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12.05.2016 - Culture

MuCem, un sans-faute pour le nouvel entrant du territoire

Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCem), qui a rencontré un parcours heurté dans sa gestation avant conception, a relevé le pari de dépasser l’effet de curiosité liée aux premiers mois d’exploitation et à survivre à la conjoncture exceptionnelle de Marseille-Provence.

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Il restera comme la plus grande signature architecturale de Marseille-Provence en tant que Capitale européenne de la culture (MP 2013) et le symbole de la métamorphose urbaine de la façade portuaire de la cité phocéenne. Il a aussi gagné le droit à être un acteur de premier plan dans toutes les réflexions sur le devenir culturel de la … Métropole Aix-Marseille-Provence.

le « Guggenheim » du territoire (selon l’expression de Jacques Pfister, président de la chambre consulaire) aurait créé de la richesse sur le territoire, permis à Marseille de devenir une ville culturelle, contribué à l’attractivité de la destination touristique, amélioré l’image de la cité portuaire malmenée… Bref, ce serait un sans-faute pour le nouvel entrant, tant sur le plan culturel (facteur d’attraction des touristes), qu'économique (levier de développement) et urbanistique (équipement structurant).

« Si le succès du MuCem lui confère un rôle de phare culturel mais aussi de locomotive, l’analyse de ses retombées révèle, de façon plus générale, l’importance croissante de la culture dans le développement économique. Notre territoire est, depuis 2013, entré « dans la cour des grands » en matière de rayonnement culturel. Nous devons désormais capitaliser sur ce positionnement », commente Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence.

1,5 million de visiteurs

Trois ans après son ouverture, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée vient de faire l’objet d’une première estimation de ses retombées économiques et de son image* sur le territoire des Bouches-du-Rhône. 

Coréalisée par le MuCem, Bouches-du-Rhône Tourisme et la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence (qui avait aussi étudié les retombées pour le musée Granet de l’exposition de Cézanne en Provence et de la Coupe du Monde de Rugby), le « joyau » du territoire a accueilli 1,5 million de visiteurs, dont 539 000 dans ses expositions et pour sa programmation payante.

10 % des touristes du département

Sur le million et demi de visiteurs, on estime à 708 750 le nombre de personnes pouvant être classées dans la catégorie des touristes (ayant séjourné au moins une nuit dans le département). Le cube à l’architecture tressée de résille représente donc déjà 10 % des touristes du département (estimé à 8 millions par an).

Si les ¾ sont français (dont la moitié originaire d’Ile-de-France et de Rhône-Alpes), près de 3 étrangers sur 4 qui ont visité le site venaient dans le département pour une première fois, ce qui peut au moins laisser penser que le bel ouvrage en soit un motif de visite. Les Européens restent majoritairement représentés (mais 6 % toutefois des Américains).

Ses retombées directes sont estimées à 11 M€ et 180 emplois ETP. Il aurait en outre généré 118,4 M€ (dont 57,7 M€ liés aux visiteurs internationaux) en dépenses indirectes, représentant ainsi 814 emplois (dont 60 ETP liés aux activités des concessions de restauration confiées à Gérald Passédat et de librairie à Actes Sud-Maupetit).

Par comparaison, MP 2013 avait généré 500 M€ de retombées directes et indirectes. L’exposition Cézanne-Picasso en 2009 (372 000 visiteurs) est estimé à quelque 70 M€ et l’exposition Cézanne en Provence (430 000 personnes) à 74 M€.

Même niveau de notoriété que des musées créés bien avant 

« C’est une démarche pas habituelle pour un musée national que de mesurer son poids dans l’économie locale », analyse Jean-François Chougnet, qui après dirigé l’association en charge de l’organisation de Marseille-Provence 2013 a été nommé à la présidence de l’établissement public national. L’homme de culture précise néanmoins que le site n’a pas échappé à la baisse de fréquentation qui a touché l’ensemble des musées parisiens en 2015 en raison notamment des attentats qui ont endeuillé la capitale. Au Louvre par exemple, la fréquentation (8,7 millions) a baissé de 6,4 %. Il en est de même pour le Quai Branly où la fréquentation en repli de 7 %, à 1,3 million ou du Centre Pompidou (- 11,3 %).

Toujours est-il que le site s’est imposé en peu de temps dans le paysage culturel hexagonal : 24 % des Françaises connaissent le MuCem et ici sur les terres, il est plus réputé que Le Louvre ! Parmi les musées nationaux situés en région, sa notoriété est quasiment au même niveau que celle du Louvre de Lens (28 %), du Musée Picasso à Antibes (26 %), du Centre Pompidou de Metz (26 %) ou encore du Musée de la Marine à Toulon (26 %), pourtant créés avant. Il surclasse Matisse à Nice ou Granet à Aix-en-Provence.

Pari : dépasser l’effet de curiosité

C’est une belle « indemnité » pour un musée qui a rencontré un parcours heurté dans sa gestation : il aura survécu à quelques présidents, plusieurs ministres de la Culture, différents projets, suscité un débat intellectuel sur l’ethnologie française, une polémique sur son installation en Province et in fine alimenté les doutes sur la capacité de Marseille à être à la hauteur de son titre de Capitale européenne de la Culture.

C’est sans doute aussi un soulagement. Car la crainte était réelle de ne pas être en mesure de dépasser l’effet de curiosité liée aux premiers mois d’exploitation et de survivre à la conjoncture exceptionnelle de Marseille-Provence Capitale européenne de la Culture : le MuCem a été inauguré en juin 2013, et en novembre, il franchissait déjà la barre des 500 000 entrées.

Rayonnement international

« Il est la preuve que la culture et l’architecture sont des investissements pour le territoire », explique Danièle Milon, président de Bouches-du-Rhône Tourisme, qui n’a pas tort : un tiers visitent l’exposition tandis que les autres s'attardent sur son architecture.

L’architecte, lui, en profite pour appuyer sur le fusain : « La culture est toujours suspecte car perçue comme un investissement inutile. Le MuCem, qui a coûté 73 M€ (la Cour des Comptes estime le coût de construction à 160 M€, NDLR), a déjà été remboursé je ne sais combien de fois. C’est de la redistribution de richesse », ironise Rudy Ricciotti.

Jean-François Suhas, président du Club de la croisière Marseille Provence, revient pour sa part « sur la fulgurance de cet objet à l’international ». Le MuCem porte en effet l’espoir de contribuer au rayonnement international de la destination Provence. L’établissement a d’ailleurs passé des accords avec les hôteliers, qui jouent un peu le rôle de représentants de commerce. Il espère aussi capter les croisiéristes avant qu’ils n’embarquent dans les cars.

« Le MuCem a une forte pénétration chez les touristes français mais des efforts restent à faire auprès des étrangers. C’est un élément décisif de l’offre de promotion de la destination sur lequel il faut capitaliser », insiste Maxime Tissot. Le directeur de l'Office du tourisme et des congrès de Marseille indique qu’un « city pass » commun à Aix-en-Provence et Marseille, couplant entrées, transports, réductions auprès des professionnels du tourisme… sera opérationnel pour la prochaine saison.

A.D

 

* L’impact direct prend en compte l’ensemble des dépenses de fonctionnement réalisées par le musée et réinjectés dans le département (dépenses réalisées auprès de fournisseurs implantés dans les Bouches-du-Rhône). L’impact indirect correspond aux effets entraînés par les visiteurs du MuCem en situation touristique. L’impact en termes d’image a été mesuré au travers d’une enquête web auprès de 1 700 français de plus de 18 ans, représentatifs de la population française, réalisée en novembre 2015 et de 20 interviews d’acteurs locaux, réalisées entre novembre 2015 et février 2016.

 

L'essentiel

- 129,4 M€ en retombées totales, soit 814 emplois ETP (dont 60 ETP liés aux concessions)
- 11 M€ de retombées directes, soit 180 emplois ETP générés
- 1,5 millions de visiteurs
- Près de 710 000 visiteurs touristes

- 59 % souhaitent revenir dans les 12 prochains mois.
- 27 % des visiteurs touristes sont étrangers. Les plus représentés sont originaires de Belgique (12 %), du Royaume-Uni (12 %), d’Allemagne (11 %), de Suisse (8 %), des Etats-Unis (6 %), d’Espagne (6 %), d’Italie (5 %) et des Pays-Bas (4 %). 76% de ces étrangers sont venus pour la première fois dans le département (vs 39 % pour les Français).

Le budget de fonctionnement du MuCem est de 23 M€, dont 1/3 de recettes propres, qui proviennent de la billetterie, de la privatisation des espaces, du mécénat, des concessions (restauration, librairie) et des recettes commerciales tirées des produits dérivés. La Société des amis du MuCem (près de 1 000 adhérents), l’une des plus dynamiques en France, a crée en son sein un club entreprises qui réunit une vingtaine d’adhérents dont la CEPAC, Vinci, Engie, PwC. DCNS et Groupama seront les mécènes de la prochaine exposition « Parade », du 29 juin au 24 octobre 2016.

 

CNN, The Sunday Times, les touristes étrangers et ... français, ce sont eux qui en parlent le mieux, retour en images.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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