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04.11.2015 - Commerce

La vente en vrac cherche à emballer de nouveau

Le retour de la vente à la pesée est une solution pour réduire à la source les déchets. Vertueux pour la planète, économique pour le consommateur, efficace contre le gaspillage, il n’est pas sans contraintes pour le commerçant et le client.

Les emballages se portent bien, merci pour eux ! Ils se comptent toujours en millions de tonnes. Un tiers de nos déchets ménagers sont des emballages jetables. La France dépenserait chaque année 15 Md€ pour traiter 5 Mt de déchets d’emballages ménagers chaque année. 1,7 milliard de sacs plastique à usage unique sont encore distribués en France chaque année, selon l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

La région PACA ne s’illustre pas pour son exemplarité : elle est en queue de peloton pour le tri des emballages légers (seulement 10,2 kg/hab./an) et du verre (20,8 kg/hab./an). Près de 1,4 Mt de déchets ménagers et assimilés étaient produits dans les Bouches-du-Rhône en 2013.

Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas

Le problème de recyclage ne se pose plus (ou du reste, moins) dès que l’on supprime les emballages et que l’on réutilise les contenants.

Deux commerces marseillais ont poussé le vice pour adopter sur toute la chaîne le comportement vertueux : vendre sans contenant et au gramme près des produits en provenance de circuits courts, en favorisant principalement les producteurs et fournisseurs locaux et en limitant au maximum les déplacements et transports inutiles obligeant souvent à sur emballer les produits distribués. Bénéfices consommateurs : consommer avec mesure (acheter uniquement la quantité dont ils ont besoin), de façon responsable (arrêter de nourrir les poubelles) et payer moins cher (selon les données actuellement disponibles, un produit vendu en vrac serait 5 % à 40 % moins cher que son équivalent vendu préemballé).

Les petits poucets du zéro déchet

Avec « Au grain près »* et « Le bar à vrac »**, Daisy Cadiou et Nathalie Boudié ressuscitent finalement un mode de présentation largement répandu avant l'avènement des grandes surfaces dans les années 1960 mais largement enseveli par les Trente Glorieuses : selon l’association Zero Waste France, les points de vente en vrac se comptent encore sur les doigts des deux mains en France dont cinq portés par la seule franchise Day by Day, qui table sur l’ouverture de 100 boutiques d’ici à 2018.

 « J’ai participé à une réunion le 16 octobre du Réseau Vrac (officiellement lancé par Zero Waste France le 24 avril 2015, NDLR), qui réunit déjà 90 membres et fait état d’une centaine de projets en gestation. D’autres pays, comme l’Italie, sont bien plus avancés que nous », précise Daisy Cadiou, qui a ouvert en juin dernier dans le 7e arrondissement de Marseille en important finalement un concept ordinaire dans son pays d’origine, les Philippines.

« Made in Provence »

Chez elle, tout participe d’une même logique : la réduction des déchets va de pair avec un « Made in Provence » et un approvisionnement qui n’excède pas un rayon de 150 km. Aussi, « il était important pour moi de m’inscrire dans une offre de services qui permettent de faire ses courses sans prendre la voiture et en une seule fois. D’où mon implantation dans un quartier résidentiel et commerçant ».

« Les contraintes pour un commerçant sont encore nombreuses : se passer d’emballages jetables implique de démonter, laver, sécher, remonter les récipients, ce qui suppose du mobilier, de la logistique et de la manutention. Aussi, se pose la problématique de trouver des petits producteurs locaux capables de livrer des marchandises dans des emballages qu’ils récupèrent. Les biscuits sont livrés dans des sacs plastiques que je recycle en sacs poubelles. Aussi, le code du travail est très strict : je ne peux pas demander à un employé de porter des futs de 30 litres ! », explique celle qui voudrait imposer un système de consigne pour le liquide et le tissu pour le transport des aliments. « Le zéro waste n’existe pas encore : je génère des cartons, du papier kraft et du plastique », précise-t-elle.

Réhabiliter la consigne

A la tête de l’épicerie-bar « Le bar à vrac », ouvert en juin dernier, Nathalie Boudé, qui œuvrait déjà en faveur de la réduction des déchets à la source au sein de l'association 2L Léger&Local, milite cette fois auprès du consommateur pour promouvoir le sans-emballage et réhabiliter la consigne.

« Soit vous venez avec vos contenants, soit vous achetez sur place des sacs en coton réutilisables et des bouteilles consignées. On propose trois sortes de contenant consigné : de l’alu verni pour les produits d’hygiène, du verre pour les liquides alimentaires et des bidons en plastique recyclage pour les produits d’entretien et de droguerie parce que c’est difficile de trouver autre chose ».

Principe de réalité

Actuellement, Nathalie Boudé effectue son sourcing principalement dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, à l’exception de ce qu’elle ne trouve pas localement, comme les produits « équitables », les céréales petit déjeuner, certains fruits secs ... « Le principe de réalité se heurte parfois à notre rigueur. Mais même si je ne trouve pas dans la région, je ne travaille qu’avec des partenaires éthiques où tout est tracé. »

Nathalie Boudé est aussi une militante du 100 % local « car seule cette échelle permet de boucler la boucle. Quand vous faites venir les choses d’ailleurs et que votre fournisseur ne gère pas le transport, vous ne pouvez pas rendre les contenants. S’ils sont recyclables, ce n’est pas problématique mais sinon, vous devez trouver des solutions auprès de ressourceries », explique celle qui « réalise à quel point l’agriculture française a abandonné des pans entiers de production. Acheter local, c’est aussi préserver notre indépendance alimentaire ». 

Mutualiser les achats

Daisy Cadiou et Nathalie Boudié entendent plancher, au sein du réseau Zero Waste Sud qui est en train de se créer, sur l’optimisation de l’approvisionnement.

« L’idée serait avec les membres du réseau de parvenir à mutualiser les achats. En ayant plus de poids, on pourrait alors imposer certaines obligations comme des consignes ou la reprise systématique des contenants », défend Daisy Cadiou.

A.D

 

*Au grain près, 3, avenue Pasteur (7e), 04 88 64 03 13

**Le Bar à vrac, 65, allée Léon Gambetta (1er), 09 73 60 95 25