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08.03.2017 - Emploi / Formation

Skola, quand la boutique se fait école

Pour battre en brèche la fatalité des statistiques - le chômage des jeunes - l'Ouvre-Boîte, pépinières de jeunes faiblement qualifiés, d'une genre nouveau, est à l'origine de la première boutique-école à Marseille. Objectif : former 20 jeunes à un des métiers les plus en tension sur le département.

 

C’est l’un des paradoxes  de ce territoire. Il y loge les grandes filières reconnues comme celles qui feront l’économie de demain mais accuse l’un des taux de chômage les plus élevés de l’Hexagone et les métiers dits en tension y sont légion (54 en région, ceux du commerce figurent notamment parmi les profils les plus recherchés selon l’enquête 2016 de Pôle Emploi sur les besoins en main d’œuvre).

Les jeunes sont les principales victimes collatérales de la situation. Selon les dernières données actualisées de la Direccte, dans les Bouches-du-Rhône, le nombre de demandeurs d’emploi tenus de rechercher un emploi, ayant ou non exercé une activité dans le mois (catégories A, B, C) s'est établi à 198 550 fin janvier 2017. Parmi eux 24 630 personnes de moins de 25 ans. Une légère baisse depuis trois mois (-0,6 %) et de 0,3 % sur un an.

En France, un jeune actif sur cinq était toujours en recherche d’emploi trois ans après ses études tandis que 140 000 jeunes quittent chaque année le système éducatif sans diplôme. Quant à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’en décrocher un, la moitié d’entre eux pointent au chômage.

En face de cette demande, 4 320 intentions d’embauche sont signalées dont 32,5 % dans le département des Bouches-du-Rhône.

Pour battre en brèche la fatalité des statistiques, l'Ouvre-Boîte, dispositif d'accompagnement aux pratiques innovantes en faveur des jeunes de moins de 26 ans en difficulté d’insertion professionnelle créée il y a un an à Marseille par la Fondation des apprentis d'Auteuil, part du principe que l'entrepreneuriat n'est pas une affaire de catégorie sociale.

« La jeunesse en difficulté est le révélateur de l’échec de notre société. La fondation accompagne en insertion 26 700 jeunes et a enregistré une croissance de 60 % en 5 ans. On ne pourra plus inspirer cette jeunesse sans faire place aux idées neuves, sans audace, sans esprit d’invention. On doit innover », souligne Bruno Galy, directeur d'Apprentis d’Auteuil PACA.

Servir plusieurs objectifs

Au premier plan notamment : Sandra Chalinet, directrice des Terrasses du Port (au centre), Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Marseille Provence (à gauche), Dominique Tian, premier adjoint à la Ville de marseille (à droite), Laurence Paganini, DG de Kaporal (à ses côtés, débout).

Pour le prouver, la « pépinière » a initié une boutique école qui a trouvé un écho (et un point de chute) auprès de Sandra Chalinet, directrice du centre commerçant marseillais Les Terrasses du Port, laquelle a défendu ce projet auprès de son employeur, la foncière britannique Hammerson. Ainsi, les Terrasses du Port ont-ils mis à disposition gracieusement un pop-up store de 150 m2 dans lequel sont proposées à la vente des marques de prêt-à-porter féminin (dont Kaporal, Joe Retro, Chanel, Le Printemps, Haveney, L’Oréal, Veja, Décathlon, Coralie, La Nouvelle, Marseille Sometimes, Stonet to Wear), ainsi que des créateurs soutenus par la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode.

Objectif du dispositif : former 20 jeunes de moins de 26 ans faiblement qualifiés (sélectionnés parmi  plus de 200 candidatures sur le seul critère de la motivation), aux techniques de vente via un programme de formation en « real life » de 360 h qui déboucheront sur un titre reconnu par l'État. Le but étant d'assurer  le « dernier km » soit le maillon manquant entre le jeune et le recruteur : faire en sorte que les autres magasins voient cette boutique-école comme un vivier de recrutement.

« Depuis la genèse du centre, les Terrasses du Port se sont impliquées dans des initiatives innovantes en faveur de l’emploi, notamment, à travers le dispositif "Les Terrasses de l’emploi", en partenariat avec Pôle Emploi, La Mission Locale et Émergence(s). Le fait d’être partie prenante d’un projet novateur et surtout, ayant un impact positif socialement, fait intégralement partie de notre ADN. En sus d’un impact positif sur l’emploi, et grâce à l’implication de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode, ce projet va également permettre l’émergence de jeunes créateurs qui pourront disposer d’une véritable "vitrine", à forte fréquentation, pour y exposer leurs produits », justifie son engagement Sandra Chalinet

Relever le défi de l'emploi par des approches innovantes

« La CCI Marseille a placé la question de l’ emploi et de la formation au centre des priorités de sa nouvelle mandature, que l’on ne pourra relever qu’en additionnant les énergies des différents acteurs. La solution réside très certainement dans de nouvelles approches, innovantes et collaboratives, telle que Skola, qui casse les codes et offre aux jeunes une nouvelle vision du travail ou encore le dispositif "Impact Jeunes" que nous avons lancé la semaine dernière en Préfecture, porté également par la fondation des Apprentis d’Auteuil », a expliqué lors de l’inauguration ce 8 mars Jean-Luc Chauvin.

La boutique-école, qui s’appuie notamment sur le centre de formation du Groupe école Pratique (GEP) de la CCIMP pour assurer les enseignements, a été financée (cout de 88 000 euros) par l’AGEFOS PACA (52 000 euros), le Collectif pour l’Emploi (15 000 euros), Apprentis d’Auteuil / L’Ouvre-Boîte (quelque 11 000 euros). Une partie sera « autofinancé » avec le solde avec des produits tirés de la vente. Si l'expérience est concluante, Hammerson pourrait l’expérimenter dans d’autres centres.

A.D