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15.05.2017 - Aéronautique

Les intérêts partagés des entreprises et salariés de la métallurgie

L’UIMM, union des industries de la métallurgie Alpes Méditerranée et quatre organisations syndicales de salariés de la branche ont signé un accord qui réussit la synthèse entre les préoccupations principales des deux parties.

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Ils l’ont exprimé de diverses manières mais pour signifier peu ou prou la même idée : « mettre à profit la période trouble », encaisser les années de basses eaux que traverse le secteur aéronautique en en faisant une opportunité pour préparer le cycle aéronautique de demain. Celui de la numérisation et de la robotisation et autres nouvelles technologies de production qui sont en train de profondément modifier le processus industriel dans la construction.

Et ce, en utilisant le temps partiel et les heures chômées pour « préparer les compétences de demain », la fameuse « ramp up » (montée en cadence) que réclament à cor et à cri les donneurs d’ordre du secteur. Comme l’autorise l’article 9 de l’accord national relatif à l’emploi dans la métallurgie signé par les partenaires sociaux le 23 septembre 2016 afin d’accompagner les entreprises confrontées à des difficultés économiques conjoncturelles.

 

Années noires

« C’est un accord important dans un contexte trouble et difficile que l’on espère à durée déterminée et de grandes mutations technologiques engendrées par la digitalisation qui bouleversent les métiers et fragilisent le réseau des sous-traitants. Il s’agit de profiter ce trou d’air (l’expression a été largement partagée, ndlr) pour faire monter en compétences les collaborateurs de façon et ainsi indirectement rendre les sous-traitants moins tributaires des à-coups cycliques des constructeurs », explique Thierry Chaumont, président de l’UIMM 13

Le réseau de la sous-traitance, déjà fortement mise sous pression ces dernières années (réduction de prix, rationalisation du portefeuille de fournisseurs, augmentation des cadences de production), vit en répliques les secousses des donneurs d’ordre, principalement sur le territoire d'Airbus Helicopters et de Dassault Aviation.

L'industrie mondiale dans le domaine des hélicoptères aurait connu en 2016 son année « la plus difficile depuis 2008 » (selon le PDG d'Airbus Helicopters Guillaume Faury), notamment en raison de la baisse de la demande des compagnies pétrolières et gazières, grands clients d'appareils pour leurs plates-formes offshore. Ainsi, Airbus Helicopters n’a engrangé que 353 commandes nettes en 2016.

Pour faire face à ce ralentissement, la filiale du groupe Airbus avait annoncé en octobre un plan de 582 départs volontaires, répartis sur ses deux sites de Marignane et Paris, en 2017 et 2018. Une situation si tendue que l’ex (futur) ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait annoncé en mars dernier une prochaine commande de la France de 160 à 190 exemplaires du H160 militarisés afin de soutenir l’entreprise, qui réalise désormais 57 % du chiffre d'affaires avec le marché militaire.

Quant à Dassault Aviation, si le Rafale sert d’amortisseur de crise (avec ses 84 commandes à l'export depuis deux ans en Égypte, au Qatar, et en Inde), l’avionneur est confronté à la mévente de ses jets d'affaires Falcon (dont le chiffre d'affaires a baissé de 14 %, à 3,6 milliards d'euros en 2016) et aux retards de production non sans conséquences (annulations de programmes) rencontrés sur ses nouveaux programmes.

1,5 M€ pour 30 entreprises

C’est dans ce contexte que les représentants des quatre organisations syndicales (CFE-CGC, CFTC, CFDT et FO, sauf CGT) et de l’UIMM pour les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence, ont présenté ce 15 mai au Palais de la Bourse à Marseille les termes du terrain d’entente qu’ils ont scellé le 28 mars dernier pour une durée de deux ans en vue de préserver « les intérêts des salariés et des entreprises » (FO Métaux), d’offrir une « garantie de l’emploi pour les salariés et des compétences pour les entreprises » (CFTC), diront de concert les représentants syndicaux. Tous se disent satisfaits « des financements alloués et de l’opportunité offerte aux salariés de se former notamment sur tout ce qui touche à la digitalisation » (CFE-CGC), et de l’utilisation de la « formation comme outil de sécurisation à l’emploi ».

L’accord bénéficie d’une enveloppe d’1,5 M€ pour 2017 (un accompagnement financier qui prend en charge la totalité des coûts des salariés en formation), via l’Organisme paritaire collecteur agrée des industries de la métallurgie (Opcaim) ADEFIM Paca Corse. Une trentaine d’entreprises (représentant 1 500 salariés), dont une quinzaine en situation de grande urgence, indique Serge Bornarel, délégué général de l’UIMM Alpes Méditerranée, ont été identifiées comme éligibles. « Mais la liste n’est pas fermée. Les entreprises peuvent encore se faire connaître ». « On peut dire que l’on touche ainsi la quasi-totalité de la supply chain », apporte Thierry Chaumont. Les actions feront l’objet d’un suivi quantitatif et qualitatif tous les six mois.

 

21,9 Md€

« Profiter d’une difficulté temporelle pour en faire une opportunité, c’est dans ce sens que les entreprises doivent travailler pour se réinventer. Ce mode d’organisation partenarial et collaboratif, c’est ainsi que l’on préparera les emplois de demain », a insisté pour sa part Jean-Luc Chauvin, qui durant sa mandature veut faire de son territoire un laboratoire d’expérimentations nouvelles.

Il ressort des différents diagnostics partagés avec les partenaires sociaux (préalable à la rédaction des accords paritaires), que l’emploi salarié dans la métallurgie a diminué depuis 2002, de façon continue, pour atteindre environ 1,6 million de salariés fin 2014 (source Opcaim). La part des emplois qualifiés augmente (les techniciens et agents de maîtrise, ingénieurs et cadres représentent près de 40 % de l’effectif salarié total).

Les sociétés de la supply chain française ont engendré en 2016 un chiffre d'affaires estimé de 21,9 Md€ mais sont à la peine (20 à 25 % des entreprises seraient en déficit selon le GIFAS).

Paradoxalement, si les marchés de l'aviation d'affaires ou des hélicoptères sont en difficulté, l'aéronautique civile est qualifiée « d'oasis dans une conjoncture compliquée », (par le Gifas, le groupement des entreprises de l'aérospatial), Airbus passant notamment la barre des 10 000 avions livrés. Le carnet de commandes global de la profession représente environ cinq années de production (9 ans pour Airbus avec 73,1 Md€ en commandes).

 

Adeline Descamps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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