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02.04.2015 - Entreprises

Les hauts et les bas de l’industrie locale

Le ministre de l’Économie vient de renforcer les marges de manœuvre des commissaires au redressement productif pour mieux anticiper les difficultés des entreprises. Retour sur les dossiers en souffrance qui ont trouvé une issue heureuse ou ...pas.

Le 30 mars dernier, les 22 commissaires au redressement productif étaient conviés à Bercy par Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, afin de faire un point d’étape sur l’activité de cette « équipe de France du sauvetage industriel » initiée en juin 2012 et qui a notamment pour mission d’anticiper les difficultés d’entreprises. Sous l'autorité des préfets de région, les représentants de l’État viennent de voir leurs marges de manœuvre renforcées : ils seront désormais membres de droit du comité départemental d'examen des difficultés de financement des entreprises (Codefi) avec la possibilité de mandater des audits techniques et financiers afin d’évaluer plus rapidement la situation des entreprises. Ils auront également prise sur le Fonds de développement économique et social (FDES), doté de 200 M€ pour 2015 (300 millions en 2014), lequel sera désormais ouvert aux sociétés de plus petite taille. Le ministre a également annoncé la création d’une aide à la réindustrialisation réservée aux PME sous forme d'avances remboursables avec à la clef, une enveloppe de 20 M€.

1 343 dossiers traités

En France, selon les chiffres du Ministère, de juillet 2012 à janvier 2014, les équipes du redressement productif ont traité 1 343 dossiers, et auraient « réussi à préserver 170 752 emplois sur 194 372 emplois menacés ». Le bilan 2014 de Patrick Maddalone, commissaire régional au redressement productif, n’est toujours pas disponible. Mais dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs dossiers (très médiatisés) ont alimenté ces dernières années l’actualité sociale.

LyondellBasell ne profitera pas du recul du baril

En sursis depuis 2012 et maintenue sous cocon, la raffinerie LyondellBasell, l'une des quatre situées sur le pourtour de l'étang de Berre, qui a employé jusqu'à 370 personnes et pouvait produire 105 000 barils par jour, a annoncé en octobre la fermeture définitive. Suite aux négociations avec les pouvoirs publics et les syndicats, le site devrait bénéficier d’un programme de 200 M€ d’investissements au cours des six prochaines années pour être réaffectés à terme à des activités économiques. Ce 1er avril, le préfet de région Michel Cadot a présidé une seconde réunion du comité de suivi du dossier de revitalisation, désormais baptisé projet « Bonnet ». À cette occasion, l'entreprise texane a fait état de plusieurs projets d’implantations d’activités industrielles, fruits de ses prospections. Selon la direction, deux d'entre eux, « jugés sérieux », permettraient la création de 30 emplois à court terme.

Net Cacao renaît avec Chocolaterie de Provence

Des inquiétudes pesaient sur l’avenir de Net Cacao. La société, qui avait repris l’activité chocolat du site industriel que Nestlé avait fermé en 2004, a été liquidée en juin 2011, laissant sur le carreau 180 personnes. Reprise en février 2012 à la barre du tribunal de commerce de Marseille au prix de 2,25 M€ par le groupe russe ICC (Ivory Coast Cacao) dont le siège social est à Saint-Pétersbourg, l’usine a redémarré en juillet 2014 sous la dénomination Chocolaterie de Provence avec 24 salariés. Depuis la reprise, ICC, dirigé par la jeune Yulia Serykh, affirme avoir investi 15,5 M€ et prévoyait un chiffre d’affaires de 7,5 M€ en 2014 (3,46 M€ en 2013) pour une production de 2 000 tonnes, exportée à 95 %. Dans son offre de reprise, ICC s’était engagé à recruter 70 personnes. Il emploie à ce jour une cinquantaine de personnes.

Fralib : Victoire à la Pyrrhus des salariés

Après 1 336 jours de lutte, les anciens salariés du seul site français de l’anglo-néerlandais Unilever ont finalement obtenu en mai 2014 des concessions sans précédent : un chèque d'une valeur de 19,1 M€ assorti de mesures d'accompagnement de nature industrielle et commerciale. C’est un long chapitre judiciaire qui s’est ainsi clôturé mais surtout l’espoir d’une nouvelle page industrielle pour la production de thé et infusions (ex marque Élephant) puisque l’accord comportait « un volet financier destiné à soutenir le possible démarrage d’une SCOP totalement indépendante ». La ScopTI a reçu en novembre dernier les 2,8 M€ issus de l'accord, complétant les 177 000 € de capital de démarrage, financé par les 58 coopérateurs, tous anciens salariés. La relance de la production est prévue avant la fin du premier semestre.

Lfoundry Rousset : Fin tragique

En mai 2014, ce fut une première stupeur dans l’environnement du tribunal administratif de Paris à l'occasion de l’ouverture des plis contenant les offres de reprise des actifs de l'entreprise de micro électronique LFoundry à Rousset, placée en liquidation judiciaire en décembre 2013 avec le licenciement de 613 salariés. Sur les 12 propositions, seule l’offre de la société franco-américaine General Vision envisageait la poursuite d'une activité industrielle sur le site moyennant une offre à 9,5 M€ avec la reprise de 240 salariés sur deux ans. En juin, le tribunal administratif a tranché et a retenu in fine l’offre du broker brésilien et de ses 18 M€, qui devra donc démanteler l'usine classée Seveso dans les deux ans. Clap de fin pour cette entreprise que son ancien propriétaire, l'Américain Atmel, avait vendu en 2010 au groupe allemand LFoundry.

Grands Moulins Maurel : le statu quo

Propriété du groupe Nutrixo, Les grandes minoteries de la Méditerranée, plus connues sous le nom de Grands Moulins Maurel, situés à la Valentine à l’Est de Marseille, ont annoncé la décision de fermer les portes de l’usine en novembre 2013. Fondée en 1960, cette usine, spécialisée dans la fabrication de semoule de blé pour les pâtes et le couscous, produisait à 70 % de la production sous la marque Panzani. Le 6 mai 2014, un entrepreneur franco-algérien ayant ses bureaux à Marseille aurait déposé une offre de rachat qui n’aurait jamais été étudié par le groupe. Benjamin Raigneau, conseiller technique du travail, de l’emploi et du dialogue social, a rencontré en février dernier une délégation des salariés des Moulins Maurel, lesquels exigent une médiation du gouvernement pour permettre le rachat du Moulin.

 

Photo : ©fandré

L’industrie ne se résume pas à ses seuls dossiers en souffrance

Pour ne citer que quelques investissements tout aussi médiatisés : ArcelorMittal Méditerranée, qui gère les deux usines de Fos-sur-Mer et de Saint-Chély d’Apcher (Lozère), a annoncé en 2014 le recrutement de 203 personnes et un investissement de 40 M€ en faveur de son usine d'aciers de spécialité à Fos-sur-Mer, notamment à des fins de rénovation des fours de cuisson de la cokerie et d’amélioration de ses process. Né en 2006 de l'OPA de Mittal Steel Company sur ArcelorMittal, le groupe sidérurgique affirme avoir réalisé ces dernières années des investissements importants à Fos : deux hauts-fourneaux ont été renouvelés en 2007 (123 M€) et en 2011 (100 M€), les deux affichant désormais une capacité de quelque 4 Mt d’acier par an, un niveau de production qui devrait être atteint cette année.

Le groupe chimique Kem One, repris fin 2013 par Alain de Krassny en association avec le fonds d’investissement OpenGate, va investir plus de 100 M€ dans la conversion des électrolyses de son usine de Lavéra (330 personnes à Martigues). Un investissement financé en partie par l’État français via une avance remboursable. Les travaux devraient commencer mi-2015, occasionner un arrêt partiel des installations et être achevés dans le milieu de l’année 2016.

Il faudrait aussi citer les investissements (87 M€) prévus dans le cadre du projet Piicto, la Plate-forme industrielle et d’innovation Caban-Tonkin (cf Piicto). Mais aussi évoquer les 14 M€ que la Confiserie du Roy René a investis dans sa nouvelle unité de production de Puyricard d'où sortiront 450 tonnes de calissons. Née en 1920, la PME (40 personnes) a réalisé un chiffre d'affaires de 10,5 M€ et emploie une quarantaine de personnes.