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29.03.2017 - Entrepreneuriat

Ces écoles qui veulent devenir des fabriques de futurs patrons

Toutes les écoles proposent aujourd'hui des cursus dédiés à l'entrepreneuriat. Après avoir développé un incubateur, l'école de management Kedge BS vient d'inaugurer son accélérateur. Pour stimuler la fibre entrepreneuriale des jeunes ou pour suivre leurs envies d'émancipation ? Enquête

 

Il fut un temps, il y a encore peu de temps, où l’entrepreneuriat était tabou dans les amphithéâtres de l’enseignement supérieur. Ingrat dans les IAE et les business schools. Grossier dans les grandes écoles françaises. Un temps où le risque suscitait une réelle aversion, et l’échec, une faible tolérance. Un temps où le diplôme assurait un statut, un revenu, un confort. Un temps où …

Mais c’était le temps de l’ère de l’avant : l’avant de la digitalisation, de la starisation des Blablacar, Criteo, Sigfox…, de la glorification de l’entrepreneuriat dans les garages, où l’on ne parlait pas encore « agility » et « accelerator ».

Désormais, l’enseignement académique rêve d’un destin à la Stanford, sans aucun doute aujourd’hui le plus gros « incubateur d'entreprises technologiques » (selon le The New Yorker Magazine), d’où sont sortis les fondateurs de Google (grâce d’ailleurs à un prêt d’un des professeurs), Cisco, Yahoo ou encore Instagram. Ce tableau de chasse est à lui seul la clef de sa notoriété planétaire tout étant le principal motif de récurrentes polémiques : son engeance à privilégier l'entrepreneuriat au détriment de l'enseignement ou de la recherche.

Quand l’ADN des écoles change …

En France, après avoir longtemps cultivé l’excellence académique, érigé l’ingénieur au rang de héros national (incarnée par Polytechnique) et formé des contingents d’étudiants à l’acuité intellectuelle avec des enseignements théoriques en silos, les écoles de commerces, d’ingénieurs et même les universités se sont mises, ces dernières années, à développer des programmes encourageant la fibre entrepreneuriale et des lieux dédiés à la création d'entreprise via des incubateurs (un environnement favorable pour mettre au point son innovation, faire émerger les usages, valider des hypothèses de marché avec hébergement, soutien logistique, accompagnement personnalisé...) et, beaucoup plus récemment, des accélérateurs (dans le sillage des blockbusters américains qui ont défriché le marché hexagonal comme Ycombinator).

Aucune école de commerce, ou presque, qui n'ait son incubateur

Un rapide tour d’horizon des pratiques donne le tournis (cf. plus bas). Raison gardée toutefois. D’après la dernière enquête de la Conférence des grandes écoles (CGE), qui a sondé près de 27 000 diplômés issus de 167 établissements, seulement 1 % des jeunes managers et 0,4 % des jeunes ingénieurs se sont lancés dans l’aventure. Et à parcourir les taux de diplômés-créateurs d’entreprises au sein des business schools, les pourcentages ne dépassent guère les 7 % pour les meilleures (Essec Cergy-Pontoise ; Normandie) et la moyenne est à 5 % (ratio de la business school du territoire Kedge BS par exemple).

Il reste difficile de trier parmi les écoles de management celles qui forment le plus d'entrepreneurs, tant les critères à prendre en compte restent aléatoires. Des statistiques relevées sur LinkedIn font par exemple valoir que HEC compte 2 317 chefs d'entreprise parmi ses anciens, l'Essec, 1 146 et l'ESCP 1 513 quand l'ESCEM, Skema et l'ESC Rennes ont formé respectivement 119, 176 et 114 entrepreneurs. Mais qu’en déduire pour autant ?

150 projets par an

Thomas Froehlicher, le directeur général de Kedge BS ©DR

 

Pour Thomas Froehlicher, le directeur général de Kedge BS depuis 2014, « la pédagogie entrepreneuriale est au fondement d’une école de commerce ». La business school, fruit de l’attelage de BEM Bordeaux et Euromed Management Marseille, vient d’inaugurer (ce 23 mars) sur son campus de Marseille un accélérateur de 500 m2 dédié à la création d’entreprises portant le nom de Daniel Carasso (fondateur de Danone et diplômé de la promotion 1927) car rendu possible grâce à la Fondation Daniel & Nina Carasso.

Après avoir développé un incubateur et ce, dès 2012 (la Business nursery propose des programmes d’incubation de 6 mois. Une centaine de projets par an sont sélectionnés), un I-Lab (700 m2 d’équipements permettant aux étudiants de concevoir, expérimenter et prototyper) en partenariat avec l’école d’ingénieur ISEN de Toulon, l’établissement parachève ainsi son « dispositif d’accompagnement à l’entrepreneuriat » :

« Notre objectif est bien de doper l’entrepreneuriat sur le territoire en multipliant les projets internes et externes qui seront sélectionnés chaque année en leur offrant l’accès à un écosystème et des services de pointe », fait valoir Thomas Froehlicher, qui assigne une ambition : 150 projets par an.

Nouvel objet « non académique

Ce nouvel objet « non académique » bénéficiera de l’expertise du centre de recherche Innovation & Entrepreneurship de Kedge, ajoute le directeur qui fait visiter les lieux aux couleurs acidulées. Très loin des amphis dans lesquels les écoles de commerce s’enorgueillirent de recevoir les investis de Procter & Gamble ou de Coca Cola.

« La digitalisation de ces services est prévue afin d'être disponibles sur tous nos campus » (Paris, Bordeaux, Marseille et Toulon, Shanghai, Suzhou, et Dakar). Mais aussi, insiste cet ex-professeur agrégé des universités, « il est ouvert, dans un esprit de fertilisation croisée, à tout l’écosystème environnant, associations, entreprises et étudiants d’autres écoles, comme c’est déjà le cas avec l’école d’architecture ou des Beaux-Arts ». Et comme cela pourrait l’être avec les établissements d’Aix-Marseille Université de Luminy, situés de l’autre côté de la rue ou ceux de Centrale et de Polytech. Pour permettre les frottements de caractères en quelque sorte, « une hybridation des compétences » selon ses mots.

Virage à 190° dans les universités

Une idée qui plait bien à Jean-Pierre Boissin, dont la seule présence dénote aussi un changement profond dans les universités.

« Tous les établissements ne sont pas Kedge : il y a des universités de lettres, de sciences, d’ingénieurs…qui ne disposent pas des mêmes moyens. C’est pourquoi on a créé un statut d’étudiant-entrepreneur, inspiré de celui des sportifs de haut niveau pour que les étudiants aient des dispositions dérogatoires. Ainsi peuvent-ils transformer leur stage en entreprise au bénéfice d'un projet de développement de leur start-up », pose le coordinateur des 29 Pôles étudiants pour l'innovation, le transfert et l'entrepreneuriat (PEPITE), réseau national lancé en 2014 par Geneviève Fioraso, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche* (localement, le PEPITE PACA Ouest est porté par Aix-Marseille Université).

« Nous avons aussi généralisé des formations à l’entrepreneuriat et à l’innovation dans toutes les filières, dès la licence. Au 30 juin 2016, 120 000 étudiants étaient inscrits dans ces modules ». L'idéal serait aussi que chacun des 2,5 millions d'étudiants soit touchés à un moment, même si « au final, une toute petite proportion, de l'ordre de 1 % de ces étudiants, finira par créer son entreprise », défend le professeur en entrepreneuriat à l’IAE de Grenoble, qui était déjà en 2002, le fondateur à Grenoble d’une maison de l’entrepreneuriat (modèle qui a essaimé dans six autres villes universitaires) et en 2013, rapporteur d'un groupe de travail parlementaire dont la mission était de trouver des leviers pour diffuser davantage l’esprit entrepreneurial chez les jeunes.

Le péril jeune

Répartition des étudiants entrepreneurs par régions (source : Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche)

Pour l’année universitaire 2015-2016, 1 884 candidatures ont été reçues, 1 427 statuts étudiants-entrepreneurs ont été attribués en France. 3 300 étudiants français se sont portés candidats à l'obtention du statut pour cette année (non clôturée) et 2 267 dossiers ont d'ores et déjà acceptés.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, selon le dernier décompte, 61 dossiers ont été enregistrés (cf. tableau pour les autres régions, établi il y a quelques mois) tandis que 1 549 étudiants étaient inscrits dans des modules de sensibilisation à l’entrepreneuriat sur l’année 2014-2015 et 251 à des spécialisations donnant lieu à la délivrance de diplômes (contre 67 pour la précédente année !).

Ce qui est certes peu par rapport à la force de frappe de Aix-Marseille Université avec ses 75 000 étudiants. Et encore loin de l’objectif assigné à la création du statut de 20 000 étudiants-entrepreneurs en 2017. Mais en rapport avec les données de l’Agence pour la création d'entreprise (APCE) qui estime que, chaque année, 10 000 personnes diplômées créaient des entreprises. Et à mettre en perspective avec la précarité des jeunes : 14 % des jeunes sont ni en emploi ni en formation et 30 % des jeunes actifs sont au chômage.

Génération Y

« Nos étudiants et nos diplômés sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’entrepreneuriat. C’est le reflet de la transformation du monde du travail », souligne François Pierson, président de Kedge Business School, présent lors de l’inauguration du Kedge Accelerator

Qu’on les appelle « Génération Y », « Millenials » ou « Digital natives », que l’on dit adeptes du travail « non hiérarchisé », les étudiants-entrepreneurs correspondent en effet à une tendance de fond de la société.

Pour faire court : « il y a vingt ans, un étudiant créait une entreprise quand il n'avait pas d'emploi. À présent, il cherche un emploi quand il n'a pas créé son entreprise », résumait dans un entretien à la presse spécialisée Philippe Silberzahn, professeur d'entrepreneuriat, stratégie et innovation à l'EM Lyon.

60 % des postes salariés actuels vont disparaître

Xavier Lainé, l’homme fort de French Tech Bordeaux et ancien diplôme de Kedge ©DR

Les difficultés sur le front de l'emploi ne sont sans doute pas étrangères à ce phénomène de société si bien que l’on parle d’un « entrepreneuriat d’opportunité », par opposition à celui de nécessité (de leurs aînés ?). Mais l'expression fait aussi référence à leur agilité à intégrer les modèles de la nouvelle économie numérique et leur capacité à se mouvoir dans un environnement collaboratif, qui en font notamment des acteurs clés pour préparer les emplois de demain, « dont on sait que 60 % des postes salariés actuels sont appelés à disparaître dans les 10 ans qui viennent », insiste Xavier Lainé, l’homme fort de French Tech Bordeaux qui a créé sa première entreprise à 18 ans.

« Il y a, de ce fait, un vrai challenge pour les écoles à opérer dès à présent le virage pour anticiper sur une tendance qui s’accélère : le passage d’une forme de travail en salariat vers un entrepreneuriat. Elles doivent redéfinir les formations de façon à faire émerger sur territoire français les champions qui deviendront les leaders de demain. L’accélérateur de Kedge est le parfait exemple de ce qui va faire le succès des écoles de demain », assure le quadra, ancien diplômé de Bordeaux École de management et cofondateur en 2007 de la société Primobox à Martillac (Gironde), devenue l’un des leaders de la dématérialisation des documents pour les ressources humaines.

Le digital, qui a allégé le ticket d’entrée et accéléré les modes d’exécution (les réseaux sociaux abolissent les distances avec les clients ou usagers), le développement des structures d’accompagnement aux jeunes entreprises, comme les incubateurs et les accélérateurs, la visibilité de la French Tech, l’intérêt médiatique croissant pour l’innovation, aidé par quelques héros médiatiques de la nouvelle économie qui ont popularisé l’aventure … tout joue en faveur d’un basculement.

« Et il n’y a pas de meilleur fédérateur intergénérationnel que l’entrepreneuriat. Le sel d’une école est sa capacité à fédérer toute la communauté autour de projets qui tiennent à cœur à tout le monde », estime Christophe Mouysset, directeur des relations entreprises du groupe Kedge BS.

Cercle vertueux

Rachel Delacour, cofondatrice de BIME Analytics avec Nicolas Raspal. La société montpelliéraine s’est fait racheter (45 M$) par une licorne californienne Zendesk. ©DR

 

« Si les États-Unis comptent autant de leaders mondiaux, comme Google, Amazon ou Yahoo, c'est parce que ces derniers sont nés rapidement et ont très vite levé des montants très importants qu'ils ont réinvesti tout de suite », soutient Xavier Lainé.

Si Stanford réussit en effet si bien, c'est non seulement parce que l'école investit dans les start-ups qu'elle contribue à faire éclore, mais aussi parce que la communauté met « la main à la patte et à la poche », sourit Rachel Delacour, cofondatrice d’un éditeur de solutions de business intelligence BIME Analytics avec Nicolas Raspal. Membre de l’association d’entrepreneurs et d’investisseurs France Digitale, qui œuvre en faveur des start-ups françaises du numérique, la diplômée de Kedge (alors ESC) sortie en 2003, est à l’initiative d’une société créée en 2009 qui connaît un joli destin.

La société montpelliéraine s’est fait remarquer et racheter (45 M$) par une licorne californienne Zendesk « qui a investi dans une société française en reprenant toutes les équipes pour la faire grandir, incarnation d’ailleurs d’une entreprise qui a rencontré un succès à l’échelle planétaire depuis le sud de la France », insiste celle qui assure aujourd’hui la direction générale. 

 « Il y a quelques années encore quand j’étais venue témoigner lors d’une remise de diplômes, j’avais l’impression de lutter pour dire qu’il n’y avait une vie en dehors du salariat. Une école de commerce doit aussi apprendre à créer sa propre richesse car l’on s’émancipe par l’entrepreneuriat », milite celle qui a rejoint le Comité stratégique entrepreneuriat** de l’accélérateur. « Être outillé ainsi, de la pouponnière jusqu’à l’accélération avec le bénéfice de l’expertise des anciens...cela va amener plus de création de richesses sur l’ensemble du territoire et pourquoi pas faire naître des champions à l’international depuis Marseille ».

Emmanuel Guyot, président cofondateur d’Edoki Academy, sa troisième société, et ancien cofondateur de Digitick
, a pour sa part, mis « la main à la poche » :

« Beaucoup d’anciens élèves ont créé des entreprises à succès et je gage sur de nouvelles générations d’étudiants vont se lancer grâce à ce lieu. Pour participer au mouvement, nous avons investi dans la plateforme de dons d’objets sur les réseaux sociaux Geev, prédestiné à un énorme succès », garantit-il.

« Je suis issu de la promo 2008, et si la business nursery avait alors existé, je me serais lancé plus tôt dans l’avenir entrepreneuriale et commis moins d’erreurs », témoigne Hakim, qui a initié ce concept de « adopte un objet » et intégré l’accélérateur de Kedge l’an dernier. « C’est par ce biais que j’étais mis en contact avec Emmanuel Guyot qui m’accompagne sans ingérer dans mes propres choix : je reste maître à bord mais il met en contact avec les bonnes personnes et pose les garde-fous. Nous avons opéré notre lancement national il y a deux semaines avant d’envisager un développement européen ».

Une seule start-up européenne parmi les 100 les plus successfull

Xavier Rolet, le patron de la Bourse de Londres ©DR

« Sur les 100 startups les plus "successfull" créées depuis 1975, 26 sont californiennes, 15 sont américaines et seulement une est européenne », déplore pour sa part Xavier Rolet, le patron de la London Stock Exchange, qui a fait l'ouverture lors de l'inauguration du Kedge Accelerator. « Les temps ont changé, et les cycles s’accélèrent considérablement. Les entreprises qui ont réussi ne vont pas jouer au golf pour couler leur retraite mais pour réinvestir », abonde l’ancien diplômé.

« C’est de la bienveillance, de l’accompagnement et tout cela, pour zéro point au capital », témoigne Noël Bauza, dont l'entreprise Zeroeco impact, plateforme qui vise à faciliter, récompenser et valoriser les engagements environnementaux, est accélérée par Kedge.

« Cela nous permet de challenger le projet d’un point de vue stratégique, d’opérer éventuellement un autre virage avant de se prendre le mur, d’être bien conseillé sur un plan juridique et de bénéficier d’un vaste réseau car Kedge fédère des entrepreneurs, des anciens, des grandes entreprises… c’est une force », ajoute Milan Poyaud, fondateur de Vaka, une plateforme de curation de marketing dont l’offre consiste à proposer aux PME et TPE un social media manager personnel en exploitant le marketing prédictif.

Pour assurer le service, Kedge BS, comme d'autres business schools, ont initié des politiques partenariales avec des structures de capital-risque, des business angels, des cabinets d’audit, experts comptables, juristes…En l'occurrence, l'école du sud de la France a notamment contracté avec Akheos et Grant Thornton un forfait d'honoraires, « ce qui permet aux futurs entrepreneurs de constituer gratuitement une société, de faire les recherches d’antériorité, de déposer leurs marques, leurs conditions générales ...», développe Jean-Pierre Gassnier, du cabinet d’avocats en droit des affaires et des sociétés Akheos.

« On suit quatre à cinq projets. On décortique les business plans, déjoue les pièges, juge de l’opportunité d'une décision … », argumente le représentant de la société d’audit Grant Thornton, qui ne serait « peut-être pas devenu expert-comptable si cet outil avait existé de mon temps ».

 

Nouvelle dictature des classements

Dans quelques années, loin des classements actuels qui tiennent lieu de boussoles sur des critères encore très conventionnels (qualité de la pédagogie, le niveau de la recherche, l’ouverture internationale et l’insertion professionnelle), les business schools seront donc sans doute davantage jugées sur d’autres indicateurs : leurs capacités à créer les start-up « incarnant la France de demain », l’efficacité de leurs structures d’incubation et accélération, de l’écho médiatique de leur mentorat, voire ... de leurs capacités à financer les pépites. L’ESSEC a déjà franchi le pas en se dotant d’un fonds d’amorçage.

 

Adeline Descamps

*Le Plan Étudiants Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat (PEPITE) cofinancé par le Ministère de de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MENESR), le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique (MEIN) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). 

** le Comité stratégique est composé de Ilan ABEHASSERA, Fondateur et président directeur Général d’Ily, Rachel DELACOUR, cofondatrice de BIME Analytics, Xavier LAINE, délégué général French Tech Bordeaux, Christian VANIZETTE, co-fondateur Make Sense, Georges KLENKLE, cofondateur et directeur général des opérations DEGETEL Group, Richard CAILLAT, Président du conseil de surveillance Groupe HighCo, Emmanuel GUYOT, président cofondateur d’Edoki Academy et ancien cofondateur de Digitick, Emmanuel NAHMIAS, cofondateur OverSeedz.

 

 

 

Frénésie entrepreneuriale

 

De nombreuses écoles d'ingénieurs, de commerce et de management proposent aujourd’hui des cursus dédiés (recensés par l'observatoire des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat de l'APCE). La plupart développe une filière de formation initiale à la création et au pilotage d'entreprise et des masters spécialisés. Mais pas que : elles organisent des événements (live d’entrepreneurs, start-up weekend), proposent des solutions complètes d’accompagnement via notamment une politique partenariale avec des structures de capital-risque, des business angels, des cabinets d’audit, experts comptables, juristes…

Depuis 2003, plus de 200 projets ont ainsi grandi au sein du programme de la Blue Factory, l'incubateur de la Chaire Entrepreneur de l'ESCP Europe qui propose par ailleurs une option Entreprenariat.

EMLyon, qui revendique avoir créé un incubateur dès 1984, évalue à quelque 1 500 le nombre d’entreprises qui y sont nées, dont 85 % encore en activité après cinq ans. Sachant que quand les étudiants basculent dans l'incubation, ils sont passés par différents sas préparatoires (« projet de création d'entreprise (PCE), accompagnements para-académiques, programme de pré-incubation) dans lesquels le projet entrepreneurial devient le support de l'enseignement.

Le mastère spécialisé Entrepreneurs de Grenoble École de management aurait enregistré, entre 2009 et 2015, 400 % d’augmentation des candidatures. Quelques 170 start-up ou projets de start-up auraient ainsi incubés depuis 2011.

Le programme d’accompagnement de projets à fort potentiel de croissance HEC Challenge aurait permis de créer 384 entreprises innovantes, lesquels aurait créé 3 500 emplois, levé 629 M€ et déposé 809 brevets.

À l’école des Arts et Métiers, de 2008 à 2015, la demande d’intégration au sein des formations « Création d’entreprise et développement d’activités » (niveau master 2), serait passée de 1,8 % à 10 % des élèves. En 5 ans, 90 entreprises auraient et 500 emplois directs auraient été créés.

De l’incubateur de Centrale Paris, qui a mis en place une filière « entrepreneurs » dès 2001, sont sorties 70 entreprises depuis 2006 avec à la clé, la création de plus de 540 emplois, générant un chiffre d’affaires de 201 M€ et 76,3 M€ de fonds levés.

Télécom & Management SudParis a « fabriqué » 150 start-up générant plus de 1 500 emplois.

Polytechnique, davantage connu pour former les futurs patrons du CAC 40, fait valoir un trend de 50 projets de start-up développés chaque année. Et sur son campus de Palaiseau (Essonne), un bâtiment entièrement dédié aux start-up doit son existence (grâce à un investissement de 5 M€) à un ancien élève devenu un célèbre patron d’un géant des télécoms, Patrick Drahi.

 

 

 Les jeunes et l’entrepreneuriat

 

- 10 000 : Le nombre de créations d’entreprises par an par les jeunes diplômés

- 135 000 : Le nombre de créations d’entreprises par les moins de 30 ans (+ 208 % entre 2002 et 2014)

- 60 % : Le pourcentage des jeunes qui envisagent de se mettre à leur compte, de reprendre ou de créer une entreprise (sondage Opinionway – 2016)

- 79 % : Le pourcentage des jeunes estimant que le système éducatif prépare mal à la création d'entreprise (sondage Opinionway – 2016)

- 30,6 % : La part des étudiants de Kedge BS qui souhaitent créer ou travailler dans une start-up

- 5 % : Le taux de diplômés créateurs d’entreprises au sein de Kedge BS

- 3,85 M€ : Le montant des fonds levés par les incubés de Kedge BS

- 2 267 : Le nombre de statuts étudiants-entrepreneurs accordés en France en 2016 (49 en PACA)         

- 30 % : La part des jeunes actifs au chômage

Sources : APCE, Ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Kedge Business School, sondage Opinionway (Les jeunes et le travail : salarié ou à son compte ? - 2016)