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06.06.2017 - Big data

Bittle : La plateforme collaborative de la data

L'entreprise aixoise, parmi les pionnières du cloud, est passée à la « smart valorisation ». Avec un modèle en partie gratuit ... mais payant. Et une logique de place de marché de la data façon collaborative. Ou comment trouver de la donnée enrichie, pertinente et certifiée ...

 

« Les chefs d’entreprise savent très bien utiliser leurs immobilisations et leurs investissements mais ont beaucoup plus de mal à valoriser leur patrimoine informationnel, ce que nous appelons en interne le « capital data », une vraie richesse pourtant ». Un capital qui dort, pourrait dire Christophe Suffys.

Bittle, l’entreprise qu’il a créée en 2009 avec deux associés, Morgan Ventimila et Pierre Mougin, tous les trois collègues dans une autre vie où ils étaient cadres et employés par la même société, possède, elle, pour le coup, un capital notoriété sii l'on en juge par le nombre de fois où elle est sollicitée pour apporter de l’expertise sur ces technologies « à la data », dont les entreprises commencent à peine à percevoir le potentiel (cf. Data : le grand big bang territorial).

« Nous avons travaillé pour le compte d'une société qui vendait des solutions de business intelligence très onéreuses aux grands groupes (une société acquise depuis par SAP, NDLR). Nous avons voulu démocratiser les technologies cloud pour les rendre accessibles aux PME et TPE. Nous avons donc voulu des solutions, les plus accessibles possible, tant techniquement que commercialement parlant, pour qu'elles puissent être utilisées par le grand nombre », retrace le dirigeant de Bittle.

À l’ère du big et smart data, la société basée à Aix-en-Provence a fait, depuis, du chemin, et revendique précisément sa différence par le fait de disposer d’une plateforme qui agrège un grand nombre de fonctionnalités, là où ses concurrents vont se concentrer sur un outil ou deux outils (type Excel). « Souvent quand on rentre dans une entreprise, c’est pour remplacer un fichier Excel », relève le dirigeant.

Place de marché de la data

Christophe Suffys, cofondateur et dirigeant de Bittle

 

Avec sa plateforme collaborative DataRendezVous™, qui permet de collecter des jeux de données de source privée et publique et de collaborer, l'éditeur a créé une sorte de « data community » : « nous sommes en somme un site de rencontres entre producteurs de données, qu’elles soient privées ou publiques, consommateurs et professionnels qui mettent leurs compétences à disposition, gracieusement ou pas, pour aider les entreprises et collectivités à valoriser leurs données. Aussi, en étant agrégateur de données, on évite à nos clients de faire le tour de la planète pour trouver les données chez les uns et les autres », vulgarise Christophe Suffys

Dans la lignée des Google & co, avec leurs places de marché de données comme Kaggle et datascience.net, DataRendezVous™permet ainsi aux entreprises et collectivités, en fonction de leurs besoins, de sourcer « de l'information pertinente, riche et certifiée ». Parce qu’elle aura été au préalable « nettoyée », énonce le dirigeant. Comprendre : collectée, fusionnée, enrichie, débarrassée, de qui n’est pas important, pour la rendre « comestible » (en vue d’une valorisation par les usages) sur une plateforme en mode « as a service ». Il suffit de créer un compte en ligne pour profiter des fonctionnalités offertes par la plateforme tel que le pilotage des indicateurs d’activité.

Car, rappelle l’ingénieur informaticien de formation, le défi n’est pas le stock (même s’il faut des données pour …) mais ce que l’on peut extraire du volume « pour créer un nouveau service ou optimiser les ressources autour de services existants ».

« En faisant travailler ensemble des sociétés de restauration collective sur les aires d’autoroute et les gestionnaires, on arrive par exemple à optimiser les ressources humaines, les temps d’attente, les stocks, in fine, les ROI du prestataire et la qualité de services auprès du consommateur et ce, en croisant les données sur la météo, les passages aux péages, le type de véhiculesetc.»

 

Modèle gratuit ... payant

Quant au modèle économique (abonnement mensuel et à la carte selon les modules), « tout ce qui est public est gratuit. La plateforme est financée par les sociétés privées qui ont besoin de données publiques pour enrichir leurs propres données en interne ».

L’architecture cloud permet aussi d’avoir un ticket d’entrée bas. « Pour démarrer vite, nous avons opté pour un modèle gratuit jusqu’à 10 000 lignes de données et payant au-delà de ce volume. Encore aujourd’hui, un périmètre reste gratuit, ce qui permet à de toutes petites sociétés d’utiliser nos services sans payer quoi que ce soit mais avec des limites bien sûr ».

Un modèle payant visiblement : « On transforme en payant entre 12 et 15 % des comptes utilisateurs de plateforme, ce qui est un taux de conversion plus que satisfaisant : sur une offre cloud : la moyenne est plutôt entre 7 et 8 % ». À ce jour, Bittle, avec ses modules de base (historiques), enregistre 40 000 utilisateurs (dont 20 % seulement de Français).

Un problème de maturité des entreprises françaises ? « Cela correspond aussi à des pratiques. Sur le module de reporting, les Anglo-Saxons trouvent normal de mettre tout et n’importe quoi parce qu’ils sont dans une logique d’amélioration continue. Les Latins, de façon générale, considèrent que ces indicateurs sont là pour les contrôler. Aussi, notre solution est disponible dans le cloud et à cet égard, les marchés anglo-saxons et nord-américains ont été très vite matures. Ils se posent moins de question de sécurité et de souveraineté ».

La plateforme avec ses six fonctionnalités, ouverte commercialement depuis la soirée de lancement le 5 avril, affiche déjà « 100 à 150 utilisateurs avec une ouverture de compte de 10 à 15 tous les jours ».

 

Hackathon pour stimuler

Pour stimuler son marché, Bittle pratique les hackathons, comme celui qu’elle a réalisé en mai dernier pour l'Agence nationale des fréquences pour la seconde fois. « On invite des start-up à travailler leurs données pour imaginer de nouveaux services. Cette édition a réuni entre 60 et 80 inscrits. On réfléchit à en initier un avec Aix-Marseille French Tech et les collectivités sur les questions de mobilité et de sécurité ».

Bittle a déjà opéré ainsi pour Air France et Elior. Dans quelle logique commerciale ? « Notre plateforme s’y prête et c’est une autre façon de faire de la publicité : la démonstration par l’usage est bien souvent plus efficace qu’une campagne de communication sur Google ou Facebook. Sans ce modèle en partie gratuit, nous n’aurions pas pu nous distinguer aussi vite, et notamment sur les marchés nord-américains, où pour le même résultat, nous aurions dû dépenser beaucoup d’argent ».

La société aixoise, qui emploie 14 personnes, a ouvert un bureau commercial à San Francisco en 2011 et à Montréal en 2013. Pour assurer le support auprès de ses clients asiatiques, elle va finaliser l’ouverture d’un bureau avant 12 mois à Singapour, probablement.

Les associés possèdent encore les 2/3 du capital et la dernière levée de fond remonte à 2014. La Lauréate du concours mondial d’innovation 2030 ne communique pas sur son chiffre d’affaires : « le taux de renouvellement est de 95 % donc c’est clair : on ne fait que de la croissance ! », achève Christophe Suffys.

 

Adeline Descamps

 

 

Que peut-on faire avec les datas ?

 

« L’enjeu ? Aider les collectivités à ne pas avoir peur de la donnée, à en faire des vrais relais de croissance au service de la communauté », professe avec conviction Christophe Suffys. Bittle travaille avec de nombreuses collectivités : Paris, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Lille, Aix, Istres, Marseille.  

Aix est accompagnée par exemple pour une gestion intelligente des systèmes de chauffage. Deux bâtiments pilotes font ainsi l'objet de mesures de la température, la lumière, l'humidité... avec des notifications lorsque la consommation d'énergie est excessive.

Bittle travaille également avec Istres en vue d’optimiser les flux de consommation d’énergie des bâtiments municipaux (électricité, eau, gaz, fioul…). « En six mois d’analyse, on a réussi à proposer à la ville de revoir 25 % de ses abonnements, ce qui s'est soldé par une économie de 12 % sur la facture d’électricité par exemple », relève le dirigeant de Bittle.

La start-up aixoise a mené par ailleurs une expérimentation avec la Ville de Marseille sur des accès wifi dans la ville : « après deux ou trois mois d’analyse des données, on a réalisé que certains compteurs n’étaient pas à des endroits adaptés. Les redéployer, c’est zéro investissement supplémentaire mais de l’efficacité donné à un investissement déjà réalisé ». 

Par ailleurs, Marseille, qui dispose d’une toute nouvelle direction « management et valorisation de la donnée », a lancé dernièrement un marché de big data dans le cadre de son positionnement « safe city » (sécurité). Elle a bénéficié d’un financement FEDER qui a permis de financer une plate-forme de big data, sur laquelle elle va agréger toutes ses données, complétées par les remontées des réseaux sociaux…et autres sources. La ville est en quête de partenariats pour « développer cette nouvelle façon d’utiliser les données ». Avis aux...

À Toulouse, « à partir des plans du cadastre mais aussi de la largeur des routes et des trottoirs : une start-up a développé une appli qui permet aux personnes à mobilité réduite de se déplacer d’un point A à un point B sans se poser la question de savoir si son fauteuil va passer », explique Christophe Suffys.

 

141 collectivités ouvertes

Selon le site officiel Opendata France, 141 collectivités territoriales avaient ouvert leurs données en novembre 2016. Soit 25 496 jeux de données disponibles. Elles ont fait l’objet de 1 677 réutilisations par 19 609 utilisateurs.

Un document produit conjointement par Innovative City et Opendata France, en date de 2015, fait état de plusieurs constats : Les données sont jugées finalement peu nombreuses, pas standardisées, insuffisamment expliquées pour permettre la création de nombreuses applications. Quand elles sont réutilisées, elles servent principalement des services d’intérêts généraux (mobilité, culture et patrimoine, solidarité, environnement, ...).

Peu d’applications sont commercialisées, peu ont une couverture nationale. Les modèles économiques sont fragiles. Le co-financement public reste de fait indispensable.

La réutilisation interne des données au sein de l’administration ou inter-administrations aurait toutefois engendré des économies substantielles en termes d’efficacité pour simplifier et fluidifier par exemple la relation avec les usagers.

Le rapport note aussi des « biens communs » qu’il est néanmoins difficile d’estimer en termes de transparence politique, augmentation du niveau éducatif et du bien-être social : citoyens avertis, confiants, engagés, élus responsables investisseurs, plus confiants. Pour les auteurs du rapport, la mise en œuvre de politique d’évaluation des démarches open data par les acteurs publics (et privés) permettrait de clarifier les objectifs et les impacts. 


Une étude récente, réalisée par Pierre Bordeaux, enseignant-chercheur, université Paris-Est Créteil et révélée par Le Journal du Net, comptabilise 1 200 expériences de type « smart cities » dans 200 villes françaises.

 

A.D

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