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07.04.2017 - Ouvrage portuaire

Quand Bouygues donne sa préférence au port de Marseille...

En lice avec Gênes et Barcelone, l’enceinte portuaire phocéenne a finalement été choisie par la filiale spécialisée dans les grandes infrastructures du géant du BTP Bouygues comme plate-forme d'un ouvrage, dont la technique n'est pas inédite mais complexe par ses dimensions. Raisons de ce choix ?

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N'abusons pas le lecteur. « La technique du caisson est assez classique en réalité dans le cas des extensions de port », renseigne le directeur de communication de Bouygues construction, en aparté des interventions « officielles ».

La filiale « infrastructures » et « grands projets » du groupe n’en est en effet pas à sa première extension portuaire : elle a été à l’œuvre ces dernières années sur de nombreux chantiers hors norme dans le domaine : ainsi, sur le complexe de Tanger Med au Maroc, à Pusan en Corée du Sud, et plus récemment, a été retenue pour construire l’extension du nouveau port de Calais.

Pour Tanger, les digues avaient été également réalisées à l'aide de caissons en béton armé « absorbeurs de houle ». À Monaco, qui pratique beaucoup l’extension sur la mer, une digue flottante géante de 352 m de long et de 150 000 tonnes, faisait déjà, dans les années 2000, office de prouesses technologiques et industrielles.

Mais cette fois, finit Damien Rebourg, « le côté exceptionnel de ce chantier tient à la taille de l’extension prévue (6 ha) et à la nature de l’opération, qui ne vise pas un aménagement classique d’un port mais un projet architectural : la construction d'un éco-quartier à Monaco qui doit voir le jour à l'horizon 2025 sur des fonds d'une trentaine de mètres. Aussi, la technique utilisée pour faire le caisson est une première en France par la taille du caissonnier, moule géant de de 56 m de long, 50 m de large et 27 m de haut ».

« On fait souvent des ceintures de caisson pour protéger les ports mais cumuler cette ceinture, une extension, et des contraintes architecturales et environnementales fortes rend la chose peu fréquente », complète pour sa part Christophe Hirsinger, le directeur du projet.

Concurrence avec ...

Philippe Bonnave, le PDG de Bouygues Construction, le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin et Christine Cabau-Woehrel, président du directoire du Grand port maritime de Marseille.

A la tribune, dans la salle des séances de l’Hôtel de ville de Marseille, aux côtés du sénateur-maire Jean-Claude Gaudin, puissance invitante, et de Christine Cabau-Woehrel, président du directoire du Grand port maritime de Marseille, Philippe Bonnave, le PDG de Bouygues Construction, dira que « Marseille était en concurrence avec Barcelone et Gênes mais aussi Toulon ».

« Ce choix s’est imposé en raison d’éléments qui ont fait sens dans le process industriel, à commencer par les capacités des infrastructures et les profondeurs d'eau du port de Marseille avec son tirant d’eau de 22 m de fond », précise le PDG, ajoutant aussi d'autres facteurs clefs : « le fait de pouvoir gérer toute la logistique en mer, la proximité des deux villes (250 km qui séparent Monaco et Marseille) et la présence du groupement de Lafarge Cemex dans l’enceinte du port qui va pouvoir alimenter en continu le ciment ».

Le Marin avait révélé, avant même que les détails du projet soient officiellement révélés que Lafarge était en train de construire une centrale à béton dans le hangar 14 du port. Les motivations sont désormais connues.

Pour Christine Cabau-Woehrel, c’est une démonstration « qui valorise l'ensemble de l'écosystème portuaire dans la mesure où différents métiers du port vont être mis à contribution (notamment la Société coopérative du lamanage de ports de Marseille et du Golfe de Fos et Boluda, ndlr), et qui démontre notre capacité à gérer de grands projets ». Occasion pour la présidente du directoire du GPMM d'insister :  « nos infrastructures sont parfaitement adaptées aux besoins des industriels. Ce choix illustre aussi la complémentarité entre les bassins Est et Ouest ».

115 M€

 

Le port de Marseille-Fos a en effet été retenu sur deux volets bien distincts, l’un pour le projet industriel qui prendra assise à Marseille (à l'est), l’autre pour le transport des matériaux géré par Fos (à l'ouest).

Le premier mobilisera deux zones de l’enceinte portuaire phocéenne, l’une à l'avant-port Nord près de la forme 10, pour l’unité de préfabrication des 18 caissons en béton armé de 27 mètres de haut chacun. La plateforme sera opérationnelle début septembre. L’autre, sur la digue du Large, entre le poste 122 et 123, pour accueillir le dock flottant (le « fameux » caissonnier qui lui sera fabriqué dans un chantier naval polonais et livré en août), dans lequel seront progressivement stockés les caissons produits « au fil de l'eau » à raison d’un par mois.

Ils seront à partir de mars 2018 « tractés » par mer jusqu'à Monaco où ils seront coulés à 20 mètres de profondeur et assemblés. Ces cubes en forme de légos mais en béton armé constitueront l’armature de protection de l’infrastructure maritime de 6 ha pris sur la mer qui servira d’assise sur lequel s'édifiera l'éco-quartier de l'Anse du Portier.

« La technique choisie pour réaliser l’infrastructure maritime est celle d’un remblai confiné par une ceinture de caissons trapézoïdaux. Ils seront munis de chambres d'amortissement permettant de diminuer l'importance de la houle pour protéger les parties exposées du projet », précise dans son communiqué Bouygues Construction, à la tête du groupement S.A.M. Anse du Portier, attributaire désigné en 2014 du marché d’un montant de 842 M€*. Un chantier qui a démarré en septembre 2016 et qui l’engage pour 10 ans.

L’investissement industriel sur le port de Marseille est estimé par Bouygues Construction à 115 M€ (hors livraison de fourniture de matériaux) et se dit porteur de 700 emplois directs et indirects dont 200 embauches.

 

Sous-traitance

Le deuxième volet concerne la fourniture et le transport des matériaux de carrières destinées à ballaster les caissons et à remblayer le site. Le groupe évoque 1,56 million de tonnes de granulats extraits de la carrière Jean Lefebvre Méditerranée située à Châteauneuf-les-Martigues. Ils partiront du terminal de vrac solide de Marseille-Fos.

Le chantier sollicitera en outre la carrière du Revest (Var) appartenant à la Société méridionale de carrières Someca (2,5 Mt). Les chargements seront réalisés sur le port de Brégaillon à la Seyne du Mer. Les transports seront assurés par les sous-traitants maritimes Jan De Nul et Saipem.

« En termes de sous-traitance, complète Christophe Hirsinger, le chantier fait appel à un ensemble de sous-traitants dont Venathec (acoustique, Aix-en-Provence), Géoenvironnement (étude d'impact, Aix-en-Provence) Hydrogéotechnique (Saint-Victoret), Creocéan (bathymétrie, (La Seyne), Géomines (pollution pyrotechnique) et D2M (conception du caissonnier et études d’amarrage, Six-Fours), Grue Services (Aubagne, EGFF (installation électrique, Rognac) ou encore Architecture STOA à Marseille. Les carrières Lafarge de L'Estaque à Marseille et au Beausset (Var) seront sollicitées pour approvisionner sa centrale à béton.

Client final

 

Ce chantier, d’une durée de deux ans, devra être livré en novembre 2020. Pour le client final, Monaco, il ne s’agira absolument pas d’une première : l’État confetti de 2 km2, a traditionnellement recours à des « prises » urbanistiques sur la mer : terre-plein du Portier (qui accueille le Jardin Japonais et le Grimaldi Forum), terre-plein du Sporting, plages du Larvotto, quartier de Fontvieille ou encore extension du port Hercule. In fine, la principauté a grignoté plus de 40 ha.

Cette fois, elle vise la construction d’un éco-quartier, dessiné par les architectes Renzo Piano, Alexandre Giraldi, Denis Valode et le paysagiste Michel Desvigne

La construction, qui aura coûté 2 Md€, devrait être achevée d’ici 2025. Le coût s’explique en partie par les contraintes, certes techniques, mais aussi environnementales imposées par un cahier des charges, strict dans ses recommandations « royales » : la principauté a souhaité que 40 % au moins des besoins en énergie du nouveau quartier soient couverts par du renouvelable et que toutes atteintes au milieu marin soient limitées au maximum, et largement (généreusement ?) compensées.

 

Adeline Descamps

 

*Le groupement finance l'intégralité de la construction se rémunérera sur la vente des 60 000 m² de surfaces vendables. L'État monégasque recevra une soulte - dont le montant n'est pas précisé - et obtiendra la propriété des équipements publics, dont la marina, le parking public et l'extension du Grimaldi Forum, située sous une colline artificielle.