de faire abstraction d’un choix affectif ».

La Métropole : Une opportunité pour une stratégie de développement économique concertée

Quoi qu’il en soit, le directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), que l’on dit Hollandais, est un pro-Métropole : « C’est une très importante donnée qui va structurer largement le territoire et qui est porteuse d’innovations économiques et politiques. C’est une opportunité pour dessiner une stratégie de développement économique concertée et mettre en oeuvre une gouvernance urbaine et locale plus moderne. Seulement, la construction suppose l’appropriation et la mobilisation de tous. On attend de vous que vous mettiez en place des temps forts pour construire culturellement cette Métropole ». Le professeur en sciences politiques, dont les travaux déminent l’influence des médias sur la politique, va jusqu’à voir dans la Métropole une lance incendie de nature à éteindre le Marseille Bashing pratiqué par « une presse parisienne, qui préfère s’en tenir à la verve pagnolesque de certains élus, aux problèmes de M.Guérini, aux difficultés de son club de foot et à ses règlements de comptes ».

Tuilage d’élections

Quant aux élections qui s’annoncent – régionales et présidentielles – et bien qu’il s’en défende, il se livre quand même à quelques pronostics, faisant des résultats sur l’emploi l’alpha et l’omega de l’opinion. « Les départementales ont sanctionné le pouvoir central pour cette raison même si les Français croient de moins en moins au pouvoir du politique sur cette question. Néanmoins, la question qu’ils posent est bien : quel emploi demain pour notre jeunesse ? C’est pourquoi rien n’est joué. Ni soldé le destin de François Hollande. S’il a des résultats sur le chômage et le pouvoir d'achat, cela bouleversera la donne. »

Aspiration à être gouvernée au centre

« Les Français sont très attachés au fonctionnement de la Ve république et à l’élection au suffrage universel du président. Pour autant, ils disent aux sondeurs que ce serait bien de couper en deux les bouts de l’omelette ! », analyse le cartographe des contradictions hexagonales. Ce qu’auraient illustré les départementales : il faut une alliance de droite et de gauche pour gagner. Quant à Marine Le Pen, si elle est élue, « elle aura une victoire inouïe et amère. Celle qui dénonce l’UMPS permettra sa concrétisation, par le jeu des alliances nécessaires, du fait de notre mode de scrutin. » Le politologue a toujours soutenu que la montée du FN est une fable : « Les derniers scrutins démontrent surtout l’effondrement du PS et l’abstention croissante de la gauche qui profite essentiellement à l’UMP. Le FN est un succès de l’étiquette. Pour preuve, les binômes qui n’ont pas fait campagne ici et là ont obtenu les mêmes scores qu’au niveau national ! S’il y a unité de la droite républicaine, elle ne sera même pas qualifiée ».

Déconnexion : maladie moderne des hommes politiques ?

C’est la (fausse) question de Joseph Pérez, vice-président en charge de l’attractivité du territoire à la CCIMP : « la maladie de nos dirigeants n’est-elle pas de refuser à nommer les choses et à gouverner à vue ? » La question n’appelle pas de commentaires mais le diagnostic du docteur Cayrol est sans appel : « de droite et de gauche, les élus ne sont plus capables de répondre aux attentes de plus en plus lasses des Français. »

 

La parole aux chefs d’entreprise. Extraits

 

Didier Bertand, agence immobilière Le Marquis : « À Lyon, les compétences du Grand Lyon et du Département ont en partie fusionné dans la métropole. Pensez vous que c’est un bon exemple et faisable sur notre territoire ? »

Roland Cayrol : « Votre question est celle de notre fameux millefeuille institutionnel. Je vous conseille la lecture du dernier essai de Éric Giuily et Olivier Régis : Pour en finir (vraiment) avec le millefeuille territorial, qui propose une nouvelle organisation territoriale pour la France. Mais sommes-nous vraiment capable d’en finir ? La simplification va être difficile à faire avaler à la société française. Les Métropoles répondent bien à la demande de gestion plurielle et de compromis. Cela paraît inévitable de fusionner. Mais je ne crois que l’on est en train de rebattre les cartes. On devrait ! »

Olivier Tarrazi, Société Nouvelle Chemisage Entretien : Philippe Séguin proclamait  : « Droite et gauche sont des détaillants qui se fournissent auprès d'un même grossiste, l'Europe. »

Roland Cayrol : « Dans les enquêtes d’opinion, la question européenne est la plus révélatrice des contradictions françaises. Ils demandent plus d’Europe, estimant que les problèmes – sécurité et chômage –, ne peuvent pas se régler au niveau national mais dans le même temps, l’Europe a pour eux deux inconvénients identifiés : elle menaçerait notre modèle social et notre notre art de vivre, en somme tout ce qui fait notre identité (nos fromages, nos vins…). Les Français sont toujours persuadés d’avoir le taux de remboursement de leurs médicaments le plus élévé en Europe alors que l’on est 11e. De la même façon, ils brocardent le machin mais en France, on a plus d’instituions que les 27 États-membres réunis. »

Fabien Finucci, délégué régional Marseille Provence d'Orange France : « Faut-il rendre obligatoire le vote ? »

Roland Cayrol : « La question revient à chaque fois que la France va mal. C’est amusant : les Français vont de moins en moins voter mais ils sont favorables à ce qu’on leur impose. Il y a encore dix ans, l’on parlait de devoir civique. Aujourd’hui, ce droit chèrement acquis ne fait pas partie des premières préoccupations de citoyen des Français : il apparaît seulement à la 9e place. Quoi qu’il en soit, imposer le vote serait répondre à l’envers aux revendications : vous n’avez plus confiance dans les politiques, mais en plus vous avez obligation de voter pour eux ! Les élus feraient mieux de redonner de la vertu à la chose politique en tissant des liens plus solides et en participant à l'éducation citoyenne.