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13.12.2016 - Biodiversité

Que peuvent faire les entreprises pour minimiser leur empreinte écologique ?

La loi Biodiversité, adoptée en août dernier, n’est pas sans impact pour les entreprises. Pour s’informer et évaluer les enjeux, la CCIMP, en partenariat avec l’ARPE et le Réseau régional des espaces naturels, organise un décryptage ce 15 décembre. Opportunités ? leviers ? Outils ?

 

Ces dégâts sur les écosystèmes que les entreprises ne peuvent plus ne pas voir… C’est un fait. La construction de routes détruit et fragmente des espaces naturels ou des terres agricoles, les voitures émettent des gaz à effet de serre et autres gaz polluants... La dégradation des milieux naturels, la surexploitation des ressources primaires, la pollution des sols, de l'air et de l'eau, ou encore l'accumulation de nos déchets ne sont pas sans dommages collatéraux sur les écosystèmes, dans un contexte où création de richesses et consommation de ressources naturelles (en raréfaction) vont de pair.

Un nouveau contrat entre une industrie pacifiée et réconciliée avec les impératifs écologiques est-il envisageable ? Un autre rapport entre activités économiques et responsabilités vis-à-vis du vivant est-il possible ?

La législation entend forcer la porte. Quarante ans après la loi de protection de la nature du 10 juillet 1976, la loi pour la reconquête de la biodiversité de la nature et des paysages a été publiée au Journal officiel le 9 août 2016. Ces dernières années, le sujet est revenu chroniquement sur la table via des tables-rondes (Conférences environnementales pour la transition écologique, dont l'une consacrée en 2016 au sujet de l'eau et de la biodiversité), des événements planétaires (COP 21 et 22); des outils réglementaires (nouveaux schémas directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux 2016-2021).

Contraintes ou opportunités

Comme toutes les réglementations, les nouvelles normes sont souvent perçues comme des contraintes (ce sont aussi elles qui font bouger les lignes). On les connaît moins sous le versant « nouvelles opportunités business à saisir à condition de l’intégrer efficacement dans la stratégie d'entreprise ». C’est ce que défendent les organisateurs (voir plus bas) de la rencontre prévue à Marseille ce 15 décembre à la Villa Méditerranée à Marseille.

« De par leurs activités, leur implantation sur le territoire et leur impact social, les entreprises sont des acteurs principaux d’un monde durable. La performance globale des entreprises passe aussi par la prise en compte de l’ensemble des enjeux de son écosystème et l’analyse systémique de sa chaîne de valeur afin d’optimiser et rationnaliser ses process et ainsi augmenter sa compétitivité », explique Alexandra Rigo, conseillère en charge du développement durable à la CCI Marseille Provence, rappelant que cette position n’est pas hors sol. « La CCIMP accompagne depuis plusieurs années les entreprises dans une démarche de performance globale, notamment au travers de dispositifs comme celui du Parcours Performant et Responsable » (qui consiste notamment à évaluer son entreprise dans le cadre d’une démarche RSE).

Limites de l'exercice

Mais pour agir sur ses impacts, encore faut-il pouvoir les évaluer. Pour l’heure, les entreprises se distinguent peu par leur exemplarité. La presse s’est largement fait l’écho cette année d’une étude cinglante réalisée par l’ONG WWF, qui a passé au crible les impacts sur les écosystèmes des activités des grandes entreprises françaises. Si l’organisation mondiale de protection de la nature se défend d’avoir voulu stigmatiser, elle a néanmoins forcé le trait sur les mauvais élèves, France en tête (parmi les 500 entreprises au niveau international, l’Hexagone, avec 25 entreprises, et les États-Unis se distinguent). Et ce sont les entreprises de la grande distribution, de l'agroalimentaire, de la construction, des cosmétiques, de l'industrie et de l'énergie qui portent le plus lourd préjudice écologique (finalement les entreprises du CAC 40 !).  

WWF défend que ce sont elles précisément qui ont un rôle crucial pour les restaurer et les préserver, en modifiant leurs pratiques : lutter contre la déforestation, restaurer les stocks de poissons, promouvoir une agriculture plus responsable...

Clouées au pilori pour mettre en péril la diversité des espèces vivantes : l'exploitation du bois, la fabrication de pâte à papier, mais aussi la consommation excessive de soja, d'huile de palme, de boeuf, de crevettes d'élevage, de crevettes, de thon, de poisson blanc, de saumon, de poisson d'alimentation, de produits laitiers, de cannes à sucre, de coton et d'hévéa…

Certains groupes français s’y seraient attelés. Carrefour, par exemple, commercialise 50 produits sous sa marque, certifiés par le label de pêche durable Marine stewardship council. La vente d'une dizaine d'espèces sensibles a par ailleurs été suspendue.

Chez Michelin, 25 % de caoutchouc naturel employés dans ses pneumatiques proviennent à 85 % des plantations d’hévéa de l’Asie du Sud-Est. Le groupe de Clermont-Ferrand s’est fixé un objectif pour 2020 : ne plus acheter de caoutchouc dans les zones touchées par la déforestation.

Des entreprises pilotes

Quant aux outils, ils émergent mais sont encore perfectibles, notamment pour mesurer les impacts sur la biodiversité. Ecocert, organisme de contrôle et de certification, a lancé récemment un nouvelle certification « engagement biodiversité ». Fruit d’un travail de deux ans, mené avec un comité technique d’experts, le référentiel s’appuie sur sept critères. L’organisme a pris le parti de travailler sur les cinq facteurs d’érosion (Conférence de Rio, 1992) que sont la dégradation des habitats et les continuités écologiques ; la pollution des écosystèmes ; la surexploitation des ressources naturelles ; l’introduction d’espèces invasives et le changement climatique.

Six entreprises pilotes (Guerlain, Séché Environnement, Bolloré Logistics, GSM, Veolia et Sanef) ont fait l’objet d’une labellisation en 2015. La plupart d’entre elles étaient déjà certifiées ISO 14 001, norme internationale qui définit une série d'exigences spécifiques à la mise en place d'un système de management environnemental.

Parmi elles, la société autoroutière Sanef, dont 20 % du réseau se situe au sein d'espaces naturels protégés, a engagé un audit biodiversité en 2010 qui s’est soldé par un ensemble de mesures (pâturage extensif de moutons sur l’A16, corridors pour la faune et la flore, vergers conservatoires sur l’A29 et bassins de confinement au bord de l’A4...).

Guerlain, dont l’ensemble des sites de France ont été certifiés ISO 14 001, a mis en place un mécénat développement durable avec l’association conservatoire de l’Ile d’Ouessant pour protéger l’abeille noire, dont le miel entre dans la composition de l’une de ses crèmes.

Prise en compte inégale

Selon la dernière évaluation des stratégies biodiversité des entreprises du CAC 40 (mai 2015) dont le cabinet de conseil BL-Evolution s'est fait une exclusivité, on peut notamment lire :

« Le niveau de prise en compte de la biodiversité se trouve inégal en fonction de l’activité des entreprises. Les industries agroalimentaires et cosmétiques ont une réelle avance en termes d’intégration pertinente des enjeux de la biodiversité dans leur stratégie par rapport à leurs activités. Toujours surprenant, 8 entreprises du CAC 40 ne communiquent aucune information concernant leur prise en compte de la biodiversité. Six d'entre elles se disent non concernées par ces enjeux ».

Toutefois, note le spécialiste, l’identification des dépendances aux services écosystémiques est plus fréquente qu’en 2013 :

« 12 entreprises les ont identifiées en 2014 contre 7 l’année précédente. On peut aussi noter que plus de la moitié des entreprises du CAC 40 présente une politique biodiversité formalisée. Cela montre la voie pour les PME ».

A.D

 

Opération Biodiversité ce 15 décembre

Organisée par CCI France, CCI Marseille Provence, ARPE PACA et le Réseau régional des espaces naturels PACA (RREN PACA), la rencontre de ce 15 décembre à la Villa Méditerranée à Marseille propose trois tables rondes pour mieux comprendre les enjeux et identifier des leviers d’innovation et de développement :

         •        La biodiversité, quel rapport avec mon entreprise ?

         •        Biodiversité, quelles solutions concrètes pour mon entreprise ?

         •        Zoom sur un outil aux multiples facettes : le mécénat environnemental
 

Parmi les intervenants, des experts du Commissariat général au développement durable du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, de CDC biodiversité, de l'association Humanité et Biodiversité, de l'Institut Inspire, de l'association française de Fundraisers, cabinet Fidal et des témoignages.

Plus d'infos ici

 

Loi Biodiversité du 9 août 2016 : zoom sur quelques points forts

Cette loi, qui compte 174 articles, confirme ou inscrit des grands principes de protection de la biodiversité dans le code de l'environnement ou le code civil.

Parmi les points saillants :

- La création d'une Agence pour la biodiversité, calquée sur le modèle de l'Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe). Elle rassemblera chercheurs, scientifiques et agents de terrains issus de quatre organismes : l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema), les Parcs nationaux de France, l'Agence des aires marines protégées et l'Atelier technique des espaces naturels (Aten). Elle disposera de 230 M€ de budget.

- L'inscription dans le Code civil du préjudice écologique et un système de compensation. « Toute personne qui cause un dommage grave et durable à l’environnement est tenue de le réparer », précise le texte.

- Des mesures de lutte contre la bio-piraterie comme la consultation des communautés locales pour l'accès aux ressources génétiques. Cela correspond à la transposition française du protocole de Nagoya, signé par la France en 2011. L’enjeu est de contrôler l’accès à la biodiversité exceptionnelle des territoires d’outre-mer et du domaine maritime français.

- L'interdiction du brevetage des « produits issus de procédés essentiellement biologiques » (gènes natifs) pour lever le frein à l’innovation provoqué par la multiplication des dépôts de brevets sur le vivant. L’échange de semences traditionnelles est, quant à lui, autorisé.

Plus d'infos :

http://www.cci.fr/web/developpement-durable/biodiversite

http://www.cci.fr/c/document_library/get_file?uuid=63f004c8-b6d9-48e3-a237-,

 

 

 

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