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05.09.2017 - I&T

Microsoft, Salesforce, Facebook et les autres ... : Des alternatives locales ?

Elles sont quatre mais il y en a sans doute plus sur le territoire d'Aix-Marseille. il ne s’agit pas d’être calife à la place du calife. Pas davantage d’une bravade. Rien de l'inconscience. Ces entreprises veulent juste offrir une alternative aux géants américiains. Rencontres.

 

 

Il ne s’agit pas d’être calife à la place du calife. Tout le monde n’a pas envie d’être Google, Amazon ou Microsoft. Il ne s’agit pas davantage d’une bravade à la Don quichotte pour aller marcher sur les plates-bandes de géants mondiaux. Ni d’un râle ivre de soi au cœur de la jungle luxuriante fertilisée par les grands du Net. Il n’y a aucune inconscience. Cela tient même d’un acte bien considéré.

« Nous avons juste pris un espace délaissé par les géants » (Saïd Hadjiat, Caléa pour Mood Messenger).

« Sur notre créneau, deux acteurs sont fortement implantés : Microsoft avec Outlook et Google avec Gmail. Tous deux sont hybrides, ni 100 % particuliers, ni 100 % professionnels. Mais aucun des deux ne répond à toutes les problématiques des entreprises». (Grégory Vally, eMana).

« On bastonne tous les jours avec les Américains, certes Salesforce, mais il y a encore des places à prendre et cela n'a pas empêché l'entreprise d'avoir été retenue par Bonduelle, Remy Cointreau, Voyage Privé, Ouigo, IdTGV, Air France KLM, Nuxe, Caudalie, Michel et Augustin … 300 belles marques… » (Brendan Natral, Easiware).

« Nous nous positionnons clairement comme une alternative directe aux solutions proposées par Dropbox, Google, Microsoft ou OwnCloud. Mais notre offre couple logiciels et services, dans une qualité « made in France » (Laëticia Pélissier, NumVision).

Ils sont en jachère d’écrire la propre histoire de leur entreprise, en grignotant une part de cet énorme gâteau – un marché colossal à l’heure de la transformation numérique – que les mastodontes ne seraient pas parvenus à ingurgiter. Convaincus qu'ils peuvent rayonner dans l'ombre d'un géant et résister à leur appétit d’ogre (la course aux acquisitions alimente la croissance rapide des grands leaders). Persuadés que le marché peut se consolider autour de deux types d’acteurs, d'un côté, les leaders dominés par les grands éditeurs traditionnels de logiciels, de l'autre, des pure players sur des marchés niches.

 

Sur les traces de ...

Après tout, Qwant, Oodrive, Deezer… n'ont-ils pas investi avec succès des marchés fortement concurrencés par des leaders de leur secteur. Même si d'autres ont été moins chanceux (Bunkr en alternative à Powerpoint, Dailymotion face à YouTube ...).

Ces entreprises, qui se posent ouvertement en « alternatives à » peuvent en tout cas se prévaloir d’un « go to market » particulièrement opportun, notamment favorisé par la transformation numérique consommatrice de logiciels innovants, par le basculement du logiciel sur le modèle du cloud, qui rend tout accessible en ligne (plus besoin d'intaller sur le serveur du client), et par la mise en place (date butoir : mai 2018) du terrible règlement européen sur la protection des données (General Data Protection Regulation), de son abrégé RGPD, qui pour protéger la vie privée des citoyens européens, accroît la responsabilité des entreprises qui collectent, traitent et analysent des données associées à une personne.

 

Pourquoi la France a loupé le coche avec le logiciel ?

C’est une autre des exceptions françaises. En dépit de sa réputation de pays d’ingénieurs, de ses fameux « Plans » - « plan Calcul » sous de Gaulle ou « Informatique pour tous » dans les années 80 et 90 pour former des batailleurs d'informaticiens -, de son appétence pour la technologie ..., la France ne parvient pas envoyer « grand monde » dans les palmarès mondiaux de l’édition du logiciel établis par les analystes des grands cabinets d'études américains.

Exceptés le leader solutions de CAO/PLM, Dassault Systèmes et le spécialiste des bases de données et logiciels de santé Cegedim, aucun des nombreux éditeurs tricolores d'ERP, de solutions de CRM ou de gestion logistique ne parvient pas à se tailler une notoriété internationale.

Les classements mondiaux sont trustés par les Américains. Et leur emprise sur le marché du cloud saisit : selon Synergy Research, les 24 plus grands fournisseurs de cloud contrôlaient 68 % du marché mondial en 2016 sur chacun de ses deux segments : celui de l’infrastructure à la demande (IaaS pour infrastructure as a service et PaaS pour plateform as a service), et celui du logiciel à la demande (SaaS pour Software as a service) (cf. plus bas pour comprendre le jargon du logiciel).

Microsoft, Salesforce, Adobe Systems, Oracle et SAP se font la course dans le logiciel vendu en tant que service cloud, un marché estimé à 72 Md$ dans le monde, en croissance de 20 %, qu’ils dominent à hauteur 45,6 % (contre 40,8 % en 2016).

Sur le marché du cloud d’infrastructures, Amazon Web Services, Microsoft, IBM et Google contrôlent à eux seuls plus de la moitié du marché.

                                  

Course à la part de marché

La croissance du marché de cloud, qui devrait dépasser les 120 Md$ en 2017 (selon le cabinet de recherche IDC), rend le tout très alléchant.

Pour exemple, au troisième trimestre 2016, les ventes d’AWS, la branche cloud d’Amazon, ont grimpé de 55 % et dépassé 3,2 M$ de revenus. Google a dégagé 1 milliard de dollars de revenus dans le cloud l’an dernier. De son côté, Microsoft a engrangé 6,4 Md€ de juillet à septembre 2016. Si bien que la course à la suprématie s'exacerbe à coup d'investissements lourds et de prix cassés.

 

Parades aux réglementations encadrant les données

Pour être dans les clous avec les contraintes réglementaires de certains pays imposant aux fournisseurs de cloud de localiser les données sur leur territoire au plus près de leurs clients (le pouvoir américain étant susceptible de saisir des informations stockées sur des serveurs à l’étranger), les nouveaux maîtres du cloud font patte blanche et multiplient les annonces d’expansion via des datacenters notamment hors des États-Unis, notamment en Europe.

AWS a lancé 11 zones supplémentaires en 2016, notamment au Canada et au Royaume-Uni. IBM a également étendu sa présence en Angleterre. Microsoft, également ainsi qu'en Allemagne. L’année 2017 devrait voir l’ouverture de Datacenters en France par AWS et Microsoft.

Dans un jeu de surenchères, tous arborent leur portefeuille clients pour témoigner de la confiance des entreprises dans leurs services.

Microsoft se « targue d’avoir réussi à convaincre 80 % des entreprises du CAC 40 ». Amazon revendique plus d’1 million de clients, cite Samsung, Netflix, la Société générale ou Veolia.

Dans ce contexte, faut-il être inconscient pour s'inscrire dans ce terrain de jeu ? Rencontres.

 

 

eMANA : Alternative à Microsoft et Google sur la gestion des mails professionnels

 

Grégory Vally, l'un des fondateurs de eMana

 

Discrète et peu communicante sur l’ensemble des données qui touchent de près ou de loin à ses investissements et développements (nombre d’utilisateurs, chiffre d’affaires, levée de fonds ….), eMana fait partie de ces quelques sociétés qui ont investi quelque oasis perdue dans l’océan de l’édition de logiciels. En l’occurrence, elle opère entre le champion du logiciel vendu en tant que service cloud avec son Office 365 de Microsoft, avantagé par l’omniprésence de Windows et de la messagerie Exchange dans les entreprises, et le géant de Montain View Google avec son service de communication en ligne Gmail.

Un chiffre éclairant. Au deuxième trimestre 2016, le revenu tiré d’Office 365 dans les entreprises a bondi de 54 % et le nombre d’abonnés grand public a atteint 23,1 millions contre 15,2 millions un an auparavant.

On est bien sur ce créneau-là, avec deux acteurs fortement implantés, l’un qui cerne le marché à bien 80 % avec Outlook, l’autre, surtout présent sur un marché de petites entreprises et d’indépendants. Dans le mou du ventre, il y a une myriade d’applis, comme BlueMail ou Front, qui ont des solutions de messagerie, mais ne sont pas des références sur leur marché ».

Créée par deux Français, la start-up californienne Front App a toutefois opéré une levée en fin d’année dernier de 10 M$ notamment pour monter en puissance sur le volet de la gestion collaborative de la messagerie en entreprise.

Comment se faire une place au soleil entre les deux grands ? « Ils sont sur un segment hybride, entre le particulier et le professionnel », répond Grégory Vally, l'un des fondateurs de la start-up aixoise. « Ils ont force de frappe financière telle qu’elle leur permet d’acquérir très vite des technologies si bien qu’il n’y pas encore eu d’acteurs sur l’un ou l’autre segment qui se soient suffisamment démarqués pour venir leur piquer des parts de marché d’autant que la R&D dans le monde du logiciel coûte cher ». 

Et donc ? « Ce qui est certain, c’est qu'il y a une place pour des applications exclusivement dédiées aux entreprises car ni l’un ou l’autre ne répondent pas à toutes les problématiques des entreprises. Tout l’enjeu pour les éditeurs est donc de développer un logiciel uniquement dédié aux professionnels suffisamment pertinent pour être très rapidement scalable et arracher une place sur le marché référençable », explique Grégory Vally.

Pour autant, il ne veut pas croire que Microsoft et Google n’ont pas déjà « des outils semblables aux nôtres mais qu’ils ne les sortent pas car ils n’ont pas d’acteurs en face qui les contraignent à … ». Et surtout, « les deux pourraient arrêter de vendre leurs logiciels qu'ils ne perdraient pas d’argent. Parce que leur vrai business model, c’est la monétisation des données utilisateurs. S’ils devaient se mettre sur ce marché, et donc vendre des licences et non pas des données, ils gagneraient bien moins d’argent ».

Exclusivement dédiée aux entreprises, eMana édite un logiciel qui intègre un assistant intelligent pour gérer les mails à la place des collaborateurs. « Il automatise tout ce qui est priorisation de mails et documents et organise le big data généré. Nous pouvons ainsi spécifier des règles homogènes services par services dans l’entreprise », rectifie-t-il.

Aussi, le logiciel, qui offre une alternative au CRM, peut agréger un ensemble de fonctionnalités aujourd’hui opérées par diverses applis. Après une première version sortie fin 2014, éprouvée chez Airbus et Adidas, la seconde commercialisée depuis janvier 2017 devrait asseoir sa légitimité commerciale grâce à un contrat avec un grand compte régional qu'il vient d'emporter.

eMana, qui propose son offre sur abonnement moyennant de 10 € jusqu’à 35 € par utilisateur et par mois, est actuellement en train de développer les applications mobiles. Le gros chantier reste le développement commercial.

L'aixoise attend beaucoup de l’encadrement réglementaire des données :

On veut redonner à l’entreprise la légitimité sur ses données, qui aujourd’hui, ne lui appartiennent plus. Je suis en guerre contre cela car j’estime la valeur d'une entreprise, c'est sa personnalité. On ne peut pas l'usurper. Nos solutions ont été pensées pour garantir la sécurisation des mails et des données, en protégeant les contenus des menaces du monde extérieur, en empêchant tout tracking avec le cryptage des données et en stockant dans un espace sécurisé évitant les pertes de données ».

Il est du reste persuadé que cet argument rencontre un écho important. « Les entreprises ont conscience qu’elles ne maîtrisent plus vraiment leurs données et qu’elles ont des fonctionnements inefficaces. Dans les grandes entreprises, on a encore des salariés qui s’échangent des fichiers par we transfer ! ».

 

Easiware : Alternative à Salesforce sur la gestion de la relation client

 

Brendan Natral, CEO d'Easiware

 

Depuis fin 2016, selon Synergy Research, Salesforce (8,39 Md$ de CA) ne dominerait plus le classement des acteurs du SaaS, lui qui l’a inventé en 1999. Il aurait été détrôné par Microsoft qui a fait de sa conversion au cloud une priorité stratégique notamment pour deux de ses grandes familles de logiciels d’application : sa suite bureautique Office et sa solution de gestion de la relation client Dynamics CRM. Mais sur la gestion de la relation client, Salesforce continue de creuser l’écart avec ses deux plus grands concurrents, SAP et Oracle tandis qu’Adobe Systems et IBM ferraillent pour la 4e et 5e place (source : Gartner).

« Oui, notre concurrence est bien Salesforce, Oracle, Microsoft et d’autres, surtout américains. Mais il y a des places à prendre car aucun acteur n’est incontournable », assure Brendan Natral.

Easiware, société fondée dans le cloud en 2008 et cofondée avec Charles Dolisy (désormais à la tête de la start-up Plezi), s’est d'abord lancée sur un positionnement plus généraliste, en adressant tous les marchés du CRM. Ce qui n'a pas empêché à l’entreprise née à Marseille d’être bénéficiaire dès la première année, et même primée par le Technology Fast de Deloitte en 2014 pour sa croissance de 779 % enregistrée au cours de ses 5 premières années de son existence.

« On s’est toujours autofinancé. C’est un choix assumé et un gage de saine gestion pour nos clients. On n’a encore jamais opéré de levées de fonds. Certes, Salesforce fait 10 Md€ de CA mais est-il rentable ? Est-il libre de ses options stratégiques », pose l’entrepreneur.

 Depuis que l’entreprise s’est repositionnée à 100 % sur la relation client, « on est un peu moins en frontal et surtout on a des différenciants plus forts. On savait que si l’on restait sur ce positionnement d’éditeur CRM généraliste, on serait condamné à une croissance qui allait s’étioler d’année en année et avoir du mal à continuer de grandir », concède le quadra, originaire de Normandie, qui a participé à la sortie de son école de commerce à toute l’aventure de 1001 Listes (pure player sur les listes de mariage) avant que l’entreprise ne soit acquise par le groupe TF1. 

Aujourd’hui, le service client est adressé par une multitude d’acteurs logiciels, chacun travaillant tous sur un petit bout de la relation client. Notre sujet est de consolider tout cela.

L’enjeu pour une entreprise n’est pas seulement de s’arracher les tripes pour gagner de nouveaux clients mais aussi et surtout de choyer ceux qui sont dans votre portefeuille. Et c’est d’autant plus difficile que le consommateur a intériorisé la banalisation des normes de qualité de service les plus élevées : il s'attend à être satisfait 24h/24, trouve normal de tomber sur des conseillers aimables et compétents, d'être remboursé ou dépanné sur-le-champ etc.

Il s'agit donc d'exploiter toute la connaissance client disponible, à des fins de personnalisation, d’interactions, de proactivité avec lui, et que cela se traduise concrètement par une augmentation des taux de rétention et de réachat. En somme, notre logiciel y répond».

L’entreprise, dont les équipes sont basées entre Marseille et Paris, avait été largement médiatisée quand elle a raflé en 2014 le contrat de Bonduelle face au géant américain Oracle. Mais au-delà, elle préfère mettre en avant les « 300 clients, toutes de très belles marques - Caudalie, Nuxe, Bonduelle, Andros, IdTGV, Michel et Augustin, Ouigo, Voyage Privé …- qui nous font confiance ».

Le logiciel, qui embarque tout un ensemble de modules par grandes thématiques autour de la relation d’une marque avec son client, est vendu sur abonnement annuel et par utilisateur, moyennant un coût qui peut aller de 25 000 € jusqu’à 150 à 200 K€ annuels pour des déploiements importants.

L’entreprise, qui amorcera en 2018, son développement hors de ses frontières tout en adressant les marchés des banques, finances, assurance, compte beaucoup pour l'aider sur la directive européenne concernant la protection des données

« La question de la localisation de l’hébergement des données de nos clients est un vrai sujet. On était chez ASP Serveur à La Ciotat. Nous sommes depuis un an chez Jaguar network. Les entreprises sont vraiment soucieuses de cette question », assure Brendan Natral. « Elles ne se contentent pas de nous poser la question : AF KLM, Voyage Privé, Bonduelle, exigent que leurs données soient localisées en France. Certaines prévoient même une clause dans le contrat stipulant que si demain, nous étions amenés à devoir changer d’hébergeur, elles se réservent le droit de rompre le contrat ».

 

Mood Messenger : Alternative à WhatsApp, Facebook, Imessage, SnapChat sur la messagerie

 

Saïd Hadjiat, confondateur de Mood Messenger

 

C’est sans doute l’aventure la plus délicate, peut-être aussi la plus gagée, mais incroyablement la plus prometteuse parmi ces quatre entreprises qui osent défier les plus grands.

Prenant à contrepied les applications de messageries instantanées, incarnées par les WhatsApp, Facebook, Imessage, SnapChat, et consorts asiatiques WeChat, Viber, Line…, régénérant le bon vieux texto pour l’enrober de couches technologiques permettant de synthétiser dans un SMS toute l’expérience des messageries instantanées (pas de limites de caractères, échanges pendant la conversation de textes, documents, images en haute résolution, fichiers audio et vidéo, messages de groupe, gifs animés, le tout avec une simple connexion Wi-Fi), la société marseillaise Caléa avait déjà frappé fort. Mais le meilleur est à venir.   

Car, pour l’heure, aussi vertueux soit-il pour sa simplicité et efficacité, le texto ne rapporte rien. Là où les autres sont parvenues à adosser à leur audience un poids publicitaire : la seule Facebook, qui avec Messenger et WhatsApp (racheté en 2014), surplombe le marché publicitaire en ligne (24 % aux États-Unis) avec un réseau de près de 5 millions d'annonceurs.

Créée fin 2015 par Saïd Hadjiat et Olivier Lhermite, la start-up marseillaise a donné vie en 2016 à Mood Messenger, une application, qui a vocation à remplacer celle du SMS proposée par défaut par les constructeurs de smartphones.

Lancée en octobre 2015 sur le Google PlayStore, elle a connu un succès immédiat - 50 000 téléchargements en quelques semaines (alors que 85 % des applications lancées sur le marché ne les dépassent pas), 2 millions de téléchargements à ce jour, 800 000 utilisateurs actifs – avec un taux de rétention (le taux d’utilisateurs qui ne désinstallent pas le programme) dans le Top 100.

Parmi les 2 millions d’applications disponibles sur le store, elle fait partie du très sélect club des 1 % d’applications les plus téléchargées au monde. En termes d’engagement, elle enregistre 40 sessions par utilisateur par jour (quand Snapchat est à 18, selon Saïd Hadjiat).

Le président et directeur général se défendent d’être en concurrence frontale avec les géants (américains et chinois) du Net en affirmant exploiter précisément un créneau délaissé par ces derniers. Et surtout, ils partagent une vision propre nourrie de l’expérience du secteur, qu’incroyablement, Google vient tout récemment de crédibiliser au niveau planétaire en remettant le SMS au cœur des enjeux marketing avec son nouveau protocole imposé à tous les opérateurs et fabricants.

Appelé à remplacer le vieux texto, le RCS (Rich Communication Service) va permettre d’échanger des messages aux fonctionnalités élargies. Tout ce que propose déjà Mood Messenger.

L’intérêt ravivé pour le SMS de Google, qui équipe 81,7% des smartphones dans le monde avec son système d'exploitation Android sans être jamais parvenu à « faire grossir » sa messagerie instantanée, n'est pas perçue comme une menace par l'entreprise marseillaise.

D’abord parce que tous les grands acteurs du secteur se sont lancés dans la bataille de la messagerie, chacun avec une vision qui lui est propre - les uns avec les bots, les autres avec le big data, l’intelligence artificielle – et des investissements trop importants pour travailler dans une autre direction.

 

 

Aussi, parce qu’en convoquant la planète entière* pour expliquer l’enjeu majeur de l’appli SMS, Google est en train d’évangéliser le marché et conforte nos discours », se réjouit Saïd Hadjiat, qui reconnaît que sa concurrence jusqu’à présent est moins Textra, Chomp SMS (alternatives aux applications de messagerie intégrées aux interfaces des constructeurs) que Google Messenger.

« Les opérateurs sont ceux qui ont perdu le plus d’argent avec les messageries instantanées car ces nouveaux usages leur ont totalement échappés. Cela nous permet de les alerter sur l'usage qui sera fait de leurs données utilisateurs. On leur propose de surcroît une alternative extrêmement bien notée en termes de fonctionnalités sur le store et assortie d’un modèle de revenu ».

L’argument peut faire mouche. Mood Messenger devrait de surcroît intégrer RCS, ce qui devrait en faire la seule alternative en client RCS qui soit disponible pour les opérateurs et les fabricants.

Dans ce contexte, force est de reconnaître que Caléa, incubée au pôle média Belle de Mai et accélérée par P.Factory, a quelques longueurs d’avance. Car sa technologie va bien au-delà du seul élargissement des fonctionnalités des SMS. Elle exploite et conjugue le langage émoticône et l’écriture prédictive pour rendre le SMS « serviciel » et par extension « monétisable » (cf. Mood Messenger, l'appli qui réinvente la messagerie SMS). C’est bien là où se distingue pleinement la start-up marseillaise : ouvrir la possibilité de gagner de l’argent avec des SMS.

Dans ce jeu de convictions, l’étalon maître reste l’audience. L’objectif à atteindre pour Caléa est entre 3 et 5 millions d’utilisateurs pour ne pas être court-circuité. En attendant, la TPE de 18 personnes, qui avait déjà opéré une première levée de fonds en 2016, fera de nouveau un appel aux fonds d’investissement d’ici la fin de l’année.

 

Numvision : Alternative à Dropbox et OwnCloud

 

Elle est depuis les débuts de son aventure l’option « frenchie » à Dropbox. Assumée comme telle. Et très clairement aussi sur le terrain de Google, Microsoft et les autres. En concurrence par ailleurs avec des acteurs puissants de l'open source comme l'allemand OwnCloud.

Créée en 2009 à la Ciotat, Numvision est un éditeur français de logiciels opérant dans le cloud, d'abord spécialisé dans la sauvegarde de données critiques, pour ensuite s’orienter vers le développement d’une gamme de solutions de synchronisation, de partage et de sauvegarde de fichiers en marque blanche et en cloud « privé » (l’entreprise apporte une plateforme capable de se « poser » très facilement sur n’importe quelle infrastructure, serveurs installés sur les propres infrastructures d'un client ou chez son prestataire hébergeur en France ou ailleurs).

« Nous avons opté dès le début pour un créneau en vente indirecte, certes plus lent, mais à long terme plus prospère et rentable », signifie Laëticia Pélissier, aux commandes de l'entreprise depuis le décès accidentel de son mari fondateur de l’entreprise.

Malgré sa taille encore modeste (350 K€ de CA en 2016, 6 personnes), la start-up, qui est l’une des rares françaises à commercialiser en marque blanche via un réseau de partenaires-distributeurs (des hébergeurs, éditeurs, opérateurs), est parvenue à intéresser assez rapidement des grand acteurs du IT qui ont intégré ses services dans leur offre de cloud-computing. Mais ses solutions ont surtout séduit et fidélisé des grands comptes puissants comme France Télévisions.

Pas que… puisque la technologie a capté dernièrement l'intérêt du groupe trentenaire Visiativ (650 personnes, 106 M€ de CA, coté sur Alternext Paris) qui, engagé dans une politique de croissance externe, a pris une participation majoritaire de 60 % afin d’intégrer les solutions de NumVision à sa plateforme collaborative Moovapps, agrégat de logiciels en mode Saas permettent de dématérialiser et centraliser l’ensemble des documents liés aux dossiers clients.

« Au regard des solutions existantes sur le marché français, les produits développés par Numvision offrent une grande simplicité d’installation, d’adaptation aux besoins spécifiques des clients, et sont disponibles en mode Saas et PaaS (hébergé) ou « on-premise » (sur les serveurs du client) », justifiait le groupe dans un communiqué.

Laëticia Pélissier, qui reste au développement commercial, cherchait à se rapprocher d’un « grand groupe pour bénéficier de leur écosystème et accrocher plus rapidement les regards de grands comptes. En l'occurrence, l'éditeur de la Ciotat peut désormais s'appuyer sur un portefeuille potentiel de 12 000 clients.

Bref, accélérer. En somme, l'enjeu de tout start-up pour être - le graal - « scalable ».

 

Adeline Descamps

 

* Développé depuis 2008 par la GSMA (une association qui fédère 850 opérateurs de téléphonie mobile dans 218 pays), le RCS est soutenu par 47 opérateurs dans le monde, dont Deutsche Telekom (Allemagne), Orange et SFR (France) ou encore Vodafone (Royaume-Uni), 11 fabricants de smartphones (dont HTC, Huawei, LG, Nokia, Sony et Samsung), ainsi que Microsoft, mais n’a jamais vraiment trouvé son public. Pour faciliter l'adoption, Google a mis en place une plateforme de cloud computing nommée Jibe (du nom de la startup Jibe, spécialisée dans le RCS qu’il a acquise en 2015).

 

 

Question de définitions : Vous avez dit cloud

 

 Le terme « cloud » renvoie globalement à des ressources informatiques qui sont :

                  -  distantes et mutualisées entre plusieurs groupes d’utilisateurs ; 


                  -  accessibles par réseau Internet ; 


                  -  extensibles, à la hausse comme à la baisse, pour chaque utilisateur ; 


                  -  consommables - et payables - à la demande. 


 

Plus précisément, il comporte trois types de services :

                  -  IaaS (« Infrastructure as a Service ») : mise à disposition d’une ressource matérielle virtualisée (services de calcul, de stockage et de réseau), gérée et administrée par un fournisseur. Le IaaS permet de disposer d’une infrastructure matérielle complètement externalisée sans se soucier des contraintes d’administration d’un parc matériel ; 


                  -  PaaS (« Platform as a Service ») : mise à disposition de plates-formes nécessaires au développement ou à l’exécution d’applications ; 


                  -  SaaS (« Software as a Service ») : mise à disposition de logiciels en ligne prêts à l’usage après un simple paramétrage : messageries grand public, solutions métier comme la gestion de relation client pour PME, solutions techniques comme la gestion de la sécurité pour les directions informatiques, etc...

 


Enfin le cloud a plusieurs modes de consommation : 


                  -  Cloud public : le service (infrastructure et logiciels) est accessible à tous types de clients, consommateurs ou entreprises, hébergé et opéré par un fournisseur privé, ou un organisme 
public, ou une combinaison des deux.

                  -  Cloud privé : le service (infrastructure et logiciels) est dédié à une unique organisation qui peut comporter des clients multiples (par exemple des business units). L’infrastructure peut être possédée et opérée par l’organisation, ou par un tiers, ou par une combinaison des deux. Elle peut être hébergée dans les locaux de l’organisation ou en dehors. 


                  -  Cloud hybride : services interopérables reposant pour partie sur du cloud public et pour partie sur du cloud privé .

 

 

 

 

 

 

 

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