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25.11.2015 - Si vous saviez...

Crosslux : une levée de fonds bien au-delà des espérances

La start-up de Rousset vient de lever 1,13 M€, la plus importante opération réalisée en France sur le segment du financement participatif en actions. Elle doit lui permettre de passer à l'industrialisation et à la commercialisation de sa gamme de vitrages photovoltaïques transparents.

Quand les informations se télescopent, elles finissent par s’annuler l’une et l’autre. Le « dossier » Nexcis*, filiale d’EDF spécialisée dans la recherche en énergie photovoltaïque implantée à Rousset, auquel est associée la start-up Crosslux depuis qu’elle s’est manifestée mi juillet pour reprendre une partie des actifs, a occulté le fait que la start-up vient de réaliser la plus importante opération réalisée en France sur le segment du financement participatif en actions avec 1,13 M€ levés sur la plateforme de crowdfunding LetitSeed développée par Eos Venture.

En juin dernier, quand Marc Ricci, l’un des cofondateurs avec Pierre-Yves Thoulon, annonçait le lancement d’une seconde levée de fonds (après celle en 2013 de 650 K€**), il pariait alors sur la somme de 900 K€. Cette somme « au-delà des espérances » ne peut que conforter les deux dirigeants dans la pertinence de leur technologie, protégée par 5 brevets et développée en partenariat avec le CNRS et l’Institut des Matériaux de Nantes. Mais aussi … leur laisser un goût amer au regard de l’issue fatale de Nexcis, les dirigeants ayant appris très récemment que leur offre n’était finalement pas retenue.

Gagner un à deux ans sur son plan de développement industriel

La collecte de fonds devait non seulement permettre de lancer la phase d’industrialisation et de commercialisation de sa gamme de vitrages photovoltaïques transparents mais aussi doter l’entreprise des ressources nécessaires pour finaliser le processus de reprise. « Nous allons pouvoir sauvegarder des emplois, poursuivre les travaux de recherche engagés depuis de nombreuses années au sein de Nexcis et sommes ainsi en ordre de marche pour devenir le leader mondial de la façade photovoltaïque », indiquait Marc Ricci, qui espérait ainsi réduire son time to market. 

Quoi qu’il en soit, cette levée, complétée par un placement privé, permet à l’entreprise également implantée Rousset de disposer d’une enveloppe de plus de 2,5 M€ pour asseoir son développement, indépendamment donc du sort de Nexcis.

Technologie combinant transparence et photovoltaïque

Collecter l’énergie produite par le soleil et la convertir en électricité n’a (presque) plus rien d’incongru aujourd'hui. La solution de Crosslux, entreprise créée en juin 2011 après avoir été « couvée » au sein de l’incubateur interuniversitaire Impulse***, est ailleurs : « dans le concept utilisé pour apporter de la transparence au vitrage, tout en utilisant des technologies photovoltaïques classiques », indique l’entreprise.

Crosslux a développé des vitrages qui rendent les bâtiments (pour l’heure partiellement) autonomes en produisant leur propre énergie. Mais surtout, en rupture avec la concurrence, la société est parvenue à combiner intelligence énergétique (production énergétique du bâtiment multipliée par 10 par rapport à une configuration utilisant des panneaux installés sur les toits) et qualité architecturale, ce qui autorise des motifs sur mesure (type logo) sur des vitres en jouant sur le contraste, la transparence et les dégradés.

Sites pilotes avec Bouygues Construction

Marc Ricci et Pierre-Yves Thoulon, qui se sont lancés dans leur aventure à l’issue d’un parcours professionnel international dans la microélectronique pour le premier et de l’informatique (Hewlett-Packard, Gemplus/Gemalto) pour le second, ont notamment signé avec Bouygues Construction un partenariat de 3 ans pour intégrer la solution sur des bâtiments pilotes (dont les Batignolles à Paris dès juillet de cette année).

L’entreprise vise surtout l’international où ce secteur connaît une forte croissance, notamment en Asie d’où proviennent 70 % de la demande de BIPV (pour « Building integrated photovoltaïc », procédé qui permet à la fois de moduler la luminosité et de produire l’électricité) et en Amérique du Sud. « C’est un marché très porteur qui représente actuellement 900 M€ environ et qui pourrait atteindre les 3,5 Md€ d’ici 2020. À ce jour, 3 chantiers sont déjà en cours d’étude à Santiago, Singapour et Shanghai », exprime Marc Ricci.

Échec de Crosslux dans la reprise de Nexcis

Sur le sujet « Nexcis », dont la cessation d’activité a été annoncée en mars dernier par son actionnaire principal EDF, les dirigeants de Crosslux font valoir qu’ils ont cherché à travailler avec la filiale d’EDF depuis sa création « pour avancer plus vite sur la partie photovoltaïque » mais qu’ils se sont toujours heurtés à un refus. Du coup, les deux sociétés ont fini par développer chacun leur propre technologie de vitrage photovoltaïque.

Nexcis, spin-off de l'Institut de recherche et développement sur l'énergie photovoltaïque (laboratoire créé en 2005 par EDF R&D, le CNRS et l’ENSCP EDF), conçoit et fabrique des modules photovoltaïques couches minces CIGS (cuivre-indium-gallium-sélénium). 

Performance énergétique et économique

Aujourd’hui plus de 80 % des cellules solaires utilisées dans le monde sont fabriquées avec du silicium selon une méthode cristalline, au rendement faible et à la fabrication coûteuse en raison du nombre d’étapes nécessaires.

Nexcis a développé un process innovant (17 brevets) qui représente une alternative crédible aux autres technologies solaires mais qui incarne surtout « une nouvelle génération du CIGS, avec des modules bi-verre, qui bénéficient des qualités de la première génération en termes de durabilité, de rendement de conversion et de productibilité tout en affichant des coûts de fabrication bas ». Pour financer ses années de R&D, elle a bénéficié de 75 M€, dont un tiers d’aides publiques.

Le passage à l’industrialisation était prévu pour 2015 jusqu'à ce que l'actionnaire principal EDF annonce sa cessation d'activité. Pour justifier son retrait, la direction de Nexcis explique que « le procédé développé présentait au départ un fort avantage compétitif par rapport au prix du silicium, mais le marché a basculé et n’a plus sa place compte tenu de la forte concurrence chinoise, y compris récemment dans le domaine des couches minces ». La Chine est en effet très intéressée par la technologie PV CIGS : un groupe chinois présent dans le BTP CNBM a repris l'an dernier les actifs de la société Avancis, un homologue de Nexcis qui avait été créé en Allemagne avec le soutien de Saint-Gobain.

Incompréhension chez Crosslux

Aujourd’hui, l’incompréhension domine chez les dirigeants de Crosslux, qui voyait dans cette alliance une véritable complémentarité technologie-marchés. « Nexcis a un produit mais pas de marché. Crosslux a un marché mais pas encore de produit », avait justifié Pierre Yves Thoulon auprès des médias. Le directeur R&D estime que leur projet répondait « aux trois critères fixés par le comité de surveillance, à savoir que le projet soit financé, qu’il offre des perspectives industrielles et commerciales crédibles à moyen terme et qu’il propose des opportunités sérieuses de reclassement externe aux salariés. » L’entreprise avait d’ailleurs bénéficié du soutien des collectivités locales, la Communauté du Pays d’Aix et la Région notamment.

Pour rappel sur ce dossier, une autre start-up du territoire, Nawa Technologies, qui développe à partir de nanomatériaux des batteries au carbone rechargeables en quelques secondes pour les secteurs de l'énergie, du transport et de l'environnement, a recruté sept employés de Nexcis et repris des actifs de production pour conforter son unité pilote de Rousset, d'où doivent sortir les premiers prototypes en 2016. La start-up prépare par ailleurs une levée de fonds de 10 M€ en 2016 pour construire une usine d’une capacité de 10 000 unités par an. 

A.D

*Fondée en 2009, Nexcis compte parmi ses actionnaires le groupe EDF, la société d’investissement EREN (ex SIIF), la compagnie IBM et Olivier Kerrec (co-fondateur)

**auprès de PACA Investissement, SCR Provençale et Corse, CDPS, Var Business Angels et quelques investisseurs privés

***incubateur créé en juin 2000 par les Universités d’Aix-Marseille et d’Avignon, l’École Centrale Marseille, le CEA, le CNRS, l’IRD, l’ONERA et l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne