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15.03.2017 - Eolien offshore

FOWT 2017 : Les coulisses des enjeux de l'éolien flottant offhore

Le coup d'envoi de la 4e édition de FOWT, rendez-vous européen quasi unique de l'éolien offshore flottant, a été donné ce 15 mars au Parc Chanot à Marseille. Deux jours « experts » dédiés à cette filière industrielle en émergence que le territoire aimerait accrocher sur son territoire. Pourquoi ?

 

Floating offshore wind turbines. Le coup d’envoi de l’un des plus importants rendez-vous européens dédié à l’éolien offshore flottant, jeune filière industrielle en émergence sur laquelle la France pourrait tenir sa revanche dans le domaine de l’éolien en mer (cf. Pourquoi la France pourrait avoir besoin de la Provence pour réussir dans l'éolien flottant) a été donné ce 15 mars au Parc Chanot à Marseille.

Née sur une initiative en 2014 de la CCI Marseille Provence et du Pôle Mer Méditerranée en partenariat avec France Énergie Éolienne, soutenue par la Région, la quatrième édition de cette conférence internationale assez experte attend quelque 500 participants en provenance de 14 pays, dont certains en délégations comme les Japonais (emmenés notamment par la société de la Ciotat Ideol, spécialiste des solutions flottantes et lauréate de projets au Japon) et les Norvégiens (le géant norvègien Statoil étant une figure de proue dans le domaine de l'éolien en mer).

À quelques minutes de l'ouverture de la conférence internationale qui réunit les experts et professionnels du secteur de l'éolien offshore flottant

Si Giles Dikson (directeur général de l'association européenne pour l'énergie éolienne WindSurf), Maurice Wolff (vice-président de la CCI Marseille Provence en charge des grands projets et des filières d’excellence), Patrick Baraona (directeur du Pôle Mer Méditerranée), Pauline Le Bertre (déléguée générale de France Énergie Éolienne), et Philippe Maurizot (premier vice-président de la Région PACA) ont officiellement lancé les deux jours, en réalité, les jeux avaient déjà démarré la veille. Le 14 mars, le Palais de la Bourse a reçu pas moins de 140 participants en « side event » (en marge), pour permettre aux fournisseurs et donneurs d’ordre de ce secteur (notamment les lauréats des fermes pilotes d’éoliennes) de se rencontrer et aux institutionnels de dresser un panorama des atouts du territoire en matière d’éolien offshore.

Une gageure

« Nous sommes là avant tout pour rencontrer des prospects et des clients », justifie lors de l'ouverture François Petrié, directeur général adjoint d’Oceanide, un bureau d’étude de la Seyne-sur-Mer spécialisé dans le génie maritime qui dispose notamment d’un équipement assez inédit pour tester les maquettes à échelle réduite : un bassin de génie océanique permettant de tester le comportement d'ouvrages en situation d’environnement marin complexe.

« On le conçoit comme un temps fort de la filière, comme un arrêt en instantanée sur l’état de l’art », ajoute Christophe Tardy, business développer de la société marseillaise Powersea, qui en tant que spécialiste du câble sous-marin, veille à ramener la puissance électrique à terre.

Pour Paul de La Guérivière, à la tête de la société ciotadenne Ideol, une des pionnières françaises à s'être développée exclusivement sur le segment de l’éolien offshore flottant et qui sera la première à installer avant la fin de l’année une éolienne flottante en mer, « c’est un temps fort de par la large audience internationale ».

Être parvenu à drainer en effet à Marseille des experts du monde entier sur un des segments de la grande famille des énergies marines renouvelables où la France n’est pas forcément attendue faute d'avoir loupé la première révolution des éoliennes en mer, c’est peut-être aussi une gageure. S’il faut remonter à 2009 pour trouver les premiers élans en la faveur de ce vent nouveau, l'État français n'a émis ses premiers appels d'offres pour des champs d'éoliennes offshore qu'en 2011 si bien que L'Hexagone ne compte toujours aucune éolienne en mer, si ce n’est à l'état de projets, dans six sites en mer du Nord et sur les côtes bretonnes notamment.

Un autre pari

Maurice Wolff, vice-président de la CCI Marseille Provence en charge des grands projets©FJ

« L’autre pari est celui de l’émergence d’une nouvelle filière et il en va de notre responsabilité, nous chambre consulaire, de contribuer à son déploiement et à son ancrage sur le territoire, à capter des investissements et à favoriser la création d’emplois », insiste Maurice Wolff, qui est notamment chargé au sein de la nouvelle équipe consulaire de la dynamique des grands projets structurants. Et pour l’élu, il en est clairement un pour son potentiel en termes de « business, d’investissements et d’emplois ».  

Concrètement, poursuit-il, cela veut dire « accompagner les entreprises déjà opérationnelles sur le secteur » mais aussi celles qui disposent d’un savoir-faire sans réaliser qu’il pourrait servir la cause d'une filière pour laquelle le territoire ne peut pas rater le rendez-vous. Au vu de ses avantages géoclimatiques assez incontestables pour l’éolien flottant (ses réserves de vent, ses eaux profondes à proximité des façades terrestres, ses courants et houles moins importants qu’en Atlantique notamment) et de ses infrastructures industrialo-portuaires favorables aux essais (par la présence du Grand port maritime de Marseille).

400 entreprises identifiées sur la chaîne de valeur de la filière

Patrick Baraona, directeur du Pôle Mer Méditerranée ©DR

Selon une étude d’opportunité réalisée par l’Agence régionale pour l’innovation et l’internationalisation des entreprises (ARII) en vue d'alimenter une feuille de route (l’éolien flottant fait partie des priorités stratégiques contenues dans le schéma régional d’innovation, a rappelé lors de l’ouverture Philippe Maurizot, 1er vice-président de la Région PACA), il y aurait 400 entreprises identifiées sur la chaîne de valeur de la filière, dont un tiers sont membres du pôle de compétitivité Pole Mer Méditerranée, explique Patrick Baraona.

« Les identifier, connaître leur positionnement sur la chaîne de valeur, et déceler les éventuels trous dans la raquette ne suffit pas. Il faut structurer la communauté des acteurs. Comme il n’y a pas de cluster à proprement parler, le Pole Mer a endossé ce rôle en vue notamment de faire le lien avec les stratégies régionales et européennes de façon à permettre aux entreprises de mieux saisir les opportunités de business que ces stratégies portent », ajoute le directeur du pôle de compétitivité.

La CCIMP estime que le développement de l’EOF localement pourrait générer des retombées directes auprès des entreprises de l'ordre de 1,3 à 3 Md€ à terme, soit des revenus annuels compris entre 66 et 150 M€. Se basant sur l’hypothèse que la filière se développe, l’ARII évalue à 40 % la part des budgets que les entreprises de la région PACA pourraient préempter, notamment sur la production et l’assemblage des flotteurs, l’installation des équipements  et les opérations et la maintenance des équipements.

Opportunités énergétiques

Pour Maurice Wolff, il faut aussi savoir saisir les opportunités : « on est sur des enjeux énergétiques majeurs et les énergies renouvelables marines constituent une ressource importante pour la France, du fait de son espace maritime ».

La France s’est en effet fixée comme objectif de disposer entre 100 et 2,1 GW de puissances d’énergies marines renouvelables (hors éolien offshore posé) d’ici à 2023 (objectif issu du Programme Pluriannuel de l’Énergie et selon les résultats des fermes pilotes).

Conditions de marché ?

« Pour que l’éolien puisse désormais prendre tout sa place, il faut installer des conditions de marché. On a eu les prototypes en Norvège, au Portugal, puis des fermes pilotes attribuées. Aujourd’hui, cette dynamique doit perdurer avec des appels d’offres commerciaux. On a besoin d’un calendrier ambitieux, d’un volume, d’une visibilité pour concrétiser tout le potentiel que peut avoir cette filière, abonde Pauline Le Bertre. La déléguée générale de France Énergie Éolienne insiste également sur le rôle de leadership qu’a à asseoir la France (et l’Europe, appuie-t-elle) dans un contexte concurrentiel international, tout en reconnaissant un réel soutien des pouvoirs publics.

 

Selon une étude de positionnement réalisée récemment par le services Etudes et Développement des entreprises de la CCI Marseille Provence, l’éolien offshore flottant constituerait la ressource énergétique marine la plus pertinente pour le territoire en raison des caractéristiques (notamment sa profondeur) de la Méditerranée (par opposition à l’éolien offshore posé, cf. plus bas) et de la présence d’un écosystème déjà existant comptant de grands groupes : Eiffage Construction, qui va notamment s’orienter vers la production des équipements liés à l’éolien offshore à Fos, EDF Énergies nouvelles, AREVA, Veolia Environnement, etc. mais aussi des PME locales et à forte valeur ajoutée du fait de leurs travaux de R&D (Ideol et Eolfi entre autres).

Et visiblement, un alignement de toutes les stratégies en sa faveur : l’éolien offshore flottant fait partie des angles stratégiques et de la Métropole (dans le cadre de sa feuille de route économique) et de la Région (dans le cadre de son Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation, SRDEII).

Alchimie ?

C’est probablement cette « alchimie » à laquelle fait allusion Maurice Wolff. Quoi qu'il en soit, la métropole posséde dans ses murs un des trois projets pilotes attribués en Méditerranée : celui d’EDF Énergies nouvelles, Provence Grand Large, au large de Fos, qui serait à lui seul porteur de 100 emplois selon les estimations de la filiale d’EDF qui y investit pour reconvertir un site dédié à une centrale thermique en site de maintenance des équipements du futur parc des 13 éoliennes.

Le territoire peut également se targuer d'avoir dans ses rangs des entreprises locales lauréates d’autres fermes pilotes portées par l’État (Eolfi à Groix-en-Bretagne, Ideol sur le projet de Gruissan porté par Quadran avec Bouygues TP et Senvion par exemples).

Le potentiel économique ne doit pas faire oublier son équivalent énergétique. Les études portées par le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (MEDDE) estiment possible, en mettant en place des politiques ambitieuses, d’atteindre 6 000 MW d’énergies maritimes d’ici 2020 (éolien offshore posé, éolien offshore flottant, hydroéolienne, etc.) et ainsi, produire 3,5 % de la consommation annuelle d’électricité du pays.

Les projections faites par l’ARII montrent que, selon l’ambition des politiques publiques mises en place, la Méditerranée serait en capacité d’accueillir des parcs d’une puissance totale comprise entre 100 MW (scénario bas) et 2 500 MW (scénario haut) d’ici 2035. « Pour la région, l’éolien offshore flottant pourrait à terme assurer la moitié de la production régionale en énergies renouvelables », déclarait le répresentant de la collectivité régionale Philippe Maurizot lors de l’ouverture.

 

Adeline Descamps

 

Posé ou flottant ?

Petite question technique : aujourd’hui, deux modèles d’éoliens offshore se développent en France et à l’international.

L’éolien offshore posé est la technologie la plus mature des énergies marines renouvelables. Elle repose sur la même technologique que celles des éoliens terrestres : les éoliennes sont implantées sur des fondations directement fixées au plateau continental. Elles sont connectées à une sous-station électrique en mer par le biais de câbles. Elles ne peuvent être fixées à plus de 40 m de profondeur (contraintes mécaniques et économiques pour les fondations).

L’éolien offshore flottant réside sur le même principe que le « posé » pour ce qui est de la production d’énergie (électricité à partir de la force cinétique du vent) mais se distingue par sa fixation sur un système flottant, relié aux fonds marins par le biais de câbles. Technologie intéressante car elle permet de fixer des éoliens à des profondeurs comprises entre 50 et 300 m (ainsi sur des zones plus éloignées des côtes ou sur des zones avec des fonds marins importants).

De nombreuses recherches et innovations sont en cours afin d’identifier les solutions flottantes les plus pertinentes selon les conditions maritimes. À ce titre, des entreprises locales comme Ideol (basée à La Ciotat) mènent des études sur les conceptions de flotteur et leur système d’équilibre.

 

 

Les chiffres clés de l'éolien offshore flottant

•        4 fermes pilotes en France : 2 en Occitanie (Leucate et Gruissan), 1 en Bretagne (Groix-en-Bretagne) et 1 en PACA : Provence Grand Large, sur la zone de Faraman (à 17 km des côtes de Fos/mer)

•        3 Md€ de retombées économiques maximum à horizon 2035 pour les entreprises de PACA

•        755 M€ de retombées fiscales maximum à horizon 2035 pour la façade méditerranéenne (régions PACA et Occitanie)

Sources : Estimation DEDE – CCIMP à partir des données ARII et du Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer

 

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