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28.07.2017 - Sport et business

Prendre le sport enfin au sérieux

Le sport et ses multiples vertus. Cela fait quelques années que la CCIMP milite pour faire du sport un des versants d’une stratégie d’attractivité. C'est dans cet esprit qu'elle a réuni du « beau monde » ce 21 juillet. Une confirmation au vu de l'affluence : le sport est un marqueur identitaire ...

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Prendre le sport au sérieux. Très au sérieux. D’ailleurs, il a fallu pas moins de deux ministres, Emmanuel Macron (alors à Bercy), Patrick Kanner (Jeunesse et Sport) et un secrétaire d’État, Mathias Fekl (Commerce extérieur) pour officialiser en 2016 la création d’une filière sport, longtemps parent pauvre de l’économie et pourtant l’une des dynamiques du paysage économique français (10 % à 15 % de croissance par an). Avec ses 37 milliards de chiffre d’affaires annuels (dont 17 Md€ apportés par la « consommation » des particuliers), 275 000 emplois directs (plus de 400 000 en comptant les emplois indirects), soit deux points du PIB national.

Le sport a de multiples vertus, semble dire Virgile Caillet, le délégué général de l’Union Sport & Cycle, la fédération professionnelle de l’industrie et du commerce du sport en France récemment créée (1 400 entreprises, 500 marques, 11 milliards de chiffre d’affaires et 80 000 salariés) pour se substituer aux trois fédérations professionnelles historiques du secteur.

« Il n’existe pas que par sa dimension économique. Il est un outil de cohésion sociale, de santé publique qui permet de lutter contre tout un tas de pathologies, un levier de croissance et d’attractivité du territoire mais aussi un vecteur de croissance à l’international ».

 

 

Le sport, un tremplin pour les territoires. Les événements sportifs, moteurs de développement. Le sport, acteur de l'entreprise. Le sport, levier de l’influence pour la diplomatie. Le sport, facteur de développement économique et social. Le sport, source transversale pour répondre à de multiples enjeux... On ne compte plus le nombre de publications détaillant par le menu les multiples arguments en faveur d’une pratique régulière et immodérée du couteau suisse « sport ».

D’ici à 2018, la France aura accueilli près d’une dizaine de grands évènements internationaux et n’aura jamais été autant présente sur la scène sportive internationale, effet miroir de l’EURO 2016 et des JO 2024. Chaque année, l’Hexagone organise des évènements sportifs majeurs : Le Tour de France, épreuve cycliste la plus réputée du monde, depuis 1903 ; Roland Garros, l’un des 4 principaux tournois du circuit international de tennis, depuis 1928 ; les 24 heures du Mans, course automobile mythique, depuis 1923. En 2014, les premiers Jeux Équestres Mondiaux sont entrés dans les annales sportives nationales (565 000 visiteurs/spectateurs et 1 000 cavaliers) et ... en Normandie, qui en fait le cœur d’un projet territorial de promotion de la filière professionnelle et touristique équine.

 

Outil de visibilité internationale sans équivalent

Cela fait quelques années que la CCI Marseille Provence milite pour faire du sport, avec la culture et le tourisme, les trois versants d'une proposition de valeur autour d’une stratégie d’attractivité territoriale, notamment en accrochant sur son territoire de grands événements. D’autant que depuis la réforme territoriale, les collectivités ont un pouvoir d’intervention plus important en matière de tourisme, de culture et de sport.

C’est dans cet esprit qu’elle a organisé, à la veille du grand rendez-vous de l’avant-dernière étape du Tour de France accueillie à Marseille, Capitale européenne du sport 2017, une conférence sur le thème insatiable « le sport, levier d’attractivité pour Aix-Marseille-Provence ». Et à en juger au compteur de l’affluence, une confirmation : « l’esprit sportif » est un marqueur identitaire de la ville ! Certes, la présence d'un président d'un certain club mythique dans les gradins de ce territoire a sans doute joué le rôle d'un aimant.

Qu'y a t-on appris ?

Un poids économique certain

 

Jean-Daniel Beurnier, vice-président de la CCI Marseille Provence et « chef d'entreprise » ©F. Moura

 

« Sur le périmètre de la métropole, le secteur pèse 1,5 Md€ et 10 500 emplois directs répartis dans 3 000 structures. Nous sommes le 3e territoire en nombre de licenciés (440 000) et de sportifs de haut niveau, le second en termes de nombre de club, le premier pour les pratiques sportives amateurs, un marché en forte croissance », précise Jean-Daniel Beurnier, qui se présente comme un « chef d’entreprise sportif ».

Et le vice-président de la CCI Marseille Provence de citer d’autres paramètres : le cadre métropolitain entre mer, montagne et verdure, l’espace sans limites de pratiques outdoor, l’esprit entrepreneurial, la notoriété de la recherche publique dans ses domaines avec Aix-Marseille Université (Faculté des sciences des sports, Institut des sciences du mouvement, Technosport…), la présence de locomotives ( Beuchat, Gynova, Shark ou Poli…) et de start-up (WizWedge, Goalmap), la labellisation d’un réseau French Tech autour du Sport & Bien être qui génère tout un écosystème autour des objets connectés, l’association Provence Sport & Life Style, créée en mai 2015 sous l’impulsion de Sodexo et de six autres entreprises (Décathlon, Avenir Telecom, OM, Voyage-Privé.com, Biotech Dental et Arema)…

Et aussi sa capacité à accueillir de « Grands événements sportifs internationaux » selon le dénomination officielle : Coupe du Monde du Rugby en 2007, qui a injecté 145,4 M€ dans le territoire, Marseille-Provence Capitale européenne de la Culture en 2013 et ses 10 millions de touristes revendiqués, Euro 2016, aujourd’hui Marseille, Capitale européenne du Sport 2017, dans quelques mois le Grand Prix de Formule 1 au Castellet, demain sans doute JO 2024. En attendant peut-être un jour de pouvoir engendrer son propre événement. Une marque qui serait connue et reconnue dans le monde entier, à l’instar de Roland-Garros ou des 24 heures du Mans.

« 29 millions de Français déclarent pratiquer une fois par semaine dont 15 millions seulement dans les clubs, ajoute Virgile Caillet. L’évolution vers une pratique en autonomie versus pratique encadrée est une des profondes mutations. Elle impose aux marques, distributeurs et industriels de se poser des questions pour adresser ce public. Cela doit aussi questionner les collectivités locales. A fortiori dans cette région parmi les toutes premières en France en termes d’appétence pour le sport. L’émergence des nouvelles pratiques est en tout cas un terrain de jeu exceptionnel pour innover », soutient le délégué général de l’Union Sport & Cycle.

Le Medef du sport a notamment sur ces terres noué un partenariat avec le Technosport, le laboratoire de R&D d’Aix-Marseille Provence. « On s’appuie sur ces travaux pour rester en veille sur l’activité des pratiquants et nous guider vers les évolutions ».

 

Quels ingrédients pour rayonner ? Une marque, des infrastructures, un grand événement, de la R&D

 

Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM ©F.Moura

 

Une marque : L’OM ? « L’OM prend parfois beaucoup de place ici, concède son président, Jacques-Henri Eyraud, mais le club est aussi une chance pour promouvoir le territoire ». L'homme a un modèle dans le viseur et il n'en fait pas mystère : le FC Barcelone, qui « l’intrigue beaucoup » et pas seulement en raison de ses performances sportives. « Aussi pour ce qu’il représente : une identité forte qui rayonne au-delà du territoire et pour ce qu’il ambitionne de devenir : la marque sportive la plus populaire au monde et je ne parle pas football ». Avant de préciser : « savez-vous que la Sagrada Familia représente 3,6 millions de billets de visites par an quand le musée du club en génère 2 millions ». Un ange passe.

Pour le président, ce serait un « bel objectif que de permettre à Marseille de rayonner peut-être un peu plus et devenir la marque sportive la plus populaire en France voire… »

Entendre un dirigeant de l’OM se prononcer sur ces thèmes reste rare. Et la suite n’est pas moins déroutante quand il confie ce qui a motivé l’intérêt de l’Américain né à Boston Frank McCourt pour le club marseillais ou plutôt pour Marseille : « Pour lui, Marseille est comme Boston, ville perçue comme celle de l'élite universitaire mondiale et des grands laboratoires pharmaceutiques. En réalité, Boston est une ville dure, où rien ne vous est donné, où tout se prend, parfois avec les dents, en travaillant, en faisant beaucoup d'efforts. Et Marseille, c'est comme Boston. Dans le domaine sportif, Boston s'est beaucoup construit dans une rivalité extrêmement forte avec New York, ville du glamour, de la richesse, de Wall Street, des milliardaires ».

Ce serait cette singularité qui l’aurait touché. « Cette narration, il l'a avec lui tous les jours, car il veut montrer à quel point l'OM est différent d'autres clubs et notamment du PSG. Et je crois que c'est clairement une des raisons pour lesquelles il a fait cet investissement. Il a bien compris qu'il y avait là des spécificités uniques, un potentiel unique aussi ». Savoureux ! 



 

Des infrastructures et un événement

 

Cédric Dufoix, chargé des affaires publiques du circuit du Castellet ©F.Moura

 

« Pour faire du sport un levier d’attractivité, il faut une infrastructure », assène Cédric Dufoix, chargé des affaires publiques du circuit du Castellet. Que ce soit l’Orange Vélodrome (60 000 places) à Marseille, l’Arena (6 000 places) d’Aix, le stade d’athlétisme de Miramas (5 à 6 000 places couvertes) ou … du circuit Paul-Ricard au Castellet (Var).

Entre 1999 et aujourd’hui, plus de 300 M€ auront été investis dans le circuit qui, sous l’impulsion de son directeur général Stéphane Clair, s’associera au GIP (groupement d'intérêt public) formé avec la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Fédération française de sport automobile en 2017 pour organiser le nouveau Grand Prix de France. C’est ce « jeu collectif » qui a permis, et le retour de l’événement en France en 2018 et le 24 juin au Castellet, signifie celui qui était secrétaire général de l’OM il y a peu de temps encore

Selon un audit commandé par le Conseil régional à Deloitte, le come back de la F1 dans le Var va générer « 65 M€ de retombées pour le territoire* et la création à terme de 500 emplois équivalents temps plein, 66 000 spectateurs dont 30 % d’étrangers. Ce n’est pas encore dans les mœurs mais il faut qu’on apprenne à faire des études d’impact pour convaincre les collectivités que l’on peut générer de grosses recettes en prenant quelques risques », appuie-t-il.

 

De la R&D et des outils de transfert de technologie

« On est venu chercher à Marseille il y a 12 ans déjà des compétences scientifiques et techniques exclusives et on s’est associé avec AMU pour améliorer nos produits, vante Guillaume Gouvernet, manager de Décathlon Electronic Component. On a trouvé ici pluridisciplinarité, un écosystème, une topographie idéale pour expérimenter et tester, ainsi qu'un viver de technologies numériques innovantes ». Parmi les produits nouveaux spécifiquement développés ? « Des technologies autour de la locomotion, des raquettes autour de l’appréhension, de la liberté de mouvements sur les textiles …» Pour Décathlon par exemple, le TechnoSport met au point des tests pour quantifier l’amorti et la relance des chaussures de running.

Il reste à accompagner les PME et les TPE dans les services et produits innovants. « C'est le rôle du technosport », assure Denis Bertin, vice-président de la Recherche au sein d’Aix-Marseille Université

AMU a aussi été désignée comme le coordinateur national de la seule et unique filière économique sport & bien être lancée en avril dernier : « il s'agit de favoriser les transferts de technologie entre le monde académique et les industriels mais aussi de mettre en relation les entreprises avec les milieux sportifs. Il faut savoir qu’on a loupé des épreuves au JO pour des raisons de carences d’innovations technologiques », indique le représentant universitaire.

 

Adeline Descamps

 

*Le coût pour organiser le Grand Prix s'élèverait à 30 M€ : 16 millions de recettes directes (dont 14 millions annoncés de billetterie) et 14 millions de subventions publiques, où le Conseil régional serait majoritaire.

 

 

Quelques chiffres clés sur le marché du sport en France

 

- Un marché d'environ 37 Md€ en France, soit près de 2 % du produit intérieur brut (PIB) national (ce chiffre comprend à la fois les biens liés au sport, la gestion des infrastructures sportives et les services associés, comme les sponsors ou la billetterie).

- Le marché de la distribution d'articles de sport aurait généré environ 10 Md€ de chiffre d'affaires en 2014, selon une étude de la Fédération professionnelle des entreprises du sport et des loisirs (FPS).

- Les ventes d'équipements de sport (ballons, raquettes...) représentent plus d'un tiers du marché des articles de sport, devant le textile (29 %), les chaussures (22 %) et les cycles (15 %).
 

- Les Français dépensent en moyenne 253 euros par an dans des articles de sport.

- Le secteur sportif privé (clubs de sport, gestion d'installation sportives, enseignements du sport...) employait plus de 116 000 salariés en 2013, selon les derniers chiffres de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss). Un chiffre auquel il faut aussi ajouter près de 74 000 salariés dans les activités associées, comme la fabrication, le commerce de détail ou la location d'articles de sport.

- La France compte près de 267 000 équipements sportifs publics ou privés sur son territoire. En tête, et sans surprise, les terrains de football, de rugby, les courts de tennis et ... les boulodromes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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