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10.08.2015 - Développement durable

NCIS : Une nouvelle expérience autour de l'écologie industrielle

NCIS pour « Nouvelles coopérations industrielles et Synergies ». Ce nouveau dispositif d’écologie industrielle appliquée, piloté par la CCI Marseille Provence, pourrait bien, par sa durée et son ampleur, coiffer l’ensemble des démarches déjà initiées sur le territoire.

NCIS. Non il ne s’agit pas de l’acronyme du service d’enquêtes criminelles de la Marine (Naval Criminal Investigative Service) qui a inspiré la série télévisée policière américaine mais de l’abréviation de « Nouvelles coopérations industrielles et Synergies », un nouveau dispositif d’écologie industrielle appliquée piloté par la CCI Marseille Provence et qui pourrait bien, par sa durée et son ampleur, coiffer l’ensemble des démarches déjà initiées sur le territoire Marseille Provence.

Car en la matière, les expérimentations ont proliféré ces dernières années. Et la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer est, à cet égard, un terrain d’application privilégié. Et pour cause, ses quelques 10 000 ha concentrent des enjeux économique et environnemental de taille en raison d'une forte concentration industrielle (chimie, raffinage, aéronautique, mécanique) et de la présence du Grand Port de Marseille Métropole (GPMM) en tant qu’aménageur. 

De la zone industrielle au laboratoire d'énergies vertes

L’expérience la plus médiatique demeure Piicto, la plate-forme industrielle et d’innovation Caban Tonkin (cf. plus bas) et ses 1 200 ha. Là, une quinzaine d’industriels1 participent à un programme d’échanges d’utilités comme la vapeur mais où d’autres synergies éco-industrielles (production d’acide chlorhydrique, valorisation et recyclage de métaux ferreux) ainsi que la mutualisation de services (restauration, transports, gardiennage) ont été instaurées ou sont envisagées (deux projets sont en cours).

Adossée à Piicto, la plate-forme « Innovex » est destinée, elle, à accueillir des pilotes pré industriels issus des filières innovantes de l’hydrogène et de la valorisation du CO2 (bioremédiation du CO2 avec micro ou macroalgues ou encore production de méthane à base d’hydrogène et de CO2). Les premiers démonstrateurs sont attendus pour 2016, et notamment un prototype d’unité de production de microalgues, qui pourrait entre autres permettre le développement de biocarburants de substitution dits de « 3e génération », notamment à partir de recherches conduites par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à Cadarache (Bouches-du-Rhône).

Mapping élargi à l'ensemble du territoire

Propriétaire foncier des 9 750 ha de la zone industrialo-portuaire de Fos dont 1 330 sont aménageables, le port de Marseille se dit engagé depuis 2004 dans des réflexions autour de l’EIT (écologie industrielle territoriale). Une première démarché initiée avec l’École des Mines d’Alès a permis d’établir un mapping technologique de la zone (bilan des flux de matière et d’énergie et recensement des technologies clés, donnant lieu à une modélisation de certaines usines), outil dont il est prévu de l'élargir à la totalité du territoire Aix Marseille Provence et de le cibler, non seulement industriel mais aussi urbain et agricole.

Le GPMM, qui a inscrit l’écologie industrielle dans sa feuille de route stratégique 2014-2018, a également conduit avec l’agglomération Ouest Provence une étude qui a abouti à l’identification de nouvelles activités de production d’énergies. Des initiatives qui ne procèdent visiblement pas hors sol : une « étude-action pour le développement industriel de l’Ouest de l’Etang de Berre », rendue publique en 2013 par les deux intercommunalités Ouest Provence et Pays de Martigues, fait aussi le pari de nouvelles filières dont certaines à partir des applications de l'économie circulaire : l’hydrogène-méthanation, la chimie biosourcée (applications des algues) ou encore la valorisation des déchets issus du démantèlement de navires.

100 entretiens réalisés

« Le dispositif NCIS sera complémentaire avec les projets déjà existants2 et va capitaliser sur les retours de ces expériences accumulées afin d’optimiser les interconnexions qui existent déjà entre les industriels de ce territoire tout en développant de nouvelles synergies », insiste le chef du projet à la CCI Marseille Provence, maître d’ouvrage de ce nouveau venu dans la galaxie des expériences circulaires. La Mission DGFI (Développement des grandes filières industrielles) de la CCI travaille sur ce projet avec l’UIC Méditerranée et l’association Environnement Industrie.

« Il s’agit de créer des relations et synergies entre industriels du pourtour de l’Étang de Berre pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières, échanger de flux (eaux industrielles, déchets etc.), des utilités, mutualiser des services (gestion des déchets, collecte et réutilisation des eaux pluviales, transport), partager des équipements (chaudière, production de vapeur, unité de traitement des effluents, etc.) ou des ressources (emplois en temps partagés, etc.), créer de nouvelles activités ».

À ce stade, après entretiens et visites, le projet entre dans sa phase « étude de flux », en somme la cartographie du métabolisme industriel : « nous allons qualifier et quantifier les flux au sein d’un échantillon d’entreprises situées sur le territoire Fos-Berre, préalablement identifiées afin d’identifier des « nœuds », c'est-à-dire des potentialités de valorisation. Ce travail permettra d’étudier la faisabilité technico-économique et environnementale des pilotes. La sélection des sites industriels sera ensuite arrêtée en COPIL3», souligne le chef de projet.

Financement de l'économie circulaire

Cofinancé par l’ADEME et la Région dans le cadre du Contrat de Plan État-Région (CPER) 2014-2020, le projet est prévu sur 30 mois (octobre 2014 à mars 2017).

Désignées comme les acteurs territoriaux privilégiés de l’économie circulaire par la Conférence de l’environnement de septembre 2013, les régions ont désormais quasiment toutes intégré un volet économie circulaire dans leur dernier contrat plan État-région.

Par ailleurs, 20 % de l’enveloppe du Feder peuvent être utilisés par les régions pour l’économie circulaire et si le terme n’est pas explicitement mentionné dans les dispositifs financiers comme « Horizon 2020 » ou encore « Life + », il s’agit pourtant bien de cela quand il s'agit de financer les démarches dans « l'éco-innovation », l'« écologie industrielle » ou les « énergies vertes »…

A.D

1 Piicto réunit Air liquide France Industrie, Asco Industries Fos (Ascometal), Bayer Polyols SNC, Cap Vracs, CNR, Elengy-GDF Suez, EveRé, GDF Suez Thermique, GPMM, Jean Lefebvre Méditerranée, Kem One, Lyondell Chimie France, Solamat-Merex.

2 Pour être exhaustif, il faudrait y ajouter le programme de la communauté d'agglomération du pays d'Aubagne et de l'Étoile avec les zones d'activités des Paluds, de Napollon et du pôle Alpha, où petite quarantaine d’entreprises industrielles y ont initié des synergies principalement axées sur le recyclage et la valorisation de certains déchets (cartons et palettes).

3 Comité de pilotage : CCIMP, Environnement Industrie, UIC Méditerranée, Ademe, Région Paca, DIRECCTE Paca, DREAL Paca

 

Piicto pourrait générer entre 5 et 10 M€ de revenus annuels

Le premier chantier de l’association créée en septembre 2014 et présidée par Jean-Philippe Gendarme, directeur du site Kem One à Fos sur mer, vise à doter Piicto d’un réseau de distribution vapeur. Moyennant un investissement entre 20 et 25 M€ (tour de table financier en cours), l’outil doit alimenter les entreprises de la zone portuaire en vapeur à partir de deux incinérateurs, l'un brûlant les déchets urbains de Marseille (EveRé, le centre de tri et de traitement des 400 000 tonnes annuelles de déchets de la communauté urbaine de Marseille), l'autre traitant des déchets spéciaux (Solamat-Merex, qui gère à Fos-sur-Mer traite 80 000 tonnes de déchets industriels par an).

Le premier génère plus d’un million de tonnes de vapeur par an et valorise en électricité l’équivalent de la consommation d’une ville de 50 000 habitants. Le second utilise 80 % de sa vapeur en interne et seulement 20 % sont transformés en électricité revendue sur le réseau.

« Ce projet permettrait d’éviter entre 70 000 et 140 000 t de CO2 par an et de générer entre 5 et 10 M€ de revenus annuels. L’enjeu est de parvenir à démontrer sa faisabilité technique et économique pour qu’il soit opérationnel début 2017. D'autres chantiers de synergies et de valorisation sont à l'étude, comme entre Kem One dont le procédé produit du chlore, et Lyondell qui se fournit aujourd'hui à l'étranger », explique Jean-Philippe Gendarme.

La plate-forme réserve également une zone (Innovex) pour l’expérimentation de technologies innovantes de production d’énergie. Des réflexions sont en cours, notamment sur les projets « Valgofos » (bioremédiation du CO2 avec micro ou macro algues) ou encore « Power to gas », démonstrateur d’hydrogène-méthanation (principe reposant sur le stockage de la surproduction des énergies renouvelables grâce à leur transformation en hydrogène ou en méthane de synthèse).

 

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