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16.12.2016 - Économie numérique

CES 2017 : Survivor attitude pour 14 startups

C'est l'événement dont toutes les startups parlent en janvier. Celui qui s'est imposé comme un « incontournable mondial » pour donner à son innovation visibilité maximale. 14 startups ont fait l'objet d'un training commando pour gérer au mieux leur présence au plus sélectif des salons.

Pour nombre de startups, l’heure de l’événement-majuscule, dont tout l’écosystème parle en janvier, approche. Celui qui s’est imposé en 50 ans comme un « incontournable mondial » pour lancer son produit, pénétrer le marché américain, rencontrer des distributeurs et investisseurs du monde entier et/ou gagner en visibilité et lisibilité. Celui qui en met plein la vue avec son déballage de technologies et de produits. Celui qui a servi d’écrin à toutes les innovations de rupture de ces dernières décennies et qui n’a pas d’équivalent à ce jour en termes d’annonces, d’innovations et d’intervenants représentant l’ensemble de la chaîne de valeur.

« Le MWC de Barcelone en février est focalisé sur les mobiles. L’IFA de Berlin en septembre est une redite avec quasiment les mêmes produits, dans leur version commerciale prête pour la saison de Noël. Le Computex de Taïwan en juin est très focalisé sur l’écosystème des PC. Le CEATEC de Tokyo en octobre est plus petit, en déclin, et peu ouvert sur le monde », résume Olivier Ezratty.

Le consultant en stratégie est connu pour l'édition chaque année depuis 11 ans d'un rapport issu de ses visites, un pavé de plus de 300 pages qui fait état de l'offre et de la demande (diffusé gratuitement sur le blog « Opinions Libres ») mais qui se veut aussi un guide à l’intention des startups pour gérer au mieux cette «  expérience marquante » dont il est difficile de se « construire une image mentale » tant il « procure systématiquement une impression de vertige par son gigantisme ».

Arsenal numérique

Quoi qu'il en soit, depuis deux ou trois ans désormais, date de lancement de l’initiative French Tech*, le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, le salon mondial des hautes technologies grand public, offre à la France un miroir grossissant de son potentiel technologique tant la Tech française y déploie son arsenal numérique. Et cette année, encore, la French Tech, dont la présence fut longtemps modeste (entre 16 et 54 exposants jusqu’en 2013), sera largement représentée.

Au dernier relevé, 266 entreprises hexagonales (s’) exposeront à Las Vegas du 5 au 8 janvier 2017 à l'occasion de ce rendez-vous qui n’est plus tout à fait celui de l'innovation dans l'univers de l'électronique grand public mais de plus en plus celui de la transformation numérique (à cet égard, le changement de nom de l’association qui l’organise, de Consumer Electronics Association à Consumer Technology Association, est révélateur). Parmi elles, 224 startups feront montre de leur capacité d'innovation, notamment les  174 qui ont droit de cité au sein des 176 000 m2 de l’Eureka Park, espace « startups friendly » créé par le très médiatique directeur du salon Gary Shapiro, pour flécher l’innovation de rupture. Elle sera la première délégation mondiale de startups (36 % des 480 recensées), juste devant les États-Unis (150 startups) et loin devant Israël (16 startups), la Corée du sud (15 startups) ou encore la Chine (14 startups).

Parmi elles, il y aura 23 « pépites » du territoire Aix-Marseille-Provence, dont 14 sélectionnées dans le cadre d’un dispositif de training pour gérer au mieux leur présence, piloté par la CCI Marseille Provence, et qui seront emmenées sous le pavillon Aix-Marseille French Tech (les autres sont portées par d'autres structures comme la Poste, Business France, qui a sélectionné sur concours après appel à candidature une 28 entreprises, ou encore des pôles de compétitivité comme Solutions Communicantes Sécurisées).

Être présent au CES 2017, pas automatique

« Les critères de sélection pour exposer dans l’Eureka Park ont durci cette année en raison de l’affluence grandissante des demandes pour le même nombre de startups au total. Les candidatures sont proposées au CES qui valide le fait que l’offre soit en adéquation avec le marché. Mais cet espace offre plus de visibilité et d’impact à la French Tech », explique André Jeannerot, président de l’association MedinSoft, association en charge de la coordination opérationnelle du projet d’Aix Marseille French Tech

 Pour figurer au sein de l’Eureka Park, l’entreprise doit proposer une technologie destinée aux consommateurs, qui sera disponible commercialement dans les 3 prochaines années, mais qui n'est pas encore en vente (exception pour les services en ligne qui ont été lancés dans les 9 mois qui précèdent le CES et pour les produits qui ont été lancés jusqu'à 12 mois maximum avant le dépôt du contrat d'exposition au CES).

Si les startups peuvent candidater seules, partir avec un organisme public ou un grand compte (La Poste avec son Programme French IoT, Engie qui a notamment investi dans SigFox ou Legrand dans Netatmo) qui apporte coaching et encadrement, c’est mieux, s’accordent à dire les parties prenantes de ce premier dispositif initié pour « envoyer » à Las Vegas un panel d’entreprise (opération financée par la Métropole Aix Marseille Provence, les conseils de territoire de Marseille Provence et du Pays d’Aix).

Sélection des 14 élues

« Avenir Telecom expose depuis 28 ans au CES. Je n’ai pas eu cette chance au début », reconnaît Jean-Daniel Beurnier, un familier des lieux et porte-drapeau provençal au CES depuis quelques années.

 « On a dû se battre contre le monde pour obtenir ces 14 présences, qui sont le fruit d’une intense négociation avec les organisateurs du CES. 33 dossiers avaient été présentés. Ce dispositif permet de placer les startups dans les meilleures conditions pour réussir leur salon ».

À l’issue d’un appel à candidature lancé par AMFT, les 14 TPE ont intégré le parcours d’accompagnement, prises en charge « dès la saisie de leur candidature au CES ». Elles ont alors bénéficié d’un programme d'accompagnement complet (coaching délivré par un expert reconnu du CES, audit pour qualifier leur marché cible, accompagnement marketing et juridique, élaboration des supports de communication, soutien logistique, aide à la stratégie d’animation du stand, conseils à l’international de CCI International PACA etc.), font valoir ses instigateurs. « Les entreprises de la délégation seront suivies sur place puis bénéficieront, à leur retour, d’un suivi individuel pendant 3 mois », ajoute Jean-Daniel Beurnier, en outre membre élu de la CCI Marseille Provence.

Rencontrer Gary Schapiro

« Ces entreprises vont aussi faire du bien au territoire », abonde Gérard Bramoullé, premier adjoint à la Ville d'Aix-en-Provence et vice-président de la Métropole AMPM en charge du numérique, qui estime ainsi « ne pas avoir investi de l’argent public pour rien ».

Faire grandir les entreprises sans oublier de promouvoir le territoire, rebondit Didier Parakian, premier adjoint en charge de l’Économie de la Ville de Marseille et vice-président de la Métropole AMPM, qui entend profiter du séjour pour « rencontrer ce Gary Shapiro et le convaincre de la pertinence à organiser un CES euro-méditerranéen à Marseille. Nous sommes les mieux placés pour cela », plaide-t-il, rappelant que dans la course aux Datacenter, la France apparaît comme un « spot géographique de premier choix en termes de maillage de connexions » et Marseille a fortiori, point de chute de plusieurs câbles intercontinentaux (ceux qui permettent de faire circuler de la donnée, précieuse pour surfer sur internet, diffuser des photos, télécharger des vidéos) entre l’Europe, l’Afrique, le Moyen Orient et l’Asie du Sud-Est.

« Les atouts ne manquent pas, renchérit André Jeannerot, « en plus d’être ce hub de convergence numérique, le territoire dispose d’infrastructures de haut niveau et plus de 8 000 entreprises du numérique y sont implantées dans des domaines d’excellence ».

Il faudra à cet égard être très convaincant. On sait le directeur du CES de Las Vegas, qui a initié en 2015 une version asiatique du CES à Shanghai (26 682 visiteurs dont 3 644 étrangers), être encore réticent à l’idée de concurrencer l’IFA de Berlin (septembre) et désormais peut-être, le Viva Technology, que le groupe Les Échos, associé à Publicis, a organisé en juin 2016.

VIP en VRP de l’innovation

Ultime illustration de l'enjeu numérique, ces dernières années, en soutien à l’initiative French Tech, qui aura eu pour effet de « reconnaître » le rôle des start-ups comme des acteurs moteurs de l’innovation et de structurer un écosystème de façon à les rendre plus lisibles dans un marché ultra-compétitif et ultra-rapide, le CES fait l’objet d'« accompagnement » de VIP : présence remarquée d’Emmanuel Macron en 2016 alors ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique (qui récidive cette année), d’Axelle Lemaire, la secrétaire d’État au Numérique, mais aussi de Pierre Gattaz, et de « marqueurs » de référence, français : Frédéric Mazzella, cofondateur de la plateforme de covoiturage BlaBlaCar, Ludovic Le Moan (Sigfox), Patrick Daher (Daher), Raphaël Gorgé (Groupe Gorgé), Jean-François Rudelle (Criteo) et quelques poids lourds du CAC 40 (Engie, Veolia, La Poste et Valeo…).

Le candidat Les Republicains à la présidentielle 2017 François Fillon devrait fouler cette année la Paradise Road pour ne pas laisser à un de ses homologues de l'opposition, Emmanuel Macron, la primauté sur les valeurs montantes de l'économie française : les startups !

A.D

* L’Initiative French Tech a été lancée par l’État fin 2013. Elle est pilotée par la Mission French Tech, au sein de l’Agence du numérique, au ministère de l’Économie. Ses actions sont financées par le Programme Investissements d’avenir French Tech dotée de 215 M€ et opérée par la Caisse de Dépôts.

 

Liste des 14 entreprises au sein de l’Eureka Park (sur le stand d’AMFT)

Air Space Drone (Gardanne) : Solution d’identification et de sécurisation des drones professionnels.

BookMyHelo (Marseille) : Plateforme destinée à démocratiser l’usage de l’hélicoptère sur les trajets courts (réservation du siège à l’unité à un prix attractif)

Customer Labs (Marseille) : Présentation d’UpMyShop : outil de pilotage de la réputation et qualité de services pour les commerces et professionnels du tourisme

Genes’ink (Rousset) : Procédé d’impression de circuits flexibles, insécables, légers et transparents, dont les applications concernent la totalité du parc des objets connectés actuels et à venir

GoalMap (Aix-en-Provence) : Application multithématique, permettant de suivre la réalisation des objectifs que l’on se fixe, et de bénéficier d’aide et de soutien pour y arriver.

iProtego (Marseille) : Lancement d’Osculteo : plateforme dédiée à la protection de l’identité numérique

Ironova (Marseille) : Lancement de Ankkoro, bracelet connecté dans l’univers du jeu vidéo

Keeex (Marseille) : Technologie de sécurisation et gestion des échanges et données de toute nature (tchat, photo, vidéo, documents, données techniques...)

Sonora Labs (Aix-en-Provence) : Présentation de Lola, Datacenter à domicile, sécurisé et écologique

OnTracks (Marseille) : solution de guidage connecté « intuitif » dans la pratique des sports outdoor, l’utilisation des deux-roues en milieu urbain et la découverte de circuits touristiques

Solable (Lambesc) : présentation de LaDouche, chauffe-eau thermocyclique permettant d’économiser 80 % de l’énergie consommée pour chauffer l’eau, de disposer d’une eau chaude instantanée et illimitée et de réduire de 20 % la consommation d’eau

Swap Alzheimer (Aix-en-Provence) : solution de localisation et d’alerte permettant de protéger les personnes atteintes d’Alzheimer et de rassurer leurs aidants

Unistellar : Présentation de eVscope (pour Enhanced Vision Telescope), télescope dit intelligent qui amplifie la lumière, apporte des contenus informatifs et interactifs pendant l’observation …

Wineven (Marseille) : Plateforme de coaching sportif multi-disciplines

 

L'éveil numérique de la France

Jusqu'en 2013, le drapeau tricolore a été relativement discret au CES de Las Vegas, salon créé en 1967. C’est principalement, sous l’influence de l’initiative « French Tech » lancée en janvier 2014 par Fleur Pellerin, qu’a été créé un village de startups françaises sous le pavillon de Business France (à l’époque, Ubifrance).

Le poids des startups françaises dans les objets connectés explique aussi la représentation numérique (en nombre) à cet événement qui est et a toujours été un grand salon des objets connectés. Si la thématique paraît récente, c’est en raison du rôle pris par les smartphones pour piloter ces objets.

La croissance de la présence française le doit aussi à un jeu de lobbying entre la France, qui souhaitait améliorer sa visibilité au CES, et Gary Shapiro, le patron de la Consumer Technology Association (CTA)™ organisant le CES, intéressé à développer la dimension internationale de son salon et accessoirement, à vendre des m2 de stands.

Pour l’édition 2015, le pavillon français avait déployé une flotte de 153 entreprises (+ 33 % par rapport à 2014 qui marquait la première présence de l’Hexagone), dont 68 startups dans l’Eureka Park. En 2016, sur 4 112 exposants, 200 (peut-être davantage) étaient des « ressortissantes » françaises, deuxième contingent mondial. Et avec 128 startups dans l’Eureka Park, la France pesait près de 30 % de la présence mondiale (sur 457 jeunes pousses mondiales), avec un écosystème couvrant largement la chaîne de valeur de la connectivité aux objets connectés professionnels et grand public. La Provence y était représentée par 29 entreprises dont 13 start-ups (notamment accompagnées par le Pôle de compétitivité Solutions Communicantes Sécurisées et le Technopôle de l'Arbois). Soit la 3e plus importante délégation parmi toutes les French Tech labellisées en France, derrière Montpellier (15) et Grenoble (14) mais devant Lyon (8) et la Côte d’Azur (6).

Par ailleurs, 16 d’entre elles avaient été récompensées par les « CES Innovation Awards 2016 » à l’occasion de l'avant match, le CES Unveiled à New York. C’est le sésame pour gagner une exposition maximale auprès du grand public et de partenaires potentiels, partout dans le monde. Parmi elles, deux étaient issues de la Aix-Marseille French Tech : la marseillaise 3D Rudder dans la catégorie « Gaming » pour sa plateforme tactile à contrôler avec les pieds et mieux se mouvoir en réalité virtuelle et l’aixoise Ween, dans la catégorie « Smart Home », pour son thermostat intelligent connecté aux smartphones.

 

La Poste, emballée par l’Internet des Objets

 Dans le cadre de sa « IoT Academy », le groupe La Poste a sélectionné cette année 15 startups, dont trois de la région Paca : la société Ween, basée à Aix-en-Provence, dont le thermostat intelligent promet de diminuer de 25 % les factures de chauffage ; la société Myxyty qui a développé une enceinte multi-room offrant des services de domotique contrôlée par la voix ; et Fingertips dont le coussin intelligent destiné aux personnes en perte d’autonomie.

C’est la 2e année que la Poste, dans la perspective du CES, lance un appel à concours (French IoT) sur l’ensemble du territoire français en vue d’accompagner des startups innovantes dans le secteur de l’Internet des Objets. Toutes les startups ont été choisies en fonction de quatre thématiques : commerce connecté et distribution, smart home, smart city, smart facilities aux entreprises et santé.

BNP Paribas Real Estate, Boulanger, Derichebourg Multiservices et Malakoff Médéric se sont associés au programme pour sponsoriser des startups développant des objets ou services connectés dans leurs métiers respectifs. Près de 280 candidatures ont été reçues sur le site du concours, soit 3 fois plus que l’an passé, dont 23 candidatures de la région PACA.

« La première édition du programme a permis de rassembler une communauté de près de 100 startups, fait valoir le groupe. Près de 65 accords de partenariats ont été conclus avec le groupe. Et les premières expérimentations sont mises en place depuis janvier 2016 pour 17 startups lauréates de l’édition 2015, dont un pilote Smart office au siège de Docapost, filiale de La Poste ».

Par ailleurs, aux termes d’une sélection effectuée sur 230 dossiers de candidature, BusinessFrance a retenu 28 start-up de la French Tech qui ont donc gagné leur ticket pour Las Vegas (en région, au sein de l’Eureka Park : Fenotek, Novathings, Think&Go…)

 

 

 

 

 

 

 

 

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