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16.03.2016 - Commerce

Les nouveaux terrains de jeu du commerce

Que ce soit pour capter du flux, augmenter ses revenus ou créer une ambiance, les commerces se réinventent en réservant des espaces dédiés aux jeux en tout genre : jeux de société ou vidéos, flechettes, baby-foot, billards et même … pétanque.

Ces dernières années, les bars à thèmes ont essaimé partout en France avec un concept parfois très éphémère, tant les fermetures ont suivi de près les ouvertures. « Pourtant, bien pensé, le thème peut avoir un attrait touristique supplémentaire pour les cafés, hôtels et restaurants. Les bars à jeux, qui proposent jeu de go ou partie endiablée de Jungle speed, fonctionnent plutôt bien. Ils sont majoritairement situés dans les villes moyennes. L’heure du jeu, à Rennes, est un restaurant où l’on peut certes manger mais aussi jouer. L’Auberge des VoyaJoueurs à Monteneuf dans le Morbihan est un hôtel, qui propose des espaces adaptés pour des jeux avec animateurs. À Marseille, des bars réservent aussi des espaces pour jouer et des boutiques spécialisées organisent des soirées conviviales à l’occasion, par exemple, de l’édition d’un nouveau produit », commente un chargé du commerce à la CCI Marseille Provence.

Le phénomène remonte en fait à la fin des années 90, souvent impulsé par des passionnés désireux de créer une communauté ou de faire partager une culture ludique. Le premier en France, Baraka Jeux, a ouvert à Montpellier en 1993. Le premier à Paris fut Oya en 1998. L’an dernier, Réseau des cafés ludiques a présenté son concept au Festival international des Jeux.

Résilience du marché des jeux de société

Contrairement aux idées vite reçues, qui les condamneraient à la désuétude à une époque 2.0 dominée par les écrans, les bons classiques Cluedo, Monopoly et autres Scrabble® résistent bien à la déferlante des jeux vidéos aux budgets colossaux et effets spéciaux.

À l'occasion de la 30e édition du Festival international des jeux, à Cannes fin février, le cabinet d’études NDP, qui publie chaque année un panorama du secteur, a fait état d’un marché en croissance de 3,4 % en valeur en 2015, enregistrant ainsi sa meilleure performance depuis 2011. Parmi les segments qui ont le plus contribué à la croissance de l’ensemble, on trouve les jeux de construction (+ 44 M€) et les jeux de société et puzzles (+ 33 M€).

Meltdown à Aix-en-Provence

Si des « bars gaming » ont émergé, majoritairement dédiés à l’univers des jeux vidéo (animations, retransmissions et tournois), ils réservent néanmoins une place aux dignitaires classiques. 

En 2014, près d’une vingtaine se sont implantés en France. Certains ont même essaimé en franchise, comme le Meltdown. Fondée en 2012 par trois Français, le réseau compte aujourd’hui une quinzaine de sites en France et à l’étranger, dont quatre ouverts en 2015 à Strasbourg, Grenoble et Toulouse et Lisbonne. La chaîne est présente à Aix-en-Provence depuis octobre 2014, où cocktail à l’appui, il est possible de regarder des stream (vidéo en live d’un jeu vidéo) ou de jouer.

Nexus à Marseille

En août 2015, Marseille a accueilli le Nexus cours Julien un premier bar gaming de 150 m2, revendiqué comme étant le 2e plus grand de France. Cofondé par Damien Florentin, influencé « par le succès de la Japan Expo ou du RetroGaming Show », l’endroit, à la fois bar et restaurant (le soir) donne accès à tout ce qui gravite autour de PC, consoles et tablettes, e-sport (avec organisation de concours et la retransmission sur écran géant des évènements majeurs). Mais aussi, en partenariat avec l’association Ludik’Action (promotion de la pratique des jeux), il dispose d’un espace dédié aux jeux de société.

Le 20 000 lieues aux Goudes

Situé dans le petit village de pêcheurs des Goudes, le 20 000 lieues, d’inspiration Jules Vernes, met aussi à disposition de sa clientèle des jeux de société. Autre phénomène qui a déjà envahi les cafés et les bars de la capitale : le retro et le vintage. Flippers, baby-foot et jeux de fléchette connaissent une seconde jeunesse ainsi que les premières consoles.

À Marseille, le Little Temple, entre le Vieux-Port et le cours Estienne d’Orves, propose, dans une ambiance irlandaise, une salle de jeux « plus rétro ». Dans une version plus provençale, le bar-restaurant Urban Kitchen, près du parc du 26e centenaire, a mis à profit sa grande terrasse pour aménager un … terrain de pétanque !

A.D

©DR

Sensas et Time Out, deux espaces qui capitalisent sur l’énigme

Deux endroits ont ouvert récemment à Marseille, capitalisant tous les deux sur l’énigme.

Avec Sensas (cf. www.sensas-marseille.fr) ouvert en octobre 2015 rue Julia à Marseille, Gregory Lafon et Silvana Popovic proposent un parcours de jeux et d’expériences basé sur les cinq sens (28 € par personne). Un concept entre Fort Boyard et Total Black Out qui consiste, pour des équipes de 2 à 16 personnes, à répondre à des énigmes de façon chronométrée dans le noir le plus complet.

Autre endroit, autre ambiance. Time Out Marseille (http://www.timeoutescapegame.com) est une « escape room », jeu interactif originaire du Japon dont le but est de résoudre des énigmes dans un temps imparti. Ici, les clients ont 45 minutes pour trouver la clé leur permettant de s’échapper de la pièce (19 € par personne et par session).

Créée par Milda Mikoliunate rue Paradis en octobre 2014, l’endroit propose restauration, salle de jeux pour patienter, et trois salles d'énigmes (accessibles aussi à un public anglophone et francophone) aux thèmes différents : Panic Room (camping en famille dans l'Est canadien) ; Very Bad Trip (préparation d’un mariage à Phuket en Thaïlande) et Crazy Doctor (road trip dans les pays de l’Est). La société M&M propose en outre des évènements exclusifs (team-building) pour les entreprises et cherche à se développer en franchise.

 

 

Les jeux en chiffres

Selon NDP Group, la France serait devenue en quelques années un des acteurs majeurs du monde ludique (les auteurs français s’exportent et la culture graphique des éditeurs est régulièrement primée dans les palmarès mondiaux) et ferait partie des marchés qui enregistrent en Europe la plus forte croissance. En France, le marché du jeu de société est dominé par Asmodee (« Dooble », « Jungle Speed », « Time’s Up » etc.), créé en 1995, qui accapare 25 % de parts du marché (2014).  

Hors jeux vidéo, les ventes de jeux de société étaient estimées à 340 M€ en 2014, soit près de 14 % du chiffre d’affaires global du marché du jouet, évalué à 2,438,7 Md€, avec 159,1 millions d’unités vendues pour un prix moyen de 15,33 €.

Selon la fédération française du Bridge, qui agrège 100 050 licenciés et 1 123 clubs, en 2e position après les États-Unis, 2,5 millions de Français seraient des joueurs réguliers. Son homologue pour les échecs affiche 900 clubs et 63 000 adhérents, dont plus de 70 % ont moins de 20 ans. Le nombre de clubs de Scrabble® est estimé à environ 1 000 et près de 16 000 licenciés. Le Scrabble® s’est en outre vendu à 150 millions d’exemplaires depuis sa création en 1948, dans 121 pays et en une trentaine de langues. Chaque année en France, il s’écoule à 350 000 unités.

Le chiffre d’affaires du jeu vidéo devrait s’établir à plus de 88 Md€ en 2016. La France compte 31 millions d’adeptes (source : Syndicat national du jeu vidéo).