Menu principal

22.03.2015 - Entreprises

Reprendre une entreprise : une alternative (plus sécure) à la création ?

À l’occasion du Forum entreprendre MXL, qui s’est tenu ces 19 et 20 mars au Parc Chanot à Marseille, la CCIMP a animé un atelier sur cette problématique qui cache un autre enjeu : 28 % des entreprises régionales seront concernées par la transmission d’ici 10 ans, dont dépendent 283 648 emplois.

Mots clés : 
Imprimer cette page

En 2013, selon une estimation des CCI de la région PACA, sur les 195 587 entreprises enregistrées au registre du commerce et des sociétés, 55 738 avaient un chef d’entreprise d’au moins 55 ans. Or, selon une enquête à laquelle ont répondu 9 874 chefs d’entreprise (sur 23 348 consultés), 55 % des cédants potentiels n’avaient pas encore songé à la transmission (cf. l’intégralité de l’étude en fichier joint).

Transmission et dynamique économique du territoire ?

Tous les professionnels en conviennent : les cessions et transmissions sont un indicateur d’un fonctionnement vertueux de l’économie. Selon les statistiques, une entreprise reprise est une entité qui se développe et investit davantage. Tout naturellement parce que les entreprises, où les dirigeants sont âgés, arbitrent d’une certaine façon contre la croissance en privilégiant la stabilité et la solidité à l’investissement. Aussi, selon l’Observatoire initié par le groupe BPCE, une particularité toute régionale reste à objectiver : la part des sociétés de plus de 50 salariés reprises par les grandes entreprises sur notre territoire s’établirait à 15 % (quand la moyenne nationale est à 3 %).

40 nouveaux repreneurs par mois

« Le service création, reprise, transmission et financement de la CCIMP enregistre 40 nouveaux repreneurs par mois. S’il est important d’accompagner le cédant, il est tout aussi capital d’aider le repreneur, notamment dans sa recherche de financement, car c’est lui qui va assurer la croissance de l’entreprise et la pérennité des emplois », note le chef du service. Processus long (entre 12 et 18 mois), la reprise est tourefois plus sécure que la création, explique une conseillère transmission à la CCIMP. « Vous mettez la main sur un outil déjà opérationnel, avec un volume d’affaires, un marché, une équipe rodée. C’est certes plus cher car elle a des valeurs immatérielles avec un portefeuille client, une notoriété, une marque, mais à condition de s’y préparer bien en amont, elle s’avère une très bonne affaire ».

Qui suis-je ? Un entrepreneur ? Un créateur ? Un repreneur ?

« Il y a quelques questions fondamentales à se poser avant de se lancer », explique pour sa part Christophe Sivelle, responsable des opérations à l’Institut régional pour la création et le développement des entreprises (IRCE), qui forme les entrepreneurs tout au long du processus de vie de l’entreprise. En guise de (psycho)analyse rapide, s’interroger sur deux points, conseille-t-il : Suis-je vraiment un entrepreneur ? Suis-je un créateur ou un repreneur ? « Le repreneur est un développeur, à ne pas confondre avec le gestionnaire. Dans la conjoncture actuelle, cela ne suffit plus ». Pour trouver la cible idéale, il sort une checklist d'une dizaine de critères : « Priorité aux secteurs d’activité que vous maîtrisez. Une  entreprise saine et peu endettée aura les faveurs de vos banquiers. La qualité de l’équipe tout comme la transition avec le repreneur sont des facteurs clefs », résume-t-il.

Reprendre avec les salariés, c’est encore plus sécurisant

Incarnée par Acome, Taxicop, Websourd, Chèque déjeuner, Sopelec, Alternatives économiques, et autres Fagor… la SCOP a bonne presse ces derniers temps. « C'est une formule qui permet de reprendre en douceur avec un accompagnement en transition par le cédant, tout en bénéficiant pour le repreneur du statut salarié. Le réseau coopératif finance par ailleurs la quasi-totalité du rachat », détaille Péguy Capdevielle, déléguée régionale de l’union des SCOP, statut juridique où les salariés sont majoritaires au capital. Elle en veut pour preuve la reprise d’une société de 15 salariés, transmise à 12 salariés il y a trois ans, dont le coût (320 K€) a été financé par les salariés à 36 K€, un crédit vendeur de 80 K€ à taux zéro et le réseau à 240 K€. En 2014, l’entreprise avait augmenté son CA de 20 % avec un résultat net de 210 K€ alors qu’il s’inscrivait en négatif au moment de la reprise.

Ne pas chasser au dessus de ses moyens

Dans cette quête à l’entreprise idéale, « il existe une bourse d’opportunités sur le portail www.transentreprise.com, qui assure aussi une mise en relation », indique Jean-Marie Tomei, délégué régional CRA (Cédants et Repreneurs d’affaires), réseau national qui fédère les 190 conseillers transmission dans les CCI et 3 200 partenaires professionnels (notaires, agents immobiliers, experts comptables). Autre recommandation : ne pas chasser « au dessus de ses moyens », la valeur de l’entreprise ne s’appréciant qu’à l’aune de ce que l’acquéreur est prêt à avancer. Les soutiens financiers ne manquent pas et pour n'en retenir que quelques-uns : les prêts à taux zéro émanant des plates-formes d’initiative locale jusqu’à 10 K€ voire jusque 15 K€ à l’instar de Pays d'Aubagne La Ciotat Initiatives ; du Réseau Entreprendre PACA jusqu’à 90 K€ ; de Bpifrance avec son contrat de développement transmission de bpifrance de 40 à 400 K€ en relais à un prêt bancaire ; de NACRE, dans la limite de 10 K€. Total Développement Régional (TDR), qui a accompagné 386 PME et engagé 12,5 M€ de 2011 à 2013, propose également un soutien sans intérêt ni garantie dans des secteurs d’activité spécifiques. La Chambre des métiers, avec son dispositif ARTEA, propose une subvention de 8 à 20 K€ avec un accompagnement personnalisé d’un an.

Sous-traiter le juridique

« Juridiquement, vous êtes sur une matière complexe, explique Me Alexandra Behar, avocate au Barreau de Marseille. On ne s’improvise pas rédacteur d’une lettre d’intention. Vos mots vous engagent. Il y a des précautions rédactionnelles à prendre. » Et des étapes à respecter. « La jurisprudence relative à la vente d’une société n’offre pas les mêmes garanties que pour celle d’un autre bien. Le vice caché n’existe pas ! Il y a des documents spécifiques – techniques et volumineux - à rédiger en dehors de l’acte de vente pour se prémunir de tous les risques. » À repreneur averti ...

 

Commission transmission : Un panel de spécialistes au service des cédants

Le troisième mercredi de chaque mois, de 12 à 15h, une commission réunissant un expert comptable, un avocat en droit des affaires, un gestionnaire de patrimoine et un notaire analysent bénévolement des dossiers de transmission de cinq à six cédants. « C’est une aide à la prise de décision stratégique qui permet au cédant d’être conseillé sur les solutions juridiques, patrimoniales, financières les plus favorables à sa situation et d’éviter d’éventuels faux pas », explique le chef de projet CCIMP. Ils étaient cinq ce mercredi 18 mars à exposer leur cas conjuguant des problématiques juridiques, patrimoniales et financières. « Je gère une SARL créée en 1964 que j’ai reprise en 1975 et dont je suis le gérant minoritaire salarié. Je voudrais transmettre à un membre de la famille », pose un premier cédant. « Je dirige une entreprise de signalétique créée en 1999 qui affiche 16 bilans positifs. Je n’ai pas de repreneur. J’ai beaucoup de comptes à terme dans mon bilan. Où est mon intérêt ? », pose un second. « J’ai racheté une quincaillerie industrielle il y a 15 ans. J’étais directeur général jusqu’il y a deux ans et mon épouse est présidente et toujours salariée. Je veux vendre proprement et intelligemment dans le respect de mes salariés », insiste un troisième. Optimisation fiscale, solutions juridiques, valorisation des actifs, logique patrimoniale, solutions de financement pour l'acquéreur, claude de confidentialité... tout est passé au crible. Les débats sont souvent très techniques, parfois complexes, mais les recommandations assez précises et détaillées, à croire les concernés, visiblement satisfaits de cet audit à quatre têtes.

Plus d’informations

Jetransmetsamessalaries.fr
www.transentreprise.com